Santé — Face au nombre croissant d’adolescents scolarisés à Monaco souffrants de troubles psychiatriques assez sévères, le CHPG va ouvrir une unité dédiée en 2020. Certains de ces jeunes sont aujourd’hui suivis dans l’unité psychiatrique pour adultes. Une confrontation délicate que les autorités sanitaires veulent éviter à l’avenir —
C’est un constat qui met forcément mal à l’aise… Faute de structure dédiée, des adolescents scolarisés à Monaco et présentant des troubles psychiatriques sévères sont hospitalisés au CHPG mais dans l’unité psychiatrique dédiée… aux adultes. Quant à ceux qui ont moins de 13 ans, ils sont souvent orientés vers le service de pédopsychiatrie de Lenval à Nice… Pour éviter de transférer ces enfants et adolescents en grande souffrance loin de Monaco, et pour éviter qu’ils ne soient confrontés à une population adulte pouvant présenter des pathologies assez sévères et potentiellement impressionnantes, depuis 2016, le gouvernement a validé le projet de créer une unité psychiatrique uniquement dédiée aux adolescents au sein du CHPG… En 2020, ce projet va enfin se concrétiser… « D’après les informations dont nous disposons, l’unité devrait être opérationnelle à la fin du premier semestre 2020 », a expliqué le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé Didier Gamerdinger lors des récentes séances budgétaires. Cette unité pour ados devrait être située dans une aile isolée du service psychiatrique pour adultes. « Il y aura au total trois chambres : deux chambres individuelles, et une chambre double ainsi qu’une salle de jeux dédiée, et une salle d’activité polyvalente, pouvant servir si besoin de salle de classe », nous expliquait il y a quelques mois Valérie Aubin, chef du service psychiatrique au CHPG.
« Nous sommes confrontés effectivement à une liste d’attente »
A Monaco, comme en France, le constat est similaire : de plus en plus de jeunes présentent des troubles psychiatriques légers ou sévères. Et pour les prendre en charge, le compte n’y est pas : le manque de pédopsychiatres et de places dans les centres médicaux spécialisés est réel dans les deux pays. « Au CHPG, nous sommes effectivement confrontés à une liste d’attente importante et à la nécessité de hiérarchiser les cas qui se présentent, rajoute Valérie Aubin. Pour les consultations en urgence et les troubles graves, le service pédiatrique du CHPG et l’équipe adolescent parviennent toujours à prendre en charge rapidement les jeunes qui se présentent. En revanche, dans le suivi, en particulier pour les troubles plus légers, on manque effectivement de pédopsychiatres et de psychologues spécialisés à Monaco comme en France. » Au gouvernement aussi, on reconnait que les structures monégasques ne sont pas tout le temps adaptées et suffisantes : « Nous avons en effet de plus en plus de jeunes en souffrance psychiatrique, reconnaît Didier Gamerdinger. Et cette détresse peut, dans certains cas, nécessiter une hospitalisation pendant un temps. Aujourd’hui, le service psychiatrique de l’hôpital n’est pas vraiment structuré pour ces profils, car, dans le passé, il n’y avait pas une telle prévalence. »
« Retard au diagnostic de certaines pathologies mentales »
Quelles sont alors les conséquences de ce manque de pédopsychiatres en Principauté ? « Le risque est un retard au diagnostic de certaines pathologies mentales qui s’installent à l’adolescence et qui nécessitent un bilan très spécialisé afin de distinguer ce qui relève du signe prédictif d’une pathologie ou d’un comportement de rejet transitoire et/ou sociologique, explique Valérie Aubin. On est parfois obligé d’espacer les rendez-vous à 4 ou 6 semaines. Ce qui peut démotiver certains jeunes. Les parents peuvent également se sentir démunis face à la souffrance ou aux troubles du comportement de leur enfant et découragés par les délais de prise en charge. » Impossible par ailleurs d’orienter des jeunes dans des cabinets à Monaco car il n’y a pas de pédopsychiatre en libéral en Principauté. Cette nouvelle unité ados sera donc la bienvenue.
