Né en 1926, l’ancien président de la République française Valéry Giscard d’Estaing, est décédé hier à l’âge de 94 ans des suites du Covid-19.
Celui qui fut chef d’État de 1974 à 1981 est venu régulièrement en Principauté de Monaco. Le prince Albert II vient de lui rendre hommage.
« Nous gardons en mémoire la place qu’il occupa sur la scène internationale, sa rigueur et l’élégance avec laquelle il présida aux destinées de la France, de 1974 à 1981 ». C’est avec ces mots que le Prince Albert II a rendu hommage à l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing (1), décédé hier à l’âge de 94 ans. L’ancien chef d’État et les membres de la famille princière se sont rencontrés à plusieurs reprises au fil des décennies. Alors qu’il était jeune ministre des finances sous la présidence de Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing est en effet un des acteurs de la crise franco-monégasque de 1962 et de la négociation des nouveaux accords fiscaux de 1963.
Ses rencontres avec la famille princière
Une fois devenu président de la République française en 1974, il reçoit également le Prince Rainier III et la Princesse Grace, ainsi que la Princesse Caroline, au palais de l’Élysée. C’était, précisément, le 5 juin 1976. Une autre rencontre a eu lieu le 7 juin 1980 pour un moment sportif. Le Prince Rainier III et le Prince héréditaire Albert, assistent aux côtés de l’ancien président, à la victoire de l’A.S. Monaco, face à Orléans, lors de la finale de la Coupe de France. Plus récemment, Valéry Giscard d’Estaing avait également donné plusieurs conférences en Principauté, dans le cadre de la Monaco Méditerranée Foundation. Il avait été reçu au Palais en audience privée par le souverain. « Je me souviens avec émotion des relations étroites que le Président avait entretenues avec le Prince Rainier III, mon père, puis, de sa venue à Monaco à intervalles réguliers, et encore récemment, à titre privé, pour des conférences qu’il donnait en Principauté », a rajouté le Prince Albert II dans son hommage.
« Vous avez été un président moderne et libéral à une époque où la France était encore un pays très conservateur »
Abaissement de la majorité à 18 ans, légalisation de l’avortement, divorce par consentement mutuel… C’est à Valéry Giscard d’Estaing, élu président à 48 ans en 1974, que l’on doit ces réformes de société en France. « Vous avez été un président moderne et libéral. A une époque où la France était encore un pays très conservateur, avait souligné en 2015, Hadelin de La Tour du Pin, ancien ambassadeur de France à Monaco, lorsque l’ancien président était venu en Principauté. Le passage de la majorité politique de 21 à 18 ans a permis à la jeunesse française de participer pleinement à la vie politique du pays. Pas seulement en jetant des pavés… mais aussi en votant lors des élections », avait-il ajouté. Hadelin de La Tour du Pin avait aussi souligné l’« aura de patriote » de l’ancien président de la République : « A l’été 1944, après la libération de Paris, vous vous êtes engagé dans la première armée française et vous avez risqué votre vie à une époque difficile. »
Une fibre européenne
Celui qui fut, avec le chancelier allemand Helmut Schmidt, l’un des moteurs de la construction européenne, a toujours eu l’Europe chevillée au corps. Son souhait était que soit créée d’ici 2030, « une puissance économique européenne capable de rivaliser avec ses grands concurrents mondiaux. » Au fil des décennies, cette Europe qui fut selon ses mots « le foyer des guerres », puis soudainement « un espace de paix », a complètement changé de visage. « Depuis 1950 jusqu’au traité de Maastricht en 1991, l’Europe a avancé de manière linéaire. Avec un objectif qui était de créer un espace économique commun », avait rappelé Valéry Giscard d’Estaing lors d’une conférence à Monaco. Sauf que dès 1992, la construction européenne a connu un basculement selon l’ex-chef d’État français. Avec une multiplication de faux pas : « Nous sommes très rapidement passés de 13 à 18, puis à 28 pays. A 13, on peut se connaître à peu près et s’asseoir autour d’une table. Mais l’Europe est actuellement à 28… Il n’y a pas de discussion possible entre 28 personnes, avait estimé l’ex-président. On s’est mis à tourner en rond, avec une multiplication de réunions, des annonces théâtrales sur les sommets de la dernière chance. Ce fut un élargissement très rapide et très peu préparé. Aujourd’hui, l’Europe est beaucoup trop divisée. Sur la planète, le continent européen est d’ailleurs le plus divisé du monde. »
(1) Valéry Giscard d’Estaing est élu Président de la République française en mai 1974, lors des élections anticipées provoquées par le décès de Georges Pompidou (1911-1974).
Ses déclarations lors d’une conférence à Monaco en 2015 :
- « Les Allemands ont eu deux grands chanceliers : Konrad Adenauer et Helmut Schmidt ».
- « Raymond Barre a été le meilleur premier ministre français. Il aimait beaucoup le sud de la France et Monaco. Il y venait souvent ».
- « Le traité de Maastricht en 1991 est le meilleur traité européen. Le traité de Nice signé en 2001 est en revanche le plus mauvais. C’est celui qui a affaibli les grands pays. Il a fait entrer dans la logique européenne une notion très bizarre et inexacte qui est l’égalité entre les grands et les petits pays ».




