
Union Monégasque : prêt à rempiler
POLITIQUE / La liste Union Monégasque a présenté son programme le 10 janvier à l’auditorium Rainier III devant près de 400 personnes.
Le rendez-vous était fixé à 19h30. Mais ça n’est qu’une grosse demi-heure plus tard que 23 des 24 candidats de la liste Union Monégasque (UM) se présentent devant le public de l’auditorium Rainier III. Absent pour « raisons familiales », Claude Cottalorda était en effet excusé.
U2
Environ 400 personnes découvrent alors une scène sans pupitre. Pas de grand discours non plus, mais plutôt une série de 8 tables rondes animées par trois candidats : Bernard Pasquier, Jean-Louis Grinda et Jean-Charles Gardetto. « Plutôt que de se noyer dans des discours compliqués et interminables, on a décidé de miser sur le dialogue et l’explication. Donc tous nos candidats vont dialoguer pour expliquer le pourquoi de nos propositions », explique Grinda. C’est City of Blinding Lights (2004) du groupe de rock irlandais U2 qui rythme les interventions des candidats, autour du slogan de campagne « fierté, unité, ambition » et de 4 vidéos pour introduire les différentes thématiques.
Logements
UM s’est lancé dans un programme fleuve, avec 153 propositions au total. Des propositions « réalistes et ambitieuses », selon les candidats de cette liste qui ont été envoyées par courrier postal le 12 janvier. Soit près d’un mois avant le scrutin.
C’est la question du logement des Monégasques qui ouvre ce meeting politique. « Depuis 2003, près d’un millier d’appartements ont été construits, rappelle Gérard Bertrand. Mais il faut continuer cet effort. Avec en moyenne la livraison d’une cinquantaine d’appartements chaque année. » Avant d’ajouter : « L’opposition se préoccupe du logement depuis quelques semaines seulement. Pendant 5 ans, ils n’ont rien fait. Notamment la donneuse de leçon, Anne Poyard-Vatrican, qui n’est venue qu’à 2 des 13 réunions que j’ai présidées, critique notre politique du logement en la jugeant « indigne. » Or, grâce à cette politique, plus de 400 logements seront livrés d’ici 2014, 236 en 2013 et 177 en 2014. Du coup, les Monégasques n’ont pas à s’inquiéter. Il y aura bien des commissions d’attribution de logements de 2013 à 2018. » Selon UM, de 1970 à 2003, un millier d’appartements auraient été construits. Contre près de 1 500 sur la période 2003-2012.
Investissements
Mais pour préparer l’avenir, c’est un « plan choc d’investissement, dès 2013 » qu’attend UM. Objectif : faciliter une reprise de l’économie monégasque : « Equilibrer les comptes de l’Etat, c’est bien. Mais il ne faut pas sacrifier les investissements ! » Pour les candidats de cette liste, l’Etat doit rester un acteur important de l’économie. Et poursuivre sa politique d’investissements publics « à court, moyen et long termes. » Tout en misant sur un plan cohérent pour construire des commerces et des bureaux. Ce qui permettra aussi de générer des recettes de TVA pour l’Etat. Et pour protéger les entreprises monégasques qui font l’économie locale, UM réclame aussi le « respect de la priorité nationale pour les contrats de sous-traitance, lorsque des entreprises pouvant répondre aux marchés sont présentes en principauté. » Pour 2013-2018, UM demande au gouvernement de s’engager sur un programme « ferme » de constructions d’appartements domaniaux dès 2014 : « La pénurie de logements guette sans cesse la principauté. Nous devons poursuivre notre politique de stimulation et de proposition pour que cette pénurie ne s’installe pas. » Tout en continuant à réclamer la création d’un véritable « secteur intermédiaire » pour anticiper la disparition du secteur protégé (voir l’édito de L’Obs’ n° 114).
« Parkings »
Autre sujet traité par UM : les transports. Philippe Orecchia a réclamé la création de parkings aux entrées de Monaco pour absorber une partie des 50 000 salariés qui viennent travailler en voiture. Avec la création de tarifs avantageux « parking + bus » pour ces usagers. Sans oublier la création de couloirs de circulation réservés aux bus pour fluidifier le trafic. « Et l’augmentation du prix des parkings monégasques pour ceux qui n’habitent pas en principauté. Ce qui devrait inciter à laisser sa voiture à l’extérieur de Monaco », espère Orecchia.
