Ses patrons ? Le prince Albert II et la princesse Charlène. Son lieu de travail ? Le Palais princier. Cela fait maintenant trois ans que le niçois Kevin Billard vit un rêve éveillé, depuis que le Palais l’a contacté pour être le fleuriste attitré de la famille princière. Le vice-champion de France des fleuristes a accepté de nous dévoiler son quotidien hors norme, dans lequel chaque détail compte.
Perfection. C’est le mot d’ordre au Palais. Kevin Billard y est habitué désormais. Il a rejoint la troupe des 125 artisans au service de la famille princière en décembre 2018. En prenant son service à 7 heures, le perfectionniste en quête d’élégance et d’harmonie a l’impression « d’allumer le Palais ». Il prend du plaisir à traverser les grands salons chargés d’histoire. Et si cet endroit magique est devenu sa deuxième maison, pas question pour autant d’en oublier le protocole. « Il y a évidemment du respect quand on croise le prince et la princesse, mais le protocole en lui-même ne me parait pas difficile. La règle de base est de rester discret, ne jamais importuner. S’ils nous font signe, on répond. Si non, on salue et on continue ce que nous étions en train de faire. Vous savez, le prince Jacques a 7 ans, mais c’est tout de même bonjour Altessse ou bonjour Monseigneur ».

« La princesse est mon moteur de travail »
Dans son art, Kevin Billard est tantôt libre, tantôt aiguillé. La princesse Charlène suit de près le travail du fleuriste. « En tant que maîtresse de maison, elle donne le ton », nous dit le jeune homme de 27 ans qui ne tarit pas d’éloge au sujet de sa patronne. « C’est une personne que j’affectionne tout particulièrement. Elle m’inspire, c’est mon moteur de travail. J’ai été séduit par sa personnalité et par son goût extraordinaire en décoration. Il suffit de voir son style vestimentaire pour remarquer que ce n’est pas une princesse conventionnelle. » Pour cerner les attentes de l’épouse du Souverain, Kevin Billard a appris à mieux la connaitre. « Il n’y a rien que la princesse déteste, remarque le niçois, mais c’est vrai qu’elle aime beaucoup l’esprit champêtre et tout ce qui se réfère à la nature. Souvent, on tombe dans des tonalités pastels ». Sa fleur préférée ? « Les protéas qui lui font penser à l’Afrique du Sud ». Le fleuriste en place dès qu’il le peut dans ses compositions, même s’il l’avoue, cette fleur en forme de « gros artichaut » n’est pas facile à associer. L’artiste lui, a un penchant pour le freesia blanc qui lui évoque des souvenirs d’enfance. Il en dispose régulièrement dans ses compositions car il sait que cette plante plait aussi à la princesse Charlène. « Elle en avait dans son bouquet de mariage », nous dit-il.
Vice-champion de France des fleuristes, Kevin Billard a rejoint la troupe des 125 artisans au service de la famille princière en décembre 2018
Le défis du local pour satisfaire le prince
L’avantage avec cette plante est qu’elle pousse par chez nous, parce que ce n’est pas le cas de toutes les espèces qu’il utilise. « J’aimerais vraiment prendre toutes les fleurs en local, et j’espère que cette année, en tant que vice-champion de France, j’aurais l’occasion de discuter avec des producteurs qui adhèrent au Collectif de la fleur française. C’est mon challenge, et je sais que le prince y tient ». Quant au recyclage, sa mise en place n’est pas évidente. « Pour être tout à fait honnête, quand on fait de l’événementiel, les fleurs ont tendance à souffrir, notamment lorsqu’elles sont exposées au soleil », remarque le fleuriste. Mais Kevin Billard sait comment faire plaisir au prince. « J’ai eu la chance de le découvrir, et je sais qu’il aime particulièrement les fleurs vertes. Je pense que ça doit lui faire penser à son côté irlandais. » Outre le vert, la couleur bleu est dominante l’été. « Le Souverain et son épouse ont un point en commun : l’eau. C’est un élément fort. La princesse, avec son passé de nageuse et le prince, avec son combat pour la protection des océans. En atteste le cadeau royal qu’a fait le prince à la princesse pour leur mariage ». La Ocean Tiara est une somptueuse couronne de diamants et de saphirs rappelant l’écume des vagues.

Des réceptions uniques
Quand le prince et la princesse reçoivent au Palais, c’est tout un décor inédit que le fleuriste doit imaginer. « Il part des escaliers, et se poursuit dans toutes les pièces. À chaque soirée, il faut vraiment qu’il y ait une émotion unique. On essaye de trouver une petite subtilité pour procurer le wahou ». Le wahou chez les convives mais aussi chez les deux hôtes. « On a régulièrement l’appréciation du patron. Parfois, avant l’événement, il nous donne un petit challenge. Une fois, à l’occasion d’un repas autour des vins, il m’a soumis le thème des vendanges. J’ai adoré », confie avec un enthousiasme non dissimulé le fleuriste. Le challenge, c’est quelque chose qui est propre au Palais princier. « Le prince et la princesse sont sportifs dans l’âme ! ». Thème ou pas, tout doit être parfait. « Ça nous motive. On essaye de les surprendre, qu’ils soient fiers du Palais princier. »
« Avec un tel niveau d’exigence, certains événements sont préparés un an à l’avance, la fête nationale par exemple »
Démesure et perfection en toutes circonstances
« À chaque occasion, il faut que chaque fleur soit une star ». Avec un tel niveau d’exigence, certains événements sont préparés un an à l’avance, la fête nationale par exemple. « C’est notre moment aussi au sein du Palais. » Outre les événements, le fleuriste a aussi un travail quotidien à assurer. « Nous avons la partie officielle comme les salons, et la partie privée telle que les appartements et les annexes. Car le Palais princier n’est pas qu’une résidence, c’est aussi un lieu de travail administratif ». Un travail à temps plein qui justifie que si vous vous demandez s’il est possible de se payer les services de Kevin Billard le temps d’un mariage ou d’une réception, malheureusement, la réponse est non. Et ne vous fiez pas aux posts de bouquets de mariées sur son compte Instagram, le jeune homme continue de s’entrainer, et il n’est pas rare qu’il dépanne des amis ou « des carabiniers ». Parce qu’entre les cuisiniers, les couturiers ou les ébénistes, c’est une vraie famille professionnelle qui s’est formée. « Il y a des moments très forts, des moments de joies comme de tristesse. Nous voyons les enfants princiers grandir, et nous avons la chance d’apercevoir des échanges touchants entre un père, une mère et leurs enfants. » Et c’est finalement cela, que Kevin Billard retient.
