vendredi 10 avril 2026
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    « Monaco est un lieu de consommation, pas de trafic »

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    Éric Arella est Directeur de la Sûreté Publique monégasque depuis un an, après 42 ans de carrière dans la police française, dont 37 en police judiciaire. Dans cet entretien, il détaille les spécificités de la lutte antidrogue en Principauté.

    Vous avez derrière vous une longue expérience dans la lutte contre la criminalité organisée, notamment liée au trafic de stupéfiants. Sur ce point, en quoi la situation monégasque se distingue-t-elle par rapport au département français voisin ?

    À Monaco, il n’y a pas vraiment de sujet. La Principauté est parfois un lieu de consommation, mais absolument pas de trafic. Il n’y a ni points de deal ni réseaux organisés. Nous faisons régulièrement de petites saisies qui relèvent de la détention et de la consommation et elles sont plus récurrentes lors de grands événements comme le Grand Prix. Mais les consommateurs s’approvisionnent en dehors des frontières : dans les Alpes-Maritimes, surtout à Nice, parfois à Beausoleil ou à Menton. De temps en temps aussi dans le Var ou les Bouches-du-Rhône.

    N’est-il pas étonnant que personne n’ait saisi l’opportunité de prendre le marché monégasque, de devenir le principal pourvoyeur de drogue de la Principauté ?

    Il faudrait être idiot, il ne tiendrait pas une semaine. Le territoire est couvert par des caméras, la présence policière est six fois supérieure à celle du département français le mieux doté et notre réseau d’information est très efficace. Nous le saurions vite.

    Dans quelles circonstances saisissez-vous des stupéfiants ?

    Principalement lors des contrôles routiers, nous interceptons régulièrement de la drogue ou des sommes d’argent aux points frontière lorsque nous fouillons les personnes ou les véhicules. Avec le phénomène croissant d’uberisation (NDLR : livraison à domicile de produits stupéfiants), nous sommes très vigilants à ce niveau-là.

    Mais également à l’occasion de nuits dites « d’initiative », c’est-à-dire axées sur cette problématique liée aux stupéfiants, lesquelles vont concerner particulièrement les établissements de nuit à l’intérieur desquels certains individus peuvent être amenés à consommer des produits stupéfiants.

    Qu’en est-il des commandes sur le darknet ? Les colis postaux font-ils l’objet de contrôles ?

    Non, il n’y a pas de contrôles systématiques des colis postaux et nous préférons concentrer nos efforts sur les flux terrestres et maritimes, beaucoup plus sensibles. Mais il est tout à fait possible que nous soyons saisis de ce type d’infraction et amenés à agir immédiatement, suite à une dénonciation par exemple, ou dans le cadre de la coopération internationale.

    Justement, comment sont contrôlés les yachts et les hélicoptères qui entrent à Monaco ?

    La division de police maritime et aéroportuaire (DPMA) est chargée de surveiller les quatre kilomètres de côtes, et surtout l’entrée sur les ports Hercule et Fontvieille, ainsi que sur l’héliport. Des contrôles aléatoires y sont menés, parfois avec l’appui de la brigade cynophile.

    « La Principauté est parfois un lieu de consommation, mais absolument pas de trafic. Il n’y a ni points de deal ni réseaux organisés. » © Photo Ben Gingell / Shutterstock

    Avez-vous la possibilité de fouiller les yachts ?

    La police monégasque non. Nous faisons des contrôles aléatoires de documents et d’identité sur les bateaux, mais nous ne pouvons pas pénétrer à l’intérieur s’il n’y a pas un cadre juridique qui nous le permet (renseignements et début d’enquête le justifiant). C’est le cas aussi pour les hélicoptères. En revanche, nous travaillons étroitement avec les douanes françaises, qui elles ont le droit de réaliser des fouilles poussées. Ce fut le cas par exemple à l’occasion du dernier Grand Prix F1, avec la découverte d’une quantité néanmoins très modeste de cocaïne, s’agissant d’un simple consommateur.

    Surveillez-vous aussi les établissements de nuit ?

    Absolument. C’est une mission de la police judiciaire monégasque comme je vous l’ai indiqué précédemment. Cet été, plusieurs contrôles dans des bars et discothèques ont permis de détecter de petits « trafics », souvent opérés par des personnes venues du département voisin. Ce sont des affaires de quelques grammes, mais il est important d’afficher notre présence dans ces lieux sensibles.

    Les saisies sont-elles en hausse ces dernières années ?

    Le nombre de saisies progresse, mais c’est lié à l’intensification des contrôles. Les volumes restent modestes. Mon objectif est de renforcer encore leur fréquence.

    Quelles sont les drogues que vous retrouvez le plus souvent à Monaco ?

    En premier lieu le cannabis, suivi de la cocaïne. L’héroïne rarement. Les drogues de synthèse, comme la kétamine ou la MDMA, apparaissent aussi très ponctuellement.

    Les contrôles salivaires sont-ils fréquents ?

    Nous les effectuons en cas d’accident corporel ou lorsqu’il y a des signes laissant penser à une consommation. Nous avons demandé une extension législative pour élargir ce cadre, à la suite de graves accidents survenus fin 2024, impliquant vitesse, alcool et cocaïne.

    Le chiffre : 180

    Selon le parquet général, à Monaco, 180 affaires pénales liées aux stupéfiants (consommation, détention et trafic confondus) ont été enregistrées en 2024, contre 171 en 2023 et 108 en 2022. 

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