mercredi 15 avril 2026
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    Elles regrettent d’être mère

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    De nombreux livres ont été publiés sur les femmes qui ont fait le choix de ne pas avoir d’enfant.

    Orna Donath, docteure en sociologie a, de son côté, jeté un pavé dans la mare et levé un véritable tabou en donnant la parole à des femmes pour qui la maternité a été une « erreur », et qui expriment, sans ambiguïté, le regret d’avoir enfanté. Après un succès international et de nombreuses controverses, sa traduction est arrivée en France le 20 novembre, sous le titre, Le regret d’être mère (1).

    C’est une prise de conscience qu’elles ont eu tantôt pendant la grossesse, tantôt après la naissance de leur premier ou deuxième enfant. Les femmes qui témoignent dans le livre de la sociologue israélienne Orna Donath ont un point en commun : elles expriment, non pas une ambivalence face à la maternité, mais un regret radical d’avoir enfanté. Pour elles, pas de doute : c’est une erreur claire d’être devenue mère. Avec toutefois une nuance : si elles déclarent aimer leur progéniture, c’est en revanche la maternité, ses attentes démesurées, et ses « sacrifices », qu’elles rejettent sans hésiter. Pour ces femmes, les conséquences sur leur vie et le poids des responsabilités ont été trop lourdes à porter. Elles parlent d’un « fardeau » et du sentiment que leur vie ne leur appartient plus complètement.

    « On a dit qu’elles étaient défaillantes et immorales »

    Ces confessions que l’on imagine jusqu’ici réservées au divan des thérapeutes, ont donc été dévoilées au grand jour par cette sociologue qui a voulu donner la parole à ces femmes en véritable souffrance : « Ces dernières années, les quelques fois où la question des femmes qui regrettent d’être devenues mères a été abordée sur Internet, soit leur propos ont été accueillis avec incrédulité — ce qui revient à nier le ressenti de ces femmes — soit ils ont suscité de la colère et ont été déformés. On a dit de ces mères qu’elles étaient anormales, défaillantes, égoïstes, et même qu’elles étaient immorales », explique-t-elle. Ce travail d’enquête a commencé en 2015. Orna Donath écrit alors un article dans le journal universitaire américain Signs et lance dans la foulée un hasthag #regrettingmotherhood sur lequel des centaines de témoignages affluent. A travers Le regret d’être mère, traduit dans une dizaine de pays, on mesure pleinement grâce aux témoignages et aux analyses sociologiques la complexité de la douleur que ces mères ressentent. Des femmes de tous âges — y compris des grands-mères — et de toutes origines sociales. « Pour les femmes qui regrettent d’être mères, ce ressenti peut sembler insupportable dans la mesure où elles doivent vivre avec ce mal-être permanent. Elles n’ont presque aucune possibilité de parler de ce qu’elles ont compris, parce que le regret n’est pas censé être lié à la maternité », écrit-elle.

    Injonction biologique à enfanter ?

    Dans ce livre, émerge notamment cette idée dominante qu’il existe chez les femmes une forme d’injonction biologique à enfanter. « Les femmes sont enfermées dans le naturalisme qui pose comme prémisse que le potentiel reproductif de l’anatomie des femmes les contraint à devenir mères. Qu’elles doivent obéir passivement à un ordre fataliste qui ne laisse pas d’autre choix », explique cette sociologue. Par ailleurs, la question du choix d’avoir ou de ne pas avoir d’enfants, serait loin d’être libre pour de nombreuses femmes. « Ce n’est pas forcément le produit d’un choix individuel, mais le poids de normes strictes, de valeurs morales, de discriminations, de forces sociales puissantes qui influent sur les décisions que nous prenons », indique-t-elle. D’autant que, dans de nombreux pays natalistes « comme Israël », indique-t-elle (pays d’où est originaire cette sociologue), les femmes qui ne souhaitent pas concevoir d’enfants, les mettre au monde et les élever « tendent à susciter la pitié et la suspicion. On les traite de femmes égoïstes, hédonistes, immatures, sans honneur. Ces messages qui s’apparent à un verdict sans appel sont accompagnés de prophéties de malheur, à savoir que les femmes qui choisissent de renoncer à la maternité se condamnent elles-mêmes à une vie tourmentée, pleine de regret, triste, remplie de solitude, d’ennui, et d’absence de sens et de substance. » Autre constat : avoir des enfants ou pas, beaucoup de femmes n’ont jamais véritablement réfléchi à la question. « C’était dans l’ordre des choses, pour faire comme tout le monde », peut-on souvent comprendre dans ces témoignages.

    La maternité comme un traumatisme

    Communément, la maternité est tellement associée à un évènement heureux, qu’il est également difficile d’imaginer qu’enfanter puisse, au contraire, être vécu comme un véritable traumatisme par certaines femmes. C’est pourtant ce que déclarent certaines d’entre elles dans ce livre. « Cette idée convenue réside dans le fait que la notion de trauma se réfère à des évènements ou des situations perçues comme négatifs, voire immoraux ou délictuels (catastrophe naturelle, accident de la route, maladie, guerre). Bien qu’il soit admis que la maternité est difficile, elle n’est pas considérée en soi comme négative ou nocive, et donc comme quelque chose susceptible d’avoir des effets traumatiques durables en dépit de témoignages qui nous disent le contraire », explique cette sociologue rappelant que la maternité peut, parfois, mettre en danger « la santé physique et mentale » des femmes. « Nausées, dépression, fatigue, crises d’ordre émotionnel, lésions corporelles et perte du statut social ne sont que quelques exemples de ce que vivent les mères, y compris des années après la naissance des enfants ». Pour ces femmes, une autre question domine. Taire ce mal-être ou en parler, notamment à ses enfants ? Si certaines emporteront « ce secret jusque dans leur tombe », d’autres, envisagent d’évoquer cette douleur lorsque les enfants seront plus grands « afin qu’ils comprennent la distinction entre l’amour qu’elle leur porte, et le regret de la maternité. »

    (1) Le Regret d’être mère, publié aux éditions Odile Jacob, 240 pages, 21,90 euros.

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