dimanche 31 mai 2026
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    Coronavirus : Un séisme économique

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    Economie — Si la pandémie de Covid-19 constitue une catastrophe sanitaire sans précédent, elle est également à l’origine de conséquences économiques désastreuses, qui devraient se chiffrer en milliards, voire en centaines de milliards d’euros à l’échelle mondiale. A Monaco aussi, la plupart des entreprises ont connu une baisse drastique de leur activité, voire un arrêt complet pour certains secteurs économiques, comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration ou encore l’événementiel. Comment Monaco va-t-il se relever de ce choc ? Plusieurs acteurs économiques livrent leur analyse à l’Obs’

    Cataclysme, séisme, onde de choc… Tous les termes les plus apocalyptiques ont été employés pour qualifier les conséquences de cette crise sanitaire qui s’est transformée en crise économique profonde, et en crise sociale ensuite. Tous les experts mondiaux s’accordent à dire que cette pandémie de Covid-19 provoque une situation sans précédent. « Il s’agit du troisième et du plus grand choc économique, financier et social du XXIème siècle. Et il exige un effort mondial moderne semblable au plan Marshall et au New Deal combinés, pour éviter une récession prolongée », a notamment estimé Angel Gurría, le secrétaire général de l’OCDE. Selon l’Organisation internationale du travail, cette crise est aussi la plus « grave depuis la deuxième guerre mondiale ». Selon cette entité, 1,25 milliard de travailleurs courent un risque élevé de licenciement ou de réduction de salaire. A Monaco aussi, on mesure l’ampleur des dégâts économiques et le caractère totalement inédit de la situation. « C’est une crise sans précédent, et surtout, sans réel point de comparaison, estime Jean Castellini, conseiller-ministre à l’économique et aux finances. Il y a eu des crises économiques dans le passé. Celle des subprimes en 2008, mais aussi la crise monétaire de la zone euro dans les années 2010/2011. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un évènement que certains considèrent dans la catégorie des “cygnes noirs”, c’est-à-dire sans réel point de comparaison ». En clair, un évènement imprévisible, qui a une faible probabilité de se dérouler, et qui a des conséquences d’une portée considérable et exceptionnelle…

    Crise du coronavirus… bien pire que la crise des subprimes

    Un chiffre résume à lui seul l’ampleur de cette crise pour la Principauté : entre des recettes en chute libre et des dépenses en hausse vertigineuse, le déficit budgétaire de l’État a été estimé à 477 millions d’euros en 2020. Un record historique. « La dernière période de déficit que nous avons connue en Principauté s’est étalée sur trois années : de 2009 à 2011. Ce déficit était consécutif à la crise des subprimes et à la crise de la zone euro. Sur ces trois années, le déficit cumulé était de l’ordre de 200 millions d’euros, rappelle encore Jean Castellini. Aujourd’hui, le déficit est deux fois plus élevé, et de surcroît, sur une période extraordinairement plus courte, et avec des grosses incertitudes au niveau de la reprise. » Le département des finances et de l’économie n’a donc qu’une obsession en tête : « Nous faisons tout dans les services de l’État pour éviter que cette crise sanitaire d’abord, et économique ensuite, ne devienne également une crise sociale, avec des entreprises qui feraient faillite et des personnes qui se retrouveraient sans emploi. »

    « Une situation compliquée pour tous »

    Il faut dire que l’impact de la crise en Principauté est considérable. Au-delà de la fermeture longue durée des commerces, des restaurants, des casinos, des salles de spectacles, des bars ou encore des hôtels, le tourisme et l’événementiel ont subi un coup de massue supplémentaire avec l’annulation d’événements majeurs comme le Grand Prix de Formule 1, le Grand prix historique ou encore les Rolex Monte Carlo Masters de tennis. Un coup dur d’autant plus violent pour les nombreuses sociétés à Monaco qui réalisent une grande partie de leurs chiffres d’affaires sur ces évènements et entre les mois d’avril et septembre. Quant aux autres activités plus commerciales ou de bureaux industriels, elles ont travaillé en mode dégradé. « La situation est donc vraiment très compliquée pour tous. Tous les secteurs de notre tissu économique sont pleinement touchés. La crise sanitaire est rapidement devenue une crise économique », constate Laurence Garino qui dirige le Welcome office, entité qui a eu l’épineuse tâche de gérer les demandes des entreprises durant cette crise.

