mercredi 10 juin 2026
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    Louisette Lévy-Soussan Azzoaglio : « La princesse Grace a profondément marqué ma vie »

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    La princesse Grace a perdu la vie il y a 40 ans — le 14 septembre 1982 — des suites d’un accident de voiture survenu la veille. Son assistante personnelle pendant 19 ans, Louisette Lévy-Soussan Azzoaglio revient sur les années passées auprès de la princesse. À 87 ans, elle garde le souvenir d’une femme généreuse et empathique

    Quel était votre rôle auprès de la princesse ?

    J’ai été sa secrétaire particulière dès lors qu’elle fut enceinte de la princesse Stéphanie en 1964 et jusqu’à sa mort. Pendant 19 ans, j’ai organisé sa vie. Je m’occupais de son courrier et de ses rendez-vous. Je voyageais même avec elle.

    Comment aviez-vous décroché ce poste ?

    Je travaillais déjà au palais en tant que secrétaire de chefs de cabinets. Un jour, le gouverneur du prince m’a dit que la secrétaire de la princesse Grace devait partir car sa mère était souffrante. Il m’a demandé si je pouvais la remplacer le temps de trouver quelqu’un. J’ai accepté, et au bout d’un mois, j’ai appris que la princesse voulait me garder.

    Quels liens avez-vous tissé avec elle ?

    Les choses n’étaient pas aussi simples qu’aujourd’hui. Il y avait un protocole à respecter et nos contacts étaient très professionnels. Mais au bout de tant d’années, il est vrai que d’autres liens se sont créés. J’avais tant d’admiration pour cette femme. C’est quelqu’un qui a profondément marqué ma vie.

    « J’avais tant d’admiration pour cette femme. Elle a profondément marqué ma vie. Par son intelligence, sa curiosité, son pouvoir de travail, son sérieux, sa gentillesse… Ce n’était absolument pas la personne froide que l’on décrivait parfois. Certes, elle n’était pas méditerranéenne, mais elle avait une grande gentillesse de cœur, une immense sensibilité »

    En quoi a-t-elle marqué votre vie ?

    Par son intelligence, sa curiosité, son pouvoir de travail, son sérieux, sa gentillesse… Ce n’était absolument pas la personne froide que l’on décrivait parfois. Certes, elle n’était pas méditerranéenne, mais elle avait une grande gentillesse de cœur, une immense sensibilité. C’est une femme qui m’a beaucoup aidé intellectuellement, moralement, ainsi que dans ma vie privée.

    Vous sentez-vous chanceuse d’avoir travaillé à ses côtés ?

    Absolument. Je me sens plus que chanceuse. C’est quelque chose qui m’est tombée dessus et qui a profondément marqué ma vie. On ne rencontre pas tous les jours des personnes de cette qualité.

    Pouvez-vous nous parler d’un moment marquant ?

    Il y en a tellement. Je me rappelle d’un jour, quand j’étais à Paris avec elle et que j’avais perdu mon mari quelques temps auparavant, je me sentais triste, même si mon travail m’a beaucoup aidé à surmonter cette épreuve. Quand je suis arrivée le matin dans l’appartement avenue Foch qu’on occupait, j’ai trouvé un petit mot sur mon bureau avec un bouquet de fleurs indiquant : « Rentrez chez vous, changez-vous. Ce soir, vous m’accompagnez pour un concert ». Elle était d’une grande délicatesse et avait des attentions extraordinaires. Quand elle faisait confiance à quelqu’un, c’était pour toujours. J’ai vécu des moments privilégiés.

    « Au cours des dernières années de sa vie, elle faisait des récitals de poésie. Elle s’est produite aux États-Unis, en Italie, au Vatican… C’était un retour à la scène avec un public très différent de celui du cinéma. Grace Kelly était une artiste et c’était une façon pour elle de s’exprimer »

    Vous viviez au palais princier ?

    Non, je vivais chez moi.

    Souffrait-elle de la médiatisation qu’il y avait autour d’elle ?

    Non. Un véritable acteur a toujours le désir d’être en contact avec le public. D’ailleurs, au cours des dernières années de sa vie, elle faisait des récitals de poésie. Elle s’est produite aux États-Unis, en Italie, au Vatican… C’était un retour à la scène avec un public très différent de celui du cinéma. Grace Kelly était une artiste et c’était une façon pour elle de s’exprimer. Elle adorait aussi se promener à la campagne, cueillir des fleurs et en faire des tableaux. Elle a fait une vente à la galerie Rouan à Paris qui a remporté un très grand succès.

