Née princesse, devenue marquise par mariage, l’Italienne Maria Ghilla di Canossa s’est installée à Monaco il y a 40 ans. C’est depuis la Principauté qu’elle vient en aide à la communauté de San Patrignano, installée tout près de Rimini, qui œuvre à la réinsertion de jeunes toxicomanes.
La Romaine a fait de Monaco sa terre d’adoption. Résidente depuis 42 ans, Maria Ghilla di Canossa y a vécu les moments les plus fondamentaux de sa vie de marquise, d’épouse, de mère et de bénévole engagée. Mariée à l’âge de 22 ans, elle apprend un an plus tard qu’elle souffre d’une maladie grave : la sclérose en plaques, une maladie inflammatoire et dégénérative du cerveau et de la moelle épinière. « Je ne connaissais rien de cette maladie. Elle a irrémédiablement changé ma vie mais je l’accepte », nous explique-t-elle. Celle que tout le monde prénomme Ghilla — le prénom trouvé par son grand-père — a de la ressource. Bien que toute sa famille soit installée à Rome, aussi bien ses trois filles et petits-enfants, que ses frères et sœurs, la marquise n’a pas tourné le dos à Monaco. Elle effectue des allers-retours vers Rome pour profiter de moments familiaux énergisants. Et ce, malgré ses troubles de l’équilibre et de la vision, ainsi que des douleurs souvent insoutenables. Bien que malade, elle aura par exemple deux autres enfants, alors que les médecins le lui déconseillent. « Moi, je suis convaincue que cela m’a aidé face à la maladie », insiste la marquise.
« C’est une bataille que je mène depuis de nombreuses années. La maladie fait partie de moi. Elle a modifié ma trajectoire mais j’ai appris à faire avec »
Maria Ghilla di Canossa
La Seconde chance de Maria Ghilla di Canossa
Est-ce cela qui incite la fille de Ferdinando et Dainella, prince et princesse de Gaetani d’Aragona, et femme du marquis Sigifredo di Canossa, de tendre la main à ceux qui souffrent autant qu’elle ? « Dès que je suis arrivée à Monaco, je voulais m’investir dans une cause utile. »
D’abord avec les personnes âgées en fin de vie du Cap Fleuri, puis, depuis quatre ans, avec les jeunes toxicomanes de la communauté de San Patrignano en Italie. Située dans la région d’Emilie-Romagne, au nord de Rimini, l’établissement accueille les jeunes souffrant de toxicomanie. En plus d’un toit, une assistance médicale et juridique leur est procurés. C’est aussi là qu’ils peuvent apprendre un métier et ainsi changer à jamais leur vie. Le tout gratuitement — sans frais pour leurs familles — pour cet organisme qui ne reçoit pas non plus de subventions de la part de l’État italien. Cette communauté compte désormais 1 300 jeunes. Maria Ghilla di Canossa s’engage à Monaco pour trouver des ressources financières grâce à des actions, notamment des dîners de bienfaisance. Elle fait également jouer son réseau afin de trouver des partenaires qui pourraient permettre à la communauté de poursuivre ses missions. « Je recherche des fonds en tant que marraine. Dans cette communauté, on les soigne en les mettant au travail. Leur vie n’est pas finie. Ils ont droit à une seconde chance », plaide la marquise.
« Je recherche des fonds en tant que marraine. Dans cette communauté, on les soigne en les mettant au travail. Leur vie n’est pas finie. Ils ont droit à une seconde chance »
Maria Ghilla di Canossa
« Lutte infinie »
Cette envie et même ce besoin « d’aller mieux », Maria Ghilla di Canossa la vit aussi dans sa chair. « C’est une bataille que je mène depuis de nombreuses années. La maladie fait partie de moi. Elle a modifié ma trajectoire mais j’ai appris à faire avec. » Pour maintenir sa forme, elle multiplie les activités. Ancienne grande sportive, elle a très vite adhéré au Garden Club de Monaco pour laisser exprimer sa créativité. « Pour moi, c’était le rêve de faire du ski avec mon mari. Le docteur m’a tout de suite dit que c’était terminé. J’ai dû vite accepter que beaucoup de choses étaient finies. Mais c’est une lutte infinie dans laquelle je suis engagée », poursuit-elle. Avec l’énergie disponible, une certaine joie de vivre et une grande franchise, la résidente monégasque espère mobiliser dans son sillon tous ceux qui ne veulent pas laisser sur le bas chemin ceux que la vie n’a pas gâté.