    « Au bord de la rupture »

    Au Monaco Economic Board aussi, la détresse des entrepreneurs monégasques s’est vite manifestée. Et ce, quelle que soit la taille des entreprises. Pour avoir un ressenti de terrain, le MEB a effectué une enquête auprès de 36 de ses membres, en plein cœur de la crise sanitaire. « Nous avons interrogé des petites entreprises, des indépendants, des moyennes et des grandes entreprises. Le bilan est très contrasté. Les sociétés qui sont dans l’énergie et l’agro-alimentaire, notamment, s’en sortent tout à fait correctement. En revanche, l’ensemble des autres sociétés sont en difficulté, explique Guillaume Rose, le directeur général. Celles qui sont véritablement en profonde difficulté sont l’imprimerie, le secteur de l’évènementiel et tout ce qui touche au tourisme. On peut dire qu’elles sont au bord de la rupture. Pour beaucoup d’indépendants, c’est également difficile. Sans parler des bars, des restaurants, qui sont dans l’attente désespérée d‘une reprise. »

    « Soit on ouvre le 4 mai, soit on va vers un clash massif »

    Et, justement, une reprise le 4 mai — date qui a été retenue pour le déconfinement en Principauté — était, à en croire le directeur du MEB, une nécessité absolue dans toutes les bouches. « La plupart des entreprises nous ont dit qu’elles peuvent résister à deux mois d’inactivité, grâce à un peu de trésorerie, mais pas au-delà, au risque de couler. Nos membres nous l’ont dit clairement. L’économie dicte ceci : soit on ouvre le 4 mai, soit on va vers un clash massif. » Un déconfinement a bien eu lieu le 4 mai, mais la reprise sera, à coup sûr, lente, voire très lente dans de nombreux secteurs d’activités. Ce qui ressort également de cette étude effectuée par le MEB c’est que les grosses entreprises ne sont pas moins ébranlées et déstabilisées que les petites. « L’incertitude est totale que ce soit pour un simple indépendant derrière son ordinateur qui fait 20 000 euros annuels de chiffre d’affaires qu’une société multimillionnaire qui se retrouve avec des dizaines ou des centaines d’employés dans le monde et qui assiste à l’effondrement de l’économie, observe Guillaume Rose. Il y a cette problématique qui ressort : plus on est gros, plus on a besoin d’argent pour redémarrer. Ce n’est pas une question de taille d’entreprise mais de secteurs d’activité plus ou moins impactés. »

    « Une vague initiale de panique »

    Autre constat qui a été fait : de nombreuses entreprises monégasques au début de la crise sanitaire ont rencontré des difficultés, en particulier dans leurs démarches auprès des banques. « Tout particulièrement, au début de la crise, les processus étaient en effet très compliqués, confirme Guillaume Rose. Il y a eu, initialement, une vague de panique, mais les démarches se sont ensuite simplifiées et les aides ont été plus généreuses de la part du gouvernement. On a pu observer aussi que les sociétés désorientées ont pu compter sur le soutien du Welcome office qui a personnalisé chaque demande et qui a été très efficace. »

    Des missions économiques… virtuelles

    En raison de crise sanitaire, les missions économiques organisées par le Monaco Economic Board un peu partout dans le monde ont été logiquement annulées, jusqu’au 30 juin. Pour que le business continue malgré tout avec les pays étrangers, le MEB envisage de mettre en place des missions économiques virtuelles : « Nous réfléchissons de plus en plus à des télé-missions, c’est-à-dire des missions économiques sur des zones importantes mais via des outils numériques tels que Zoom que nous maîtrisons, et via des solutions de télétravail et de télé-rencontres », explique Guillaume Rose le directeur général. Le MEB développe également des solutions intra-Monaco pour que les entreprises optimisent au maximum le business qu’elles peuvent faire entre elles.

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