Le 3 avril, Thomas Brezzo a été élu président du Conseil national par la quasi-totalité des élus présents (22 voix sur 23). Quel est le parcours de ce Monégasque de 44 ans, et pourquoi a-t-il été considéré comme l’homme de la situation pour remplacer Brigitte Boccone-Pagès ?
Une page s’est tournée le 3 avril au Conseil national. Celle de la présidence (express) assurée par Brigitte Boccone-Pagès. La toute première femme élue à ce fauteuil dans l’histoire de la Haute assemblée, n’aura tenu qu’un an… Face aux nombreuses critiques qui ont été portées à son encontre – notamment sur son mode de gouvernance – la Monégasque a préféré retirer sa candidature. C’est ainsi que 22 conseillers nationaux sur 23 ont voté pour Thomas Brezzo. Une fois élu, ce Monégasque de 44 ans est brièvement revenu sur cette tempête politique qui secoue le Conseil national depuis, manifestement, un an déjà : « Nous avons, par discrétion et pour préserver notre institution autant que possible, refusé de nous répandre sur le sujet. Mais sachez qu’en aucun cas il n’y a de crise politique, a indiqué le nouveau président. Il s’agit d’un problème de management de l’institution, mais pas d’un désaccord sur le projet politique qui nous rassemble. Soyez assurés que les élus n’ont jamais cessé de consacrer toute leur énergie au profit de la Principauté. »
Le travail sur Moneyval
Comment expliquer alors que Thomas Brezzo ait été désigné comme l’homme de la situation pour prendre la succession de Brigitte Boccone-Pagès ? C’est manifestement son engagement en matière de lutte anti-blanchiment qui a fait la différence. Spécialiste en droit des affaires et en droit pénal, il a été le rapporteur de nombreux projets de loi transposant des directives européennes, et permettant à la Principauté de mettre sa législation en conformité avec les recommandations de Moneyval. « Thomas Brezzo a su trouver l’énergie exceptionnelle pour faire face au grand défi de l’année passée par rapport au dossier Moneyval. Des textes de lois, des centaines d’articles, étudiés et votés dans l’urgence, la nuit, dans des conditions qui étaient parfois regrettables, et permettez-moi de le dire, parfois déplorables. Sans son énergie, nous n’en serions pas sortis. J’ai pu voir l’intensité de son travail, la prise de risque personnelle, car il y a bien eu prise de risque personnelle. Ceci a suscité non seulement mon admiration mais aussi ma reconnaissance », a indiqué à son tour le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, réélu à ce même fauteuil.
Parcours
Marié et père de deux enfants, Thomas Brezzo est diplômé de droit privé – sciences criminelles, après des études au sein des universités de Nice et d’Aix-en-Provence. Après avoir exercé en tant que conseil juridique pendant 7 ans, il devient avocat en 2016. Associé avec Thomas Giaccardi au sein du cabinet « 99 avocats » depuis 2018, il est élu la même année au Conseil national au sein du groupe majoritaire Primo. Stéphane Valeri, alors président de l’Assemblée, lui confie la commission de législation. Thomas Brezzo a récemment indiqué à Monaco hebdo, qu’il allait se consacrer « à plein temps au Conseil national ». Cet avocat confiera ainsi la continuité de ses dossiers à ses associés.
Brigitte Boccone-Pagès reste élue du Conseil national et a défendu son bilan
C’était une prise de parole très attendue… Attaquée de toutes parts, la désormais ex-présidente du Conseil national, Brigitte Boccone-Pagès a préféré retirer sa candidature. Elle a toutefois décidé, par respect « envers les Monégasques qui ont voté pour elle », de rester conseillère nationale durant ce mandat. « Quoi qu’il advienne, je ne dévie pas des engagements que j’ai pris, de la confiance qui m’a été faite. Le 5 février 2023 , les Monégasques m’ont manifesté leur confiance lorsqu’ils ont plébiscité notre liste d’union pour les 5 ans à venir. Je suis aujourd’hui fière de pouvoir dire, sans l’ombre d’une hésitation, que je n’ai pas failli à cette confiance. La preuve en est. Notre assemblée a réussi à traiter des sujets sensibles et structurants dans une contexte international tendu », a-t-elle indiqué avant d’ajouter que le bilan de cette année a été « le meilleur réalisé ». Concernant les critiques à son encontre, elle a pointé du doigt « un travail de sape et de division à l’encontre de [sa] personne », tout en assurant également que lorsqu’elle a été informée de « problèmes internes » au sein du Conseil national, elle a organisé « des dialogues » et mis en place « des procédures pour entendre chacune et chacun afin de trouver des solutions pragmatiques et opérationnelles. »
