Les cartables, souvent trop chargés, peuvent être la source de problèmes de santé pour les enfants. Or, pour l’ostéopathe exerçant en Principauté Nicolas Boisbouvier, « si des lésions ou des troubles rachidiens apparaissent pendant l’enfance, ils seront exacerbés par la croissance rapide lors de la puberté. »
Selon les professionnels de santé, le poids d’un cartable ne doit pas dépasser 10 % de celui de l’élève qui le porte. Ce qui représente, pour un enfant de 11 ans, 3,4 kg en moyenne, et pour un autre de 13 ans, quelque 4,4 kg. Or, dans les faits — et de nombreux parents le constatent à chaque rentrée scolaire —, on en est loin. Selon plusieurs pesées réalisées par le syndicat de parents d’élèves FCPE, les cartables pèsent plutôt entre 15 et… 25 % du poids des enfants ! « Je constate une nette hausse des consultations pour des troubles liés à un cartable trop lourd, regrette Nicolas Boisbouvier, ostéopathe et posturologue à Monaco. Et pourtant, les parents et les enseignants sont sensibilisés à cette problématique et aux risques liés à un cartable trop lourd. »

Les risques pour les enfants
Cet “embonpoint” des cartables et autres sacs à dos peut en effet entraîner une déformation du squelette, des scolioses, des lombalgies, voire un déséquilibre de la marche et des pré-lésions discales. « Entre 8 et 11 ans, le corps des enfants est encore malléable, puisque leur croissance n’est pas achevée, explique le praticien. Si des lésions ou des troubles rachidiens apparaissent pendant l’enfance, ils seront exacerbés par la croissance rapide lors de la puberté. » « Le poids tasse les courbures, augmentant exagérément la cambrure lombaire jusqu’au blocage articulaire chez les filles et le dos rond chez les garçons, détaille encore Nicolas Boisbouvier. Pour maintenir l’équilibre, l’enfant se penche en avant avec les épaules enroulées. Les muscles et ligaments forcent pour garder le dos droit et deviennent sensibles. Les hanches et les lombaires souffrent également d’une mauvaise posture qui peut causer un changement dans la démarche, suscitant des douleurs aux genoux. Le tout, exacerbé par une mauvaise position assise, maintenue dix heures par jour, qui fragilise davantage la colonne. »
Un ordinateur portable à la place des manuels ?
Alors, que faire ? Si la tendance générale est bien au retrait des manuels scolaires des cartables — rappelons, à ce sujet, que le programme EduLab Monaco, lancé en 2019 et qui vise à accélérer la transition numérique à l’école, passe entre autres par la numérisation des manuels scolaires dans les collèges et les lycées —, leur allègement relève pour l’instant du vœux pieux. Et pour cause : « Souvent, dans les établissements scolaires, à partir du collège et notamment à Monaco, les manuels sont remplacés par un ordinateur portable, relève Nicolas Boisbouvier. Certes, un appareil de ce type est moins volumineux que plusieurs gros livres, mais il ne retire pas vraiment du poids du cartable. Ainsi, dans de nombreux établissements, la nécessité de rendre les cartables plus légers se heurte à celle de concilier tous les besoins : les élèves doivent avoir moins de poids à porter, mais ils doivent aussi avoir de quoi étudier… Et il ne faudrait pas que l’on demande aux enseignants de porter les manuels de toute une classe ! »
Des interventions de la Croix-Rouge à l’école
Face à ce problème, la Croix-Rouge monégasque mène, plusieurs fois par an, des opérations de sensibilisation dans les classes de CM2. Cette organisation parle non seulement du poids du cartable, mais aussi de l’ergonomie du dos et des bons gestes à adopter. Elle répond aussi aux questions des enfants, avec l’espoir que ces échanges seront utiles pour les élèves et leurs parents. « La lutte contre les conséquences d’un cartable trop lourd implique les élèves, les parents et les éducateurs, résume Nicolas Boisbouvier, qui a assuré la formation des bénévoles de la Croix-Rouge. Prendre les bonnes habitudes dès maintenant, c’est réduire les besoins en rééducation. Et ce, de l’enfance jusqu’à l’âge adulte. »
Grégory Moris
