FOOT / Si certains salariés s’inquiètent pour leur avenir, la direction de l’AS Monaco nie et cherche à rassurer. Qui a raison ?
Sur le terrain, l’AS Monaco est méconnaissable. Après avoir frôlé une descente en National, c’est-à-dire en 3ème division française, le club est aujourd’hui installé dans les premières places du classement de Ligue 2. Depuis que 66,7 % du club ont été rachetés par le milliardaire russe Dmitry Rybolovlev en décembre 2011, tout semble aller pour le mieux, à la fois sportivement et financièrement. Classé 100ème fortune mondiale avec 9,5 milliards de dollars (soit 7,4 milliards d’euros) selon Forbes, Rybolovlev a pour objectif de faire monter l’ASM en Ligue 1 dès cette saison. Pour jouer à nouveau la Coupe d’Europe, il a promis d’injecter 100 millions d’euros sur quatre saisons.
« Argent »
Pourtant, depuis plusieurs mois, des rumeurs évoquent des tensions à l’intérieur de ce club qui est en fait une véritable PME, avec 170 salariés, joueurs inclus. Certains se sentiraient menacés, notamment des Monégasques. Mais aussi des Français nés à Monaco au club depuis longtemps. Alors que d’autres viendraient tous les jours au bureau sans tâche précise. « Il faut quand même être là au bureau, même si tu ne fais rien. S’ils veulent licencier, ils le font. Ils ont de l’argent, ils paient », raconte un salarié. Symbole de ce malaise, « l’affaire Barilaro. »
Viré le 19 mai dernier avec l’entraîneur Marco Simone, le Monégasque Frédéric Barilaro a finalement été réintégré quelques jours plus tard à la tête du centre de formation, après une intervention du prince. Interrogé le 12 juin par L’Obs’ sur l’avenir de Barilaro après ce licenciement, Albert II s’était montré rassurant : « Différentes options lui seront présentées pour qu’il reste au club. »
Mais cette affaire a ému beaucoup de Monégasques. Y compris des élus du conseil national, choqués par cette mise à l’écart qu’ils jugeaient brutale. Car ils estimaient que la priorité d’emploi pour les Monégasques n’avait pas forcément été respectée. Questionné par Canal+ le 9 septembre dans le cadre du Canal Football Club (CFC), le prince Albert a expliqué qu’il était intervenu « pas tellement pour un transfert, mais pour un changement dans la structure du club. J’ai rectifié quelque chose qui allait se passer. »
Reste à savoir si les salariés monégasques de l’ASM seront prioritairement conservés au sein du club : « Nous sommes en train de créer un environnement international qui n’est pas seulement représentatif d’un football mondial moderne et dynamique, mais qui reflète aussi la réalité quotidienne du pays qu’est Monaco. Je trouve très excitant de travailler avec des Monégasques aussi bien qu’avec des gens d’autres nationalités, très nombreuses d’ailleurs au club », répond le directeur général exécutif, Tor-Kristian Karlsen.
« Froid »
« Un mec qui met 100 millions d’euros sur 4 ans, il a forcément envie de décider. C’est compréhensible… », estime un ancien salarié du club. Il faut dire que l’AS Monaco a changé de dimension et de culture. En évoluant d’un club à taille humaine détenu par des capitaux locaux, à une entreprise qui se professionnalise à tous les étages. « On est passé d’un club familial à un club professionnel, froid, carré » résume un salarié. Très vite, la nouvelle direction a souhaité lancer un recrutement ciblé. Dmitry Rybolovlev a donc placé ses hommes : le Norvégien Tor Kristian Karlsen directeur général pour le secteur sportif et le Belge Filips Dhondt pour la sphère administrative. « Nous sommes en train de mettre en place une organisation que nous espérons efficace et effective pour répondre aux standards de la Ligue 1 » souligne Karlsen. De la compétence à tous les étages et rien d’autre. C’est le leitmotiv. « Pendant la dernière phase de restructuration du club, nous avons intégré de très bons professionnels avec une véritable expérience du foot de haut niveau. Ce qui est absolument vital pour que le club puisse aller plus loin » ajoute le directeur général exécutif de l’ASM.
