À bien des égards, le marché de l’emploi à Monaco a de multiples spécificités. Durée hebdomadaire de travail, nationalités multiples, lieux de résidence, tour d’horizon des singularités monégasques…
Monaco, le seul pays au monde qui compte plus de salariés que d’habitants
Si la Principauté compte environ 38 000 habitants, le nombre de salariés qui travaillent sur le territoire monégasque est en revanche beaucoup plus élevé. Si l’on cumule les secteurs privé et public, le nombre de salariés avoisine en effet les 56 000 (51 008 dans le privé et 4 911 dans le public. Chiffres au 31 décembre 2020). « Monaco est donc le seul pays au monde qui compte plus de salariés que d’habitants, note Emmanuelle Cellario, directrice du service de l’emploi qui s’est exprimée le 3 novembre dernier lors d’une rencontre avec le Monaco Economic Board (1). C’est un bassin d’emploi majeur depuis la région du Var jusqu’à l’Italie. La population locale étant insuffisante en nombre, les entreprises locales sont amenées à recruter des talents à l’extérieur du territoire monégasque et du bassin proche. »
140 nationalités différentes travaillent à Monaco
Le cosmopolitisme de la Principauté est bien connu. 140 nationalités au total sont représentées dans le bassin d’emploi monégasque. Les Européens, toutes nationalités confondues, représentent plus de 90 % de la population salariée de la Principauté. Les Français sont les plus nombreux avec près de 32 000 salariés (63 %). Puis viennent les Italiens (15,5 %.)

40 000 salariés de la Principauté habitent en France
Il suffit de regarder la circulation très dense le matin et le soir ainsi que la fréquentation massive des TER pour le constater. La grande majorité des salariés du secteur privé à Monaco ne réside pas en Principauté. En décembre 2020, près de 9 travailleurs actifs sur 10 sont en effet ce que l’on appelle des “pendulaires” qui font donc des allers-retours quotidiens, plus ou moins longs, entre leur lieu de travail et leur domicile. Environ 40 000 salariés de la Principauté vivent ainsi en France. La plupart au-delà des communes limitrophes (Beausoleil, Cap d’Ail, La Turbie, Roquebrune-Cap-Martin). 4 500 personnes environ résident en Italie. Quant aux salariés actifs du privé qui résident à Monaco, ils représentent environ 6 000 personnes.
975 Monégasques seulement travaillent dans le privé
Le nombre de Monégasques travaillant dans le secteur privé à Monaco est toujours assez faible : au 31 décembre 2020, les nationaux n’étaient qu’au nombre de 975. Dans la fonction publique, ils sont en revanche beaucoup plus nombreux : 1 300 au total sur un effectif global de 4 911 salariés.
Les TPE et PME : très largement majoritaires à Monaco
Monaco compte au total 6 126 entreprises (au 31 décembre 2020). Il y a une très forte prépondérance de très petites entreprises (TPE) et de petites et moyennes entreprises (PME). Elles représentent plus de 87 % du tissu économique monégasque. À Monaco, seules 30 entreprises comptent plus de 200 salariés. Elles exercent dans le secteur “des activités scientifiques et techniques, services administratifs et de soutien”. Il s’agit également d’entreprises d’hébergement et de restauration.
Une durée hebdomadaire de travail supérieure à la moyenne européenne
À Monaco, la durée légale du travail est fixée à 39 heures par semaine de travail effectif. Une durée supérieure à la moyenne européenne. Selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) qui a publié en juin 2018 une analyse comparative des durées du travail dans huit États membres de l’Union européenne, en 2016, la durée habituelle hebdomadaire du travail (c’est-à-dire lors d’une semaine normale sans évènement particulier) des salariés est en effet de 36,4 heures dans l’UE. La France, avec 36,3 heures est proche de la moyenne européenne, tout comme l’Espagne (36,4), le Royaume-Uni (36,8) et la Suède (36,2). L’Italie (35,5), l’Allemagne (34,8), le Danemark (32,3) et les Pays-Bas (29,3) ont en revanche des durées inférieures à la moyenne européenne.