« Bêtise »
Alors que la liste HM réclame la transformation du fonds de réserve constitutionnel FRC en fonds souverain, Bernard Pasquier a été clair : « C’est une hérésie, c’est une bêtise d’enfants gâtés qui n’ont jamais eu à boucler un budget à la fin du mois. Ils voudraient faire du FRC un magot que leurs petits copains des banques d’investissement pourraient gérer à leur guise, à coup de produits toxiques. A eux les profits, à nous les pertes, pauvre peuple monégasque ! » En revanche, UM souhaite que le gouvernement définisse de nouvelles règles pour gérer plus efficacement le FRC. « On ne veut pas de dette. On ne veut pas d’impôt sur le revenu. Mais il faut garantir une stricte séparation entre le budget de l’Etat et le FRC. Car le FRC ne doit pas être utilisé comme un « budget bis » : d’ailleurs, la constitution ne le permet pas », souligne Pasquier qui n’a pas hésité à multiplier les « pas de dettes, pas d’impôt sur le revenu », se faisant longuement applaudir à chaque fois.
Gay
Autre thème longuement traité : la famille. Nicole Manzone-Saquet a évoqué la problématique du concubinage : « Le problème, c’est que le concubin n’a que des devoirs. Il paye, sans bénéficier d’aucun droit. Cela doit cesser. On propose donc la création d’un partenariat de vie commune. » Objectif : offrir une protection notamment pour le logement commun ou pour les pensions de retraite. En revanche, la polémique française autour du mariage gay ne franchira pas la frontière monégasque : « La question de l’union entre deux personnes du même sexe ne doit pas faire l’objet d’un débat électoral. Pour la sérénité de cette campagne, nous n’aborderons pas ce sujet. » Après un peu moins de 2 heures d’échanges, c’est la question de la culture qui a été abordée. On se souvient que les baisses budgétaires avaient provoqué pas mal de réactions de la part des dirigeants des principales institutions culturelles monégasques.
« Faute »
« Notre pays n’est pas un « resort. » Renoncer à la culture, car il en a été question, serait une faute stratégique, mais aussi une faute politique », a estimé le candidat Jean-Louis Grinda qui dirige l’opéra de Monte-Carlo depuis juin 2007. Avant d’ajouter : « Je ne souhaite pas voir notre pays se transformer en conseil d’administration sans autre vision que le simple court terme. » Même si d’autres pays européens ont aussi réduit leurs budgets culturels, pas question de suivre la même logique : « Celui qui suit le vent, a le destin d’une feuille morte », a lancé Grinda. Avant d’ajouter : « Nous tiendrons bien évidemment compte de la réalité budgétaire. Mais nous ne céderons jamais, je dis bien jamais, à la facilité d’un repli tout à fait irresponsable. »
Reste à définir une politique culturelle. « La majorité a obtenu un statut pour les artistes ainsi que des commandes d’œuvres d’art » a rappelé la candidate Michèle Dittlot, tout en proposant d’ouvrir le nouveau bâtiment du conseil national à des expositions temporaires.
« Clouding »
Du côté de l’économie et des entreprises, Maurice de l’Arbre a insisté pour que les Monégasques gardent leur priorité dans la course aux locaux commerciaux, surtout lorsqu’ils appartiennent à l’Etat. Autre idée : continuer à développer le parc de surfaces commerciales de l’Etat pour permettre aux entrepreneurs monégasques de s’installer, avec des loyers plus abordables. Sans oublier les aides à l’installation bien sûr. « On veut aussi créer un fonds d’investissement pour les petites et les moyennes entreprises, ainsi que pour les artisans. Ce fonds pourrait être financé par un pourcentage des actifs des banques implantées à Monaco. Mais l’Etat pourrait aussi aider », ajoute de l’Arbre. Ensuite, UM souhaite attirer en principauté des entreprises de l’économie numérique qui nécessitent peu de m2 pour s’implanter. « Avec la grande sécurité qui règne ici, les entreprises qui font du « clouding » pourraient être intéressées par Monaco pour installer leurs coffres forts numériques » a aussi indiqué Maurice de l’Arbre, en espérant créer une Monaco Valley, avec une cinquantaine de start up. Ce qui pourrait selon ce candidat créer 1 000 emplois pour de jeunes Monégasques : « Et encore, c’est un calcul pessimiste que j’ai fait. »
Exaspération
« Des rues entières de banques : où est la cohérence dans la politique commerciale en principauté ? » se demande Jean-Charles Gardetto. « Il n’y en a pas : ni dans l’offre, ni dans la nature des commerces. Il faut redéfinir un plan d’urbanisme homogène quartier par quartier » répond Alberte Escande. Une proposition qui vient en parallèle de la création d’un institut du commerce, réunissant des spécialistes de l’urbanisme commercial.