    Grace Kelly
    LIENS — « J’ai été sa secrétaire particulière dès lors qu’elle fut enceinte de la princesse Stéphanie en 1964 et jusqu’à sa mort. Pendant 19 ans, j’ai organisé sa vie. Je m’occupais de son courrier et de ses rendez-vous. Je voyageais même avec elle. » Louisette Lévy-Soussan Azzoaglio. © Photo Archives Palais Princier de Monaco

    Comment occupait-elle ses journées ?

    Toutes ses journées étaient bien remplies. La princesse Grace s’impliquait énormément notamment dans son rôle de présidente de la Croix-Rouge. En 1966, lors du centenaire de Monte-Carlo, c’est elle qui a imaginé tous les événements. Elle organisait des réunions et attirait des artistes très connus à Monaco. Elle s’est également beaucoup occupée de la compagnie des ballets. Elle avait fait venir Margot Fonteyn qui était devenue une habituée de la Principauté. Elle avait noué avec la célèbre danseuse des liens très amicaux. Cette femme était sur tous les fronts.

    On peut dire qu’elle a changé l’image de la Principauté ?

    Absolument. D’abord, elle a fait connaître la Principauté qui était certes, connue en Europe, mais pas tellement aux États-Unis et dans le reste du monde. Elle a donné l’image d’un État moderne et actif.

    Malgré sa charge de travail, parvenait-elle à trouver du temps pour sa famille ?

    Oui, ils se réunissaient souvent au Roc Agel. Là-bas, Grace Kelly retrouvait une vie presque normale. Elle adorait filmer ses enfants. Beaucoup de films personnels qu’elle a tournés ont été conservés. Ce sont des moments de vie, quand la famille partait faire du bateau par exemple.

    « J’ai appris l’accident par la radio durant des vacances en Hollande. Je suis immédiatement rentrée à Monaco mais il était malheureusement trop tard. C’était un moment terrible, pas seulement pour moi mais pour toute la Principauté. Pendant un an, Monaco était en deuil. Il y avait une atmosphère très triste et grise »

    Pensez-vous qu’elle ait pu regretter d’avoir mis un terme à sa carrière d’actrice ?

    Je ne pense pas, non. On peut éprouver un peu de nostalgie parfois dans la vie, mais ce n’est certainement pas un regret. Elle s’est tellement intéressée à la vie de la Principauté qu’il n’y avait plus de place pour autre chose. Le territoire de Monaco n’est pas grand, mais il y a énormément de choses qui s’y passe. Elle a aussi été marraine de la Leche League, une association pour l’allaitement maternel. Elle avait un goût prononcé pour la mode.

    « Elle a fait connaître la Principauté qui était certes, connue en Europe, mais pas tellement aux États-Unis et dans le reste du monde. Elle a donné l’image d’un État moderne et actif »

    Comment se traduisait-il ?

    Elle s’habillait beaucoup chez Dior. Comme elle n’avait pas souvent le temps d’aller aux défilés, on lui envoyait des dessins et elle choisissait ses robes. C’était de la haute couture. À l’époque, il y avait beaucoup plus de réceptions très habillées qu’aujourd’hui.

    Comment avez-vous vécu la disparition de la princesse ?

    J’étais en vacances en Hollande et j’ai appris l’accident par la radio. J’ai téléphoné au palais, on ne m’a pas donné beaucoup plus d’explications. Je suis immédiatement rentrée à Monaco mais il était malheureusement trop tard. C’était un moment terrible, pas seulement pour moi mais pour toute la Principauté. Pendant un an, Monaco était en deuil. Il y avait une atmosphère très triste et grise.

    C’est à ce moment-là qu’on comprend que la princesse était très aimée ?

    Oh oui. Et ce que je trouve extraordinaire, c’est ce qu’elle a dit un jour dans une interview pour le journal Playboy. Mis à part les jeunes filles un peu dénudées, il y avait toujours au milieu de la publication un article sérieux, avec des philosophes ou des chefs d’États. Le journaliste lui avait demandé : « Quel souvenir aimeriez-vous qu’on garde de vous ? » Et elle a répondu : « I would like to be remembered as decent human being ».

    Cette déclaration en dit long sur la princesse ?

    Oui. Elle décrit cette femme qui, dans sa gloire extraordinaire, voulait simplement être reconnue comme un être humain décent.

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