3 jours de télétravail par semaine autorisés
L’activité de télétravail à Monaco ne peut excéder les 2/3 tiers du temps de travail hebdomadaire du salarié. Soit 3 jours par semaine pour un salarié à temps plein. « Dans les faits, nous constatons toutefois que ce sont majoritairement un à deux jours par semaine de télétravail qui sont utilisés par les entreprises. Ce qui permet de garder le lien social », rajoute Emmanuelle Cellario. La crise sanitaire et le confinement ont, par la force des choses, donné un gros coup d’accélérateur au télétravail qui était jusqu’alors très peu développé en Principauté.
Désormais, c’est devenu un véritable mode de travail très répandu dans les entreprises monégasques. Et maintenant qu’elles ont franchi le pas, impossible de revenir en arrière. La demande des employés est désormais très forte. « Même les salariés qui vivent à Monaco ou dans les communes limitrophes — et qui n’ont donc pas de problématiques de trajet — demandent à être en télétravail. On s’aperçoit donc que cela devient véritablement une organisation de travail à part entière, quel que soit le lieu de domicile », note Emmanuelle Cellario. « Le télétravail fait aujourd’hui partie des critères de recrutement chez les candidats », affirme à son tour Ariel Barugel, directeur des ressources humaines chez CFM Indosuez.
Employés de maison au service des particuliers : Plus de 3 200 salariés à Monaco
Ils sont aides ménagères, chauffeurs, cuisiniers, femmes de chambre, gardes du corps, gardes malades, gouvernantes, jardiniers, lingères, ou encore maîtres d’hôtel ou majordome… Ils sont ce que l’on appelle à Monaco “les gens de maison”. Ces salariés sont ceux qui travaillent au domicile privé de particuliers, souvent aisés. En Principauté, ces salariés sont au nombre non négligeable de 3 230 (au 31 décembre 2020). D’ailleurs, sur les 6 125 entreprises que Monaco compte, 2 407 précisément sont classées dans cette catégorie “gens de maison” (2). Il s’agit donc des employeurs à Monaco qui emploient ce type de personnel.

Grande diversité des entreprises à Monaco : de la start-up aux grands groupes
Quels sont les atouts du marché du travail monégasque ? Selon les professionnels interrogés par le Monaco Economic Board le 3 novembre dernier (1), l’une des forces est la grande diversité des entreprises installées sur le sol monégasque : de la start-up au grand groupe. Des entreprises qui de surcroît exercent dans des domaines très variés : finance, construction ou encore numérique… « Cela crée un écosystème qui regorge d’opportunités pour faire carrière et évoluer. Par exemple, 70 % des salariés qui quittent Monaco Telecom retrouvent un emploi sur Monaco par la suite », explique Corinne Pirinoli, DRH chez Monaco Telecom.
Certains domaines font également partie de l’ADN de Monaco. « Dans le secteur du tourisme, on attire pas mal de talents. Monaco est une place internationale pour le luxe dans l’hôtellerie et la restauration », a ainsi rappelé Emmanuel Van Peteghem. Le secrétaire général de la Société des Bains de Mer, qui compte 130 métiers différents, a insisté sur l’importance « de favoriser la mobilité interne. Nous avons une vraie politique de formation pour permettre à nos talents de rester et d’évoluer. » Autre avantage de Monaco, notamment dans le secteur de la finance : « Il existe beaucoup de filiales à Monaco qui ont des sièges à l’étranger », a quant à lui indiqué Ariel Barugel, DRH chez CFM Indosuez. En dix ans, on dénombre ainsi une augmentation de 30 % de professionnels dans le secteur de la finance pour atteindre aujourd’hui 4 000 salariés.
Les secteurs qui recrutent
En 10 ans, le nombre d’entreprises dans le secteur du numérique a bondi de 60 % à Monaco, et représente aujourd’hui près de 1 730 salariés et 861 entreprises. Ce domaine d’activité en perpétuelle expansion fait partie de ceux qui recrutent le plus actuellement, avec notamment des postes de développeurs très recherchés. Autres secteurs pourvoyeurs d’emplois en Principauté : le médical et le paramédical (aides à la personne, infirmiers, aide-soignants), mais aussi le secteur de la construction ainsi que celui de l’hôtellerie/restauration. « Les métiers du juridique, du secteur financier, ainsi que de la comptabilité sont aussi très recherchés », rajoute Emmanuelle Cellario.
(1) Organisé conjointement par le Monaco Economic Board (MEB) et le Groupe Nice-Matin, le rendez-vous du Club de l’Eco a proposé une nouvelle formule le 3 novembre dernier. Lors de ce colloque ouvert au public, les membres du club et des experts invités ont pu échanger sur le thème : « Le dynamisme de l’emploi à Monaco : possibilités de carrière dans une place internationale ».
(2) Les gardiens ou concierges d’immeubles et les personnes affectées à l’entretien des parties communes d’immeubles ou des locaux professionnels ne relèvent pas de la catégorie des gens de maison.
