mardi 26 mai 2026
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    Une lente érosion de la présence française à Monaco 

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    La communauté française à Monaco ne cesse de chuter d’année en année. Alors qu’en 1975, les Français étaient au nombre de 13770, ils ne sont aujourd’hui que 8473.  Un déclin qui inquiète ses représentants.

    Ils ont longtemps occupé la première marche du podium, mais ils sont désormais relégués à la seconde place. Les Français ne sont plus majoritaires à Monaco. Le recensement 2023 de la population (récemment présenté par l’IMSEE), a dévoilé que les Monégasques sont désormais la nationalité la plus représentée en Principauté. Ils sont au total 9179, suivis des Français qui sont au nombre de 8473. En troisième place, on retrouve les Italiens (7515). « Ce trio de tête est le même depuis des années mais, pour la première fois, les Monégasques sont passés devant », explique Alexandre Bubbio, directeur de l’IMSEE. Si l’on regarde plus loin dans le temps, on s’aperçoit que c’est en 1975 que la présence française atteint son pic avec au total 13 770 Français sur le territoire monégasque. Presque 50 ans plus tard, ils sont donc 5000 de moins (1).    

    Le coup de gueule de l’association des enfants du pays

    Un déclin que regrette Christophe Pisciotta, président de l’Union des Français de l’Étranger, mais aussi Géraldine Motillon, présidente de l’association des enfants du pays qui l’a clairement fait savoir sur les réseaux sociaux il y a quelques semaines, au moment où ce recensement a été dévoilé : « Le nombre de Français de Monaco a dramatiquement chuté passant de 60% de la population en 1962 à 22,1% en 2023. Les enfants du pays font partie de l’âme de Monaco.  L’État monégasque va-t-il continuer à se voiler la face et à promettre des logements pour les enfants du pays qui in fine ne leur seront jamais attribués ? Si les Français de Monaco partent c’est qu’ils y sont contraints, faute de pouvoir se loger. Que dire du data center à Ida, alors que l’immeuble était destiné aux enfants du pays, de la Villa del Sole, des Lucioles ? », a-t-elle indiqué avant d’interpeller directement le gouvernement et le Conseil national. « La prise de conscience de l’urgence de la situation, c’est pour quand ? »

    Fiscalité et flambée de l’immobilier

    Comment expliquer alors ce déclin de la communauté française à Monaco ? Les causes sont multiples. D’abord, la fiscalité. Les Français sont en effet l’une des très rares communauté étrangère en Principauté à devoir payer des impôtsdans les mêmes conditions que s’ils étaient domiciliés en France. La donne a quelque peu changé en 2014 pour une partie d’entre eux : les enfants du pays (c’est-à-dire les Français qui sont nés et qui ont toujours résidé à Monaco). Après une très longue bataille judiciaire avec l’administration fiscale française, ils ont obtenu l’exonération de leurs impôts sur le revenu.  « Ce n’était pas une injustice, c’était surtout une méconnaissance de ce que disait la convention fiscale depuis le début. On est tout simplement revenu à ce que dit cette convention. L’administration a finalement admis qu’elle avait tort », rappelle Christophe André-Frassa, sénateur français représentant les Français établis hors de France qui s’est longtemps battu sur ce dossier.  Au-delà de la fiscalité, s’ajoute aussi la flambée des prix de l’immobilier ces 30 dernières années, rendant presque impossible l’acquisition d’un logement à Monaco. Sans oublier la hausse des loyers dans le secteur libre et la revalorisation des loyers dans le secteur protégé.  De plus, le nombre d’appartements appartenant à ce secteur s’est considérablement réduit ces dernières décennies.  « Par voie de conséquence, beaucoup de résidents français, souvent enfants du pays, ont quitté la Principauté sans espoir de retour et sont partis vivre dans les communes limitrophes, nous expliquait il y a quelques années Danielle Merlino, conseiller représentant les Français de Monaco. Dans ce déclin, il faut également compter les décès car la population vieillit, ainsi que les enfants du pays diplômés qui partent car ils ne trouvent pas de travail dans leur domaine de compétence à Monaco. L’autre phénomène que l’on a constaté aussi, ce sont ces Français à la retraite qui rendent leur carte de séjour car ils ne peuvent plus assumer leurs loyers. »

    Des Français qui s’installent ailleurs en Europe

    D’ailleurs, quel serait l’intérêt aujourd’hui pour un Français de venir s’installer à Monaco ? « Il est extrêmement faible, estime Christophe-André Frassa, car les prix locatifs sont extrêmement élevés et le bassin d’emploi est extrêmement petit ». De plus, selon ce sénateur, d’autres pays européens sont plus attractifs. « Partout en Europe, les communautés françaises ont fortement augmenté. En Suisse, on compte plus de 350 000 Français. En Belgique, ce chiffre atteint presque 400 000. À Londres, malgré le Brexit, près de 300 000 Français résident encore dans la capitale britannique. Barcelone se distingue comme l’une des plus grandes communautés françaises en Méditerranée. En Italie, notamment à Milan et à Turin, la présence française est également très forte. Les grandes capitales et métropoles européennes continuent donc d’attirer un grand nombre de Français. Et la première communauté française au Proche-Orient ne se trouve plus au Liban, mais aux Émirats arabes unis. »  Christophe-André Frassa rappelle tout de même que la présence française est toujours très forte à Monaco « grâce aux dizaines de milliers de pendulaires qui viennent y travailler chaque jour. Les Français représentent toujours la part la plus importante de la population active. »

    (1) A noter également que des Français n’ont pas forcément quitté le territoire monégasque mais ont acquis la nationalité monégasque par mariage ou ont été naturalisés.

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