C’est en toute fin de soirée, après 22 heures, que la question de la Société des bain de mer (SBM) a été évoqué par Bernard Pasquier. Un dossier toujours très sensible et surtout très politique en principauté. D’ailleurs, pour la première fois, une liste de 24 salariés de la SBM se présente aux élections du 10 février : le signe d’une véritable exaspération qui n’a pas échappé à HM et à UM. Pasquier a été clair : « La SBM doit être déclarée chantier d’intérêt public pour 2013. » Voilà pourquoi UM propose la tenue d’une « conférence stratégique » après le 10 février. Une conférence qui réunirait la direction de la SBM, les salariés, et l’Etat, qui reste l’actionnaire principal.
153
« On veut que les jeux restent le cœur de cette entreprise. Pour ça, il faut que les salariés de jeux aient un représentant au comité des rémunérations de la SBM. On veut aussi favoriser la formation en continu des salariés pour qu’ils puissent évoluer et occuper des fonctions de direction dans le groupe » explique Pasquier. Tout en ajoutant : « Ces propositions ont un objectif commun : sortir une fois pour toute des tentatives de récupération politique de la SBM qui sont au final néfastes pour cette entreprise. Mais si l’humain n’est pas remis au centre, aucune stratégie ne sera viable. »
Pour conclure ce meeting, Jean-François Robillon a pris la parole pour un discours express de moins de 10 minutes : « Lorsque nous alignons des chefs de service à l’hôpital, des hauts-fonctionnaires, des chercheurs internationalement reconnus, des sportifs de haut niveau, et tant d’autres compétences reconnues, nous travaillons modestement. Mais le résultat, lui, n’est pas modeste. Nos 153 propositions sont là pour l’attester. »
_Raphaël Brun et Romain Chardan
EUROPE/
« De la malveillance pure et simple »
C’est l’un des points chauds entre Horizon Monégasque (HM) et Union Monégasque (UM). Accusés par HM de déraper vers le parlementarisme (voir L’Obs’ n° 115), UM a répondu par l’intermédiaire de Jean-François Robillon : « Depuis près de 10 ans, l’opposition nous accuse sur ce sujet et crée des peurs. Or, il y a une énorme différence entre des « dérives parlementaristes » et le « travail parlementaire » qui est garanti par la constitution. Nous ne voulons pas changer les institutions. Il est hors de question de remettre en cause ce régime. D’ailleurs, les 24 candidats d’UM ont signé une charte éthique dans laquelle on s’engage à maintenir notre système tel qu’il est. » Bref, pas question de céder face à l’Europe pour Robillon : « Il ne faut pas croire que la principauté est aux ordres de l’Europe. En revanche, il est important d’être présent dans ces institutions pour défendre les spécificités de notre pays. C’est capital. Donc ces mensonges répétés à longueur de meetings par HM révèlent au mieux une méconnaissance des dossiers. Et au pire de la malveillance pure et simple. »
_R.B.

Horizon Monaco dévoile son programme
POLITIQUE / Devant 400 militants réunis à la salle du Canton le 19 décembre, Horizon Monaco a dévoilé son programme électoral. Finances publiques, logement, éducation… Retour sur cette soirée.
Ils sont venus proposer « un nouveau pacte politique » aux Monégasques. Le 19 décembre, devant 400 militants réunis à la salle du Canton, la tête de liste Laurent Nouvion et les 23 candidats d’Horizon Monaco (HM) ont expliqué pendant un peu moins de deux heures les mesures phares de leur programme électoral. Un temps fort de cette campagne, marqué aussi par un changement de style, plus décontracté, de la part de Laurent Nouvion. En fin de meeting, Nouvion s’est lancé dans un discours de 20 minutes sans pupitre, en déambulant seul sur scène, fiches à la main.