« Les professeurs sont invités à limiter le nombre de fournitures pour chaque discipline »
Le poids des cartables des élèves à Monaco est-il trop élevé ? L’éducation nationale monégasque fait-elle des préconisations aux élèves, aux professeurs et aux parents sur ce sujet ? Manifestement, depuis plusieurs années déjà, le sujet est effectivement abordé, et la mobilisation reste encore d’actualité. « Le poids des cartables est un vrai sujet qui préoccupe la communauté éducative depuis plusieurs années. En Principauté, il avait été constaté des élèves de 6ème portant des sacs pesant jusqu’à 7 kg ! Ce n’est évidemment pas acceptable, nous indique Isabelle Bonnal, Commissaire Général, chargé de la Direction de l’Éducation Nationale, de la Jeunesse et des Sports. Les études à ce sujet préconisent que le cartable soit adapté à l’âge et à la morphologie de l’élève, qu’il ait un poids inférieur à 10 % du poids de l’enfant, qu’il soit d’usage pratique et de manipulation aisée et conçu pour ne pas créer de déséquilibres. » Pour que les élèves apportent moins d’affaires, Monaco a donc fait le choix de doter les élèves d’un ordinateur portable « léger », assure encore l’Éducation nationale monégasque, disposant de tous les manuels scolaires au format numérique. « Cela évite aux élèves de transporter leurs manuels. Il y a aussi des cahiers qui sont proposés en collège, rajoute Isabelle Bonnal. Depuis plusieurs années, les professeurs sont également invités à limiter le nombre de fournitures pour chaque discipline, notamment par une harmonisation de ces fournitures entre les diverses disciplines. Des progrès sont sans doute encore possibles en la matière. » Autre mesure essentielle selon l’Éducation nationale monégasque : « apprendre à l’élève à préparer son cartable. Des séances sont notamment dédiées spécialement à ce sujet en classe de 6ème. Les familles ont également leur part à jouer dans cet apprentissage. » S.B.
Six conseils pour réduire l’impact du poids du cartable sur la santé des enfants
1. Le cartable doit être adapté à la morphologie de votre enfant – pensez donc à changer de sac en fonction des pics de croissance. Il ne doit pas dépasser les épaules, et ne doit pas tomber plus bas que les hanches ou s’appuyer sur les fesses. Privilégiez un modèle léger, avec des bretelles larges et un dos rembourré.
2. Les éléments les plus lourds du cartable doivent être placés dans l’espace le plus proche du dos, afin de s’approcher du centre de gravité de l’enfant. Celui-ci n’aura ainsi pas la sensation d’être « tiré en arrière » par le contenu de son sac.
3. Les sacs à dos à roulettes constituent une fausse bonne idée. En effet, ils sont plus lourds puisqu’il faut compter le poids des roulettes, et ils ne sont pas pratiques quand il faut les soulever (par exemple, dans les escaliers). De plus, ce sont les épaules qui assurent le travail de traction, ce qui n’est pas sans conséquence sur la posture des élèves.
4. Les enfants doivent être incités à faire une liste, la veille d’une journée d’école, des affaires indispensables à amener avec eux, afin de n’emporter que le strict nécessaire. Sinon, les affaires s’accumulent dans le cartable et, avec elles, les kilos à porter sur le dos.
5. Les classeurs sont à préférer aux cahiers : ils permettent d’archiver les leçons dont on n’a plus besoin, et donc de réduire le poids des cartables. Certaines matières (comme l’histoire par exemple) se prêtent particulièrement à ce fonctionnement : n’hésitez pas à aborder le sujet avec les enseignants.
6. Le cartable doit être posé dès que possible afin de soulager le dos. Pour le soulever ensuite et le remettre sur le dos, il faut commencer par plier les genoux, et non le dos – c’est exactement, du reste, la même consigne pour soulever un carton de déménagement. Rappelez à votre enfant la bonne posture assise à adopter : le dos bien droit, les deux fesses posées sur la chaise, les pieds décroisés et posés au sol. Insistez, enfin, sur la nécessité de se lever régulièrement : la position debout est bien plus physiologique, et contribue à atténuer de nombreuses douleurs.


