Gouvernement et Conseil national se montrent pour l’heure rassurants. Le chômage total temporaire renforcé (CTTR) sera maintenu aussi « longtemps que nécessaire » à Monaco pour les secteurs les plus touchés.
Il a toujours été qualifié par le gouvernement de « bouclier protecteur de l’emploi ». Et effectivement, il l’a été, et il l’est encore aujourd’hui. Depuis sa mise en place en mars 2020, le CTTR a permis de sauver des milliers d’emplois à Monaco et de soulager les employeurs impactés par une baisse drastique, voire une absence totale, d’activité. Au moment du confinement en mars/avril 2020, pas moins de 22 500 salariés étaient placés en CTTR. Ils étaient au mois de janvier dernier, encore 6 400. « L’État a véritablement fait des efforts considérables, à juste titre, pour protéger l’emploi et protéger les opérateurs économiques, constate Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé. Quand l’État prend à son compte la masse salariale, cela allège la trésorerie des employeurs. Cette mesure a donc protégé les deux parties. Autant les employés que les employeurs. »
114 millions d’euros en 2020
Pour aider ces acteurs économiques, le gouvernement a donc pioché massivement dans les deniers de l’État : « C’est une mesure qui nous a coûté en janvier, février et mars 2021, 5 millions d’euros par mois. En 2020, 114 millions d’euros avaient déjà été dépensés. C’est considérable », rajoute Didier Gamerdinger. Une question taraude toutefois employeurs et employés : jusqu’à quand cette aide sera-t-elle allouée ? « Pour l’heure, le versement du CTTR est assuré jusqu’au 30 juin 2021. Nous voulons donner de la visibilité aux chefs d’entreprises, sinon, ils naviguent à vue », répond le conseiller-ministre. Mais qu’en est-il au-delà de cette échéance ?
« L’État ne va pas mettre les employeurs sous perfusion pendant des mois et des années. Ceux qui, à la reprise, ne seraient pas en capacité d’assumer leur masse salariale, c’est qu’ils ne sont pas viables. Ce n’est pas à la puissance publique de les maintenir artificiellement en vie »
« À la reprise, il faudra que tout le monde se remette au travail »
Si la FEDEM a une toute autre analyse sur ce sujet, gouvernement et Conseil national considèrent qu’il faut absolument prolonger cette aide. « Le CTTR sera prolongé tant que nécessaire, c’est-à-dire jusqu’à ce que la reprise de l’activité soit là, garantit Didier Gamerdinger. Les employeurs se reprendront alors en main. L’État ne va pas les mettre sous perfusion pendant des mois et des années. Les employeurs, qui, à la reprise, ne seraient pas en capacité d’assumer leur masse salariale, c’est qu’ils ne sont pas viables. S’ils ne sont pas viables, ce n’est pas à la puissance publique de les maintenir artificiellement en vie. » Selon le gouvernement, il faut trouver dans ce domaine le bon point d’équilibre.« Il faudra que tout le monde se remette au travail. Les salariés et les chefs d’entreprises n’attendent d’ailleurs que ça. L’État aspire aussi à ce qu’il y ait ce retour à l’activité et à ne plus engager les crédits publics. » Le président de la commission des finances et de l’économie nationale, Balthazar Seydoux estime à son tour qu’il faut prolonger le CTTR, et ce, malgré le « coût substantiel » que cette aide représente pour l’Etat.« La plupart des pays comparables au nôtre ont mis en œuvre le même type de mesures, car la capacité de relance, en préservant notre force de travail et nos compétences, en dépend. Il faudra sans doute envisager une sortie progressive du CTTR dès que la situation le permettra, éventuellement de manière différenciée selon les secteurs d’activités. Il faudra donc le prolonger aussi longtemps que nécessaire pour les secteurs les plus touchés.»
« Il faudra sans doute envisager une sortie progressive du CTTR dès que la situation le permettra, éventuellement de manière différenciée selon les secteurs d’activités»
20 % des salaires : Le reste à charge pour les employeurs va-t-il augmenter ?
Que se passe-t-il pour un salarié placé en CTTR ? Très concrètement, il touche environ 80 % de son salaire net, sauf si son salaire s’élève à 1 800 euros. Auquel cas, 100 % de son salaire net lui est versé. Comment se déroule le paiement ? C’est l’État qui prend en charge 80 % du salaire de l’employé. L’employeur a donc 20 % de reste à charge à payer. Mais ce reste à charge pour les employeurs va-t-il augmenter à l’avenir ? Non, à en croire Didier Gamardinger. « Nous n’irons pas au-delà, car en passant, par exemple, de 20 à 30 %, nous considérons que ce reste à charge deviendrait insupportable pour les opérateurs au sens économique du terme, ce qui déclencherait des plans sociaux. » Pour le gouvernement, augmenter ce reste à charge serait donc prendre le risque de perdre le bénéfice d’une année de CTTR versée. « Il faut véritablement trouver le bon équilibre. Je suis très attentif à ne pas mettre en œuvre des mesures qui provoqueraient un mouvement de licenciement. Et ainsi perdre le bénéfice de tous les efforts effectués », rajoute ce membre du gouvernement. À noter enfin que pour les salles de sport et les établissements de nuit qui sont fermés depuis de longs mois, l’État prend en charge 100 % des salaires. En revanche, concernant les restaurants qui ont désormais autorisation d’ouvrir le soir, un changement s’opère. « Si un opérateur décide de ne pas ouvrir son restaurant le soir, nous ne prenons plus en charge le CTTR, car il ne faut pas s’installer dans un confort… », rappelle Didier Gamerdinger.
