jeudi 16 avril 2026
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    « Il est urgent de sortir de l’impasse »

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    POLITIQUE/A moins de deux mois de l’élection du président du conseil national, les mots se durcissent et le constat est implacable. Jean-Charles Allavena, (toujours) président de la commission des Relations extérieures, milite clairement pour un changement dans le fonctionnement de l’assemblée.

     

    Le nouveau président de Rassemblement& Enjeux Antoine Bellando de Castro compte traiter « sans ménagement les tentatives malveillantes de certains loups solitaires pouvant porter atteinte à la majorité ». De son côté Thierry Poyet se dit prêt à être viré de ce mouvement. C’est “règlements de comptes à OK Corral” en ce moment chez R&E ?

    Jusqu’à combien les loups sont-ils solitaires ? J’ai peut-être été celui-là un moment mais cela fait longtemps que la meute a grandi, au point d’être sans doute aujourd’hui une majorité de la majorité du conseil. Quant au jeune président de R&E, avant de s’autoproclamer investi d’un super pouvoir disciplinaire, il ferait mieux de s’interroger sur l’état de délabrement de R&E et essayer d’avoir une idée de temps en temps : il était par exemple l’animateur des groupes de travail chargés de proposer des idées aux élus. Je crois qu’au bout de dix-huit mois, on guette encore l’apparition de la première…

     

    Vous-même, vous êtes exclu de ce mouvement ?

    Mouvement est un mot bien paradoxal pour un groupe aussi immobile ! J’ai lu les déclarations du jeune président, je crois qu’il doit vite lire les statuts de R&E, notamment sur les modalités d’exclusion, car je n’ai pas le souvenir d’avoir démissionné du mouvement ni d’avoir été convoqué pour discuter de mon exclusion : peut-être lui ou d’autres en rêvent-ils, mais ils n’ont toujours pas eu le courage de le faire ! Je me souviens même que lorsque j’ai démissionné de la présidence, lui et quelques autres souhaitaient que je reste membre du Politburo, pardon, du comité politique…

    Mais là où il a raison, en revanche, c’est que je ne me sens plus aucun point commun avec ce qu’est devenu R&E, chose inutile sans saveur ni odeur. Où est l’esprit du RPM ? Où est l’esprit de Valeurs & Enjeux (les deux mouvements qui ont fusionné en 2008 pour faire R&E, N.D.L.R.) ? Quelle tristesse… Et j’ai rencontré plusieurs adhérents qui ont eu la force d’assister à la dernière assemblée générale de R&E, dire qu’ils sont atterrés est un doux euphémisme.

     

    Thierry Poyet a carrément tiré la sonnette d’alarme en disant que l’on ne peut plus travailler ainsi au conseil national. Vous n’êtes pas surpris, je suppose ?

    Evidemment et malheureusement non… La minorité avait totalement raison quand elle a dit que le conseil s’est arrêté. Et quand par hasard il essaye de bouger, c’est pire, tant les méthodes sont incohérentes. Et je dis ça en étant relativement spectateur, car la commission que je préside, la Rel’Ex, n’a quasiment pas de textes à étudier : mais quand je vois l’énergie déployée par un Thierry Poyet pour faire avancer des textes fondamentaux pour Monaco, ou celle d’un Jean-Michel Cucchi sur le projet Ida, et la manière dont ils sont soutenus, ou plutôt lâchés à répétition, je comprends leur exaspération…

     

    Précisez votre pensée…

    Il y a malheureusement une évidence : tous les grands sujets de cette mandature ont été massacrés par l’absence de méthode, de motivation, de cohérence, de constance, de travail. Faut-il les citer ? Qui comprend notre position sur le dossier SBM ? La désaffectation Testimonio, elle, n’a été votée qu’en faisant pression sur quelques élus ; les promesses sur les opérations intermédiaires sont globalement non tenues ; le président a pris une gifle sur ses postures sur l’extension en mer, il en a pris une autre sur le dossier des musées et de l’immeuble de l’Esplanade des Pêcheurs qu’il se vantait d’avoir fait stopper ; le conseil est inaudible sur le dossier de l’usine de traitement des déchets, le soutien au nécessaire projet Très grand Ida est plus que mesuré, tout comme celui au dossier télétravail. Mais on a obtenu la gratuité des bus pour les scolaires, quel succès non ! Faut-il en rajouter ? Et qui est responsable de tout ceci ? Certainement pas les élus que l’on n’associe pas et n’informe pas.

