Présélectionnée pour être « Le Monument préféré des Français », la villa Rothschild située sur la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat domine la Méditerranée. Sur un terrain de 7 hectares, elle a été pensée comme un véritable voyage
Elle se démarque par sa couleur rose… Vue du ciel, c’est un bijou posé dans un écrin de verdure. Sans oublier la mer, de part et d’autre. La villa Ephrussi de Rothschild a été construite en 1907 par la fille du riche baron Alphonse de Rothschild, régent de la Banque de France. Béatrice de Rothschild se nourrissait de ses voyages, et cela se note dans tous les détails de sa demeure. Le patio inspiré de la Renaissance italienne, la façade aux touches gothiques, en passant par le jardin et ses plantes exotiques, tout nous porte à croire que Béatrice a passé du temps à parcourir le monde. « Cette villa est une folie architecturale », s’émerveille le directeur des lieux, Bruno Henri-Rousseau. « Quand la baronne a commencé la construction, elle a dû faire exploser le rocher. Ici, il y avait des cyprès, des oliviers et quelques pins. C’était un endroit sauvage. » Mais peu importe, l’emplacement est extraordinaire, spécialement parce qu’il offre une vue sur la Méditerranée à (presque) 360 degrés.

L’art, omniprésent
À 19 ans, Béatrice épouse Maurice Ephrussi, banquier parisien originaire de Russie. Mais son mariage n’est pas très heureux. Après 21 ans d’union, elle se sépare en 1904 et s’adonne à l’une de ses plus grandes passions : l’art. Chez les Rothschild, le goût des belles choses se transmet de génération en génération. Elle acquiert ainsi du mobilier du xviiième siècle, dont une table de jeux ayant appartenu à Marie-Antoinette et un tapis « d’une grande valeur » commandé par Louis XIV pour Versailles. Sur les murs, des tableaux représentant des scènes de plaisir, de luxe et de volupté. « C’est finalement ce que Béatrice aimait avoir autour d’elle, remarque le directeur qui précise que le peintre Boucher faisait partie de ses préférés. À la Belle Époque on vivait dans le souvenir du xviiième siècle français, c’était la référence du bon goût tel qu’il s’est exporté dans toutes les Cours d’Europe, depuis Saint Petersbourg jusqu’à Stockholm. » Quand le père de la jeune femme décède un an plus tard, Beatrice hérite de son immense fortune et va imaginer la villa de ses rêves. Lorsqu’elle découvre le terrain de Saint-Jean-Cap-Ferrat, le coup de foudre est immédiat. La baronne va aussitôt faire une offre, d’autant plus que le territoire est également convoité par Léopold II, le roi des Belges. Après sept ans de travaux, Béatrice prend ses quartiers d’hiver à la villa et y vient régulièrement pendant une dizaine d’années. Une période durant laquelle elle aime se rendre à Monaco, notamment pour son célèbre casino.
« Béatrice de Rothschild demandait à ses jardiniers de se déguiser en marins pour avoir l’impression d’être sur un bateau »
Une maison-musée
Un an avant sa mort, soit en 1933, lorsque la baronne lègue sa villa à l’Académie des beaux-arts, elle précise qu’elle souhaite que sa maison soit présentée au public dans l’esprit d’un endroit habité. C’est chose faite. Tout est parfaitement entretenu et présenté dans le détail, jusqu’à l’espace qu’elle réservait à ses petits chiens. « Elle disait qu’elle préférait la compagnie des animaux à celle des hommes. Son mari ne travaillait pas, et elle n’a pas eu d’enfants à cause de la syphilis, une maladie sexuellement transmissible qu’il lui a transmis. » Lors de la visite, on découvre aussi son goût pour la mode, avec l’une de ses robes délicatement posée près de son lit vénitien. « Elle avait l’habitude de se mettre dans la peau d’une femme du xviiième siècle et aimait les mises en scène. Pour l’anecdote, elle demandait à ses jardiniers de se déguiser en marins pour avoir l’impression d’être sur un bateau. » Tout ce qu’elle a voulu dans cette maison, Béatrice l’a eu. « Les panneaux du xviiième siècle, qu’elle a fait venir de l’hôtel de Crillon à Paris pour sa salle de bain par exemple, ou sa collection de porcelaine qui est l’une des plus importante de France. »
Neuf jardins à thème
Si vous n’y allez pas pour sa vue imprenable, ni pour son architecture et ses œuvres d’art, allez-y alors pour ses jardins. Véritables lieux de paix et de rêves, ils traduisent là encore, la passion du voyage… Première escale dans le jardin de sèvres avant d’atterrir dans le sud de l’Espagne. Dans le jardin espagnol, les fleurs aux dégradés de rouges et orangés rappellent celui de l’Alhambra en Andalousie. Et quand le soleil s’intensifie, un point d’eau et de la végétation apportent un peu de fraîcheur. Ici des papyrus et des grenadiers. Un pas de plus et vous êtes dans le jardin lapidaire, puis dans le jardin florentin. Celui-ci se distingue par sa structure de base, l’escalier en fer à cheval, au centre duquel se trouve une fontaine antique. Juste à côté dans le jardin japonais, le temps s’arrête. « Lorsqu’on entre, il faut d’abord écouter le bruit des oiseaux, et celui de l’eau. » Et comme le précise Bruno Henri-Rousseau, « dans un jardin digne de ce nom il y a toujours une roseraie ». Celle de la Villa Ephrussi de Rothschild a été améliorée avec des espèces plus résistantes qui fleurissent toute l’année et est suivie d’une lavanderaie aux senteurs de Provence. Vient ensuite le jardin exotique. Le « maître » de la villa s’en réjouit, « le climat est doux et il n’y a que très peu de vent contrairement à la Provence et au Var, ce qui est favorable à la pousse de ces plantes venues d’ailleurs ». On fini le tour par le jardin à la française. « C’est un jardin qui est construit autour d’un canal, un peu à la manière de Le Nôtre à Versailles. Tout est coordonné, la nature est domptée ». Ceci dit, c’est un jardin à la française qui ne ressemble à aucun autre. Plantes exotiques et palmiers… Il y a, là encore, un vrai mélange de styles.
Un an avant sa mort, soit en 1933, lorsque la baronne lègue sa villa à l’Académie des beaux-arts, elle précise qu’elle souhaite que sa maison soit présentée au public dans l’esprit d’un endroit habité
Un endroit finalement peu connu des Français
Sur cette pelouse, il est possible de pique-niquer. Idyllique pour un date avec votre cher et tendre ! La villa ouvre ses portes également pour les nocturnes de juillet à août. Mais attention, au moment de vous y rendre, ne cherchez pas forcément une maison rose, car la façade va prochainement être repeinte. « L’idée c’est de retrouver sa couleur d’origine (ocre-jaune) après avoir retraité tous les fers qui ont été oxydés par la mer. » La restauration est en cours et devrait durer deux à trois ans. Les visiteurs sont nombreux d’avril à septembre et les travaux sont interrompus pendant cette période-là. En parlant de visiteurs, le directeur remarque que la villa est plus connue à l’étranger qu’en France. L’émission Le Monument préféré des Français diffusée cet été sur France 3 sera donc une occasion formidable de mieux faire connaitre ce patrimoine aux locaux.







