Le Conseil national appelle désormais à un télétravail plus mesuré. En cause : l’absence de salariés français et italiens qui pénalise de plus en plus le commerce local
«Les commerçants ont besoin du soutien de l’État, ils ont besoin également du soutien des résidents et des pendulaires qui travaillent encore en présentiel. Car, nous le savons, si le développement du télétravail est une mesure qui s’est avérée indispensable au cœur de la crise sanitaire, son déploiement est malheureusement aujourd’hui un frein à l’activité de certains commerces. Au contact quotidien de ces acteurs, je peux vous dire aujourd’hui que la situation est compliquée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : nous sommes à 8 000 emplois de moins qu’en juin 2019. » L’élue Priorité Monaco, Corinne Bertani, a été la première à attirer l’attention du gouvernement sur ce sujet lors des récents débats budgétaires au Conseil national. C’est ensuite José Badia (Primo !) qui a alerté sur les « effets pervers » du télétravail rappelant l’importance d’une présence physique des travailleurs en principauté. « On constate en effet à l’heure actuelle combien l’absence d’actifs pénalise les entités de proximité de tous ordres. C’est pourquoi nous devons tous demeurer vigilants face aux conséquences économiques d’un télétravail si celui-ci devait être d’une ampleur qui n’est pas maîtrisée », a-t-il défendu.
De 700 à 10 300 télétravailleurs
Même constat pour Christophe Robino, président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses : « Le Covid a fait que les employeurs les plus sceptiques vis-à-vis du télétravail sont aujourd’hui convaincus de son intérêt. Et le dommage collatéral, c’est qu’effectivement, en particulier pour les commerces de bouche, la quantité de consommateurs s’en est vue d’autant diminuer ». En seulement quelques jours, le quantum de télétravailleurs en principauté est passé de 700 à 10 300. Combien sont-ils encore aujourd’hui à pouvoir télétravailler sur l’intégralité de leur temps de travail ? Aucun chiffre n’est avancé. Pour autant, bon nombre de sociétés ont fait ce choix tant que cette disposition législative assouplie reste en vigueur. A l’heure actuelle, le gouvernement avance la date du 31 décembre 2020. Avant le retour à la disposition légale classique, plus contraignante et encadrée. « Avec le recul, il nous a été signalé certains inconvénients. Les inconvénients tenant au fait que les salariés n’étant plus présents physiquement, ils ne consomment plus en principauté », admet sans peine le conseiller de gouvernement pour les affaires sociales, Didier Gamerdinger.
« Un télétravail pesé, certainement pas 100 % chez soi »
Les secteurs les plus touchés sont ceux de la petite restauration ou la vente à emporter, les activités d’artisanat (salon de coiffure entres autres) et les commerces de proximité. La solution possible ? Une mise en balance de « l’intérêt de ce télétravail et la nécessité de garder un tissu économique vivant avec une présence des salariés ». Pour cela, le conseiller-ministre s’est prononcé en faveur d’« un télétravail pesé, mesuré avec un temps à domicile et un temps dans l’entreprise, et certainement pas 100 % chez soi ». Ce que concrètement la loi monégasque avait déjà institué. « La loi oblige à ce qu’une partie du temps de travail soit effectuée dans l’entreprise, ne serait-ce que pour que les contrats ne soient pas requalifiés et qu’il s’agisse bien de contrat d’employé et de société monégasques », confirme Christophe Robino. « La loi sera, telle qu’elle est prévue, appliquée à partir de janvier 2021 avec une présence physique obligatoire dans les bureaux de la Principauté, au minimum deux jours par semaine », ajoute le président du Conseil national, Stéphane Valeri.
« Indispensable » sur le long-terme
Alors conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, c’est ce même Stéphane Valeri qui avait dégainé le télétravail comme un des remèdes à une asphyxie des transports pour se rendre à Monaco. Remède également pour favoriser une augmentation constante du nombre de personnes venant uniquement en principauté pour travailler. Autre argument de poids utilisé pour le développement de ce mode de travail, les caisses de retraites à compenser. « 100 000 actifs salariés seront nécessaires dans les prochaines décennies pour équilibrer les régimes de retraite de la Principauté », explique le président de l’hémicycle. Les élus du Conseil national en sont bien conscients quand ils appellent en bloc à normaliser le télétravail. « Il faudra reprendre un rythme de croissance de télétravail conforme à l’augmentation du nombre de salariés. Sur le long terme, le télétravail est indispensable car nous ne pourrons pas accueillir physiquement 100 000 travailleurs chaque jour », a insisté Stéphane Valeri.
Le dossier du télétravail va se concrétiser
Ils étaient exclus du système de télétravail, uniquement négocié avec succès entre autorités françaises et monégasques. Mais les salariés italiens pourront bientôt en bénéficier. « À la suite de démarches engagées par le gouvernement princier et d’un nouveau déplacement que j’ai effectué à Rome, le dossier a progressé et je suis en mesure de vous indiquer que le gouvernement a été rendu destinataire d’une réponse officielle du gouvernement italien, donnant son accord à la mise en œuvre du télétravail pour les salariés transalpins », a indiqué Didier Gamerdinger, conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, mardi 6 octobre. « J’ai bon espoir que nous puissions finaliser la discussion et la négociation ouvrant ainsi à nos salariés italiens la possibilité de télétravailler. » Aucune date n’a pour autant été encore avancée. Cet accord répond en tout cas aussi « aux attentes des élus locaux italiens qui avaient réfléchi à un centre de télétravail pour fluidifier et faciliter l’exercice de ce mode professionnel pour les salariés résidant en Italie et travaillant à Monaco ».