     

    Mais en quoi la situation s’est-elle aggravée aujourd’hui par rapport au rectificatif 2015 ?

    Le budget rectificatif 2015, c’est pour tous les élus la prise de conscience de la conception solitaire de l’exercice du pouvoir par le président, et la volte-face de trop. Il avait réussi, sous la pression de Christophe Steiner et de Marc Burini, à ressouder totalement sa majorité, avec un message fort contre les méthodes du Ministre d’Etat, et vingt élus rejetant ce BR. Pour des raisons connues de lui seul, il a décidé seul d’aller passer un deal avec le Ministre d’Etat, qui n’en attendait pas moins de cette girouette. C’est ce jour-là qu’il a définitivement perdu la confiance de la majorité, et que tous les élus, même de vrais fidèles, ont compris qu’on ne pouvait pas compter sur lui.

     

    Pour le coup, vous avez été le premier à critiquer la méthode Nouvion et son “fan club”. Vous êtes vraiment nombreux à partager cette insatisfaction ?

    Oui, j’ai été le premier à dire publiquement des choses. Contrairement à ce qu’on a voulu faire croire, je n’ai jamais été seul et isolé. Je n’avais pas de doutes sur le fait que d’autres se rendraient progressivement compte que mon analyse était juste. Je vous redis que nous sommes aujourd’hui une majorité de la majorité à partager ce constat.

     

    Vous militez pour un changement de président du conseil national en cours de mandat ?

    Je milite pour que le conseil national joue son rôle, plein et entier, dans le cadre de nos institutions. Je milite pour que les élus puissent faire leur travail d’élu, et soient associés à la vie du conseil. Je milite pour qu’on retrouve un conseil national respecté par le gouvernement et ayant avec lui une vraie relation de travail. Et après trois ans, je le dis, je ne crois plus que ceci soit possible avec Laurent Nouvion à la présidence du conseil. C’est un constat que je fais sans aucun plaisir, mais je ne crois pas qu’on puisse passer les deux dernières années de notre mandat ainsi.

     

    Mais qui a aujourd’hui la légitimité et la crédibilité pour remplacer Laurent Nouvion selon vous ?

    Chaque élu a la légitimité pour remplacer Laurent Nouvion. La réalité est aujourd’hui que, contrairement à ce qu’il essaye de faire croire en parlant de coup monté, aucun ne veut sa place, aucun ne veut être président par ambition personnelle. Tous préféreraient que ça fonctionne avec le président actuel, mais ils n’y croient plus…

     

    Etes-vous candidat ?

    Je fais partie des gens qui cherchent des solutions, la meilleure solution possible. Si on aboutit à la conclusion que je dois être candidat, je le serai, par décision de groupe, par devoir plus que par envie. Mais je pense que d’autres ont aujourd’hui plus d’expérience que moi pour résoudre les problèmes du conseil. J’essaye de les en convaincre.

     

    La vraie question, c’est changer de leader certes, mais pour faire quoi durant les 18 mois de la législature qui restent ?

    J’ai globalement déjà répondu à cette question : la priorité absolue me semble être de remettre le conseil réellement au travail, en impliquant fortement les présidents de commission d’abord, les élus ensuite, et en retrouvant notre force collective, celle qui nous a permis d’être élus. Le reste suivra. Notre majorité a ce potentiel et ce talent. Eelle avait tout pour réussir, la méthode d’un seul l’a emmenée dans cette impasse dont il est urgent de sortir.

     

    Vous ne craignez pas que les gens pensent qu’au lieu de laver votre linge sale en famille vous l’exposiez sur la place publique ?

    Chacun à son tour a, avec ses mots, alerté Laurent Nouvion depuis des mois sur les dysfonctionnements. Les seules réponses sont le mépris, le silence, le cloisonnement renforcé et l’échec permanent du conseil national sur les grands dossiers. Donc quand il n’y a plus de solution visible à l’abri, derrière nos murs, il est normal que les choses deviennent publiques. Et je crois que les Monégasques qui nous ont élus ont le droit de connaître la vérité, les vraies raisons d’un échec quasi-total, et je crois qu’ils apprécieront qu’un groupe d’élus prenne ses responsabilités pour sauver ce qui peut l’être et qu’ils nous en feront ensuite crédit.

     

    Et si rien ne change, que ferez-vous ?

    La question ne se pose pas, le changement se fera, c’est une certitude, nous le devons aux Monégasques.

    _Propos recueillis par Milena Radoman

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