Symbole
En tout cas, aucun Monégasque n’a été nommé à des postes clés. Et les anciens dirigeants ne pèsent plus dans les décisions. L’ex-président Etienne Franzi se contente de siéger au conseil d’administration, pendant que d’autres, comme l’ancien directeur financier, Raymond Bella, ont été licenciés. Quant à l’ex-vice-président de l’ASM, Michel Aubéry, il n’a conservé que sa fonction de président de l’association, c’est-à-dire la partie non-professionnelle du club.
Seul Jean Petit a été conservé sur le banc de touche. Au club depuis 1969, d’abord comme joueur puis comme entraîneur à partir de 1987, Petit est Français. Mais il incarne l’histoire de l’ASM. Un véritable symbole. Suffisant pour le protéger ? « Si le club a viré presque tout l’ancien staff avant de réintégrer Frédéric Barilaro et de conserver Jean Petit, il y a une raison : le diplôme qui permet d’entraîner en France que n’a pas l’entraîneur italien Claudio Ranieri », ironisent les supporters sur les forums consacrés à l’AS Monaco.
Salariés
Aujourd’hui, avec 30 millions d’euros, Monaco possède le premier budget de Ligue 2 et le 13ème de Ligue 1. Un train de vie du foot-business que la principauté ne pouvait plus assumer comme l’a indiqué Albert II à Canal+ pour expliquer la vente du club : « C’est une raison essentiellement économique. On n’arrivait plus, avec un tour de table local, à maintenir l’ASM à un niveau acceptable. On ne pouvait pas imaginer autre chose que l’arrivée d’un investisseur étranger. » Tout en soulignant : « Quand il y a beaucoup d’argent dans un sport, ça le dénature un peu. Les prix d’achat sont exorbitants, les salaires le sont tout autant. Par rapport à Monsieur tout le monde, c’est difficile. »
Interrogée par L’Obs’, la direction du club refuse de parler de compression de personnel ou de licenciements. 170 salariés, joueurs inclus, c’est trop ? « Je ne ferai pas de commentaires à propos du nombre précis de salariés. Le plus important, c’est que tout le monde tire dans la même direction et se dévoue entièrement dans l’intérêt supérieur de l’AS Monaco », lance Tor-Kristian Karlsen qui ne comprend pas les inquiétudes de certains salariés de l’ASM : « Je ne partage pas du tout ce sentiment. Au contraire je me réjouis de l’éthique de travail et de l’esprit d’équipe qui est en train de se développer dans le club et autour. »
Pourtant, en interne, on est moins euphorique. Mais on joue le jeu. « On change de braquet. Ca fait un peu mal aux jambes. Mais après, on sera content d’avancer ensemble », espère un salarié. Avant d’ajouter : « On sent une impulsion présidentielle. Se professionnaliser est une étape obligée. Il faut oublier son égo et voir ce que l’on peut apporter. »
_Raphaël Brun
> Louis II : à quand les travaux ?
Filips Dhondt avait évoqué dans L’Obs’ n° 109 des « possibilités pour augmenter la moyenne de spectateurs au stade Louis II. » C’est-à-dire revoir l’accueil des VIP, les loges, les vestiaires… Bref, faire du stade un véritable outil commercial. Reste à obtenir une concession de la part du gouvernement. « A ce jour, aucune décision de travaux d’aménagement n’a été prise », corrige le gouvernement, en rappelant que pour soutenir l’ASM, l’Etat met à disposition le stade Louis II et le centre d’entraînement de La Turbie : « Ces mises à disposition non matérialisées jusqu’alors, ont fait l’objet d’une convention entrée en vigueur en décembre 2011 pour une durée de 20 ans, sous réserve que certaines conditions soient remplies par le club monégasque. »_R.B.