« Offensive »
Celui qui pendant 5 ans dit avoir « travaillé sans relâche pour les Monégasques » a appelé les électeurs « à passer à l’offensive » et à « changer de majorité. » Avant d’ajouter : « Depuis 3 ans, la majorité sortante du conseil national, avec son président, a brisé le pacte avec les Monégasques. Il a brisé le pacte institutionnel, le pacte économique et le pacte social. Cette majorité a même brisé, elle-même, son propre pacte de législature. Elle a volé en éclats depuis 3 ans : partis à 21, les voilà 12… Je le dis aux Monégasques : voilà comment cette majorité s’occupe de votre conseil national : mal ! » Pour le leader d’HM, le parlement doit absolument redevenir un « contrepoids dans le triptyque institutionnel. »
Du coup, Laurent Nouvion n’a pas hésité à ce qu’en cas de succès le 10 février, sa liste rende des comptes : « Un compte-rendu de mandat sera effectué, chaque année, fin février, début mars, sous la forme d’une grande réunion publique. »
SBM
Bien sûr, pas question de ne pas traiter l’un des dossiers les plus sensibles de cette élection : la société des bains de mer (SBM). D’autant plus sensible que des salariés de cette entreprise n’ont pas hésité à lancer leur propre liste (voir leur interview dans ce dossier) pour porter leurs revendications. « La liste SBM qui s’annonce dans ce scrutin est la conséquence symptomatique que le conseil national n’est plus le recours politique absolu ! Quand le politique ne va pas à la SBM, alors la SBM est obligée d’aller à la politique : ce n’est pas comme cela que les choses doivent se passer ! Là encore Monsieur le président sortant, c’est un manquement grave. Vous n’avez rien fait. Et vous ne ferez rien », a estimé Nouvion.
« Ingérence »
Voilà pourquoi, pour renouer le dialogue, HM propose que la commission mixte qui regroupe le gouvernement, le conseil national et la SBM, se réunisse au moins 2 fois par an. « Pour la préparer, nous nous réunirons une fois par trimestre, avec 4 représentants des jeux et 4 suppléants, choisis pas eux. Pourquoi ? Pour remettre le conseil national comme recours historique. Ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être » a lancé le leader de la liste HM.
Autres mesures énumérées sur ce thème : proposer une véritable autonomie aux 4 secteurs des jeux de la SBM. Ou encore créer un vivier dans cette entreprise sur le modèle de la fonction publique pour les jeunes Monégasques. Et ce, dans les 3 secteurs d’activités de la SBM : hôtellerie, administration et jeux. En revanche, pas question que la future majorité du conseil national intervienne dans la « gestion directe de la SBM. Car notre interlocuteur institutionnel, c’est le gouvernement », a insisté Laurent Nouvion. En bref, ni « interférence », ni « ingérence. »
Logement
Les autres propositions ont été présentées par les 23 autres candidats de la liste HM. Tous se sont succédés en binôme sur scène pour les détailler. Parmi les mesures centrales du programme figurent celles sur le logement des Monégasques et des enfants du pays. Dans ce domaine, HM a d’ailleurs repris dans son programme une idée déjà évoquée à plusieurs reprises par Rassemblement & Enjeux (R&E) : consacrer les rez-de-chaussée, voire les 1er et 2ème étages des nouveaux immeubles impropres et « indignes de la qualité de vie que les Monégasques sont en droit de réclamer » à la location de bureaux. Pour les logements situés dans le parc domanial plus ancien, HM souhaite en parallèle lancer un vaste plan de rénovation. Dans le viseur notamment : les immeubles le Bel Air, les Caroubiers et les Cèdres. Alors que pour améliorer la gestion globale du parc domanial, HM suggère que les directions de l’Habitat et des Domaines fusionnent.
Bien que les enfants du pays ne fassent pas partie de l’électorat, Horizon Monaco a tout de même formulé quelques propositions à leur sujet. Premièrement, qu’un statut légal leur soit accordé. « Une question de justice et d’équité », selon Nouvion. Concernant leur logement en principauté, HM propose la création d’un secteur mixte « enfants du pays/logements domaniaux. » Tout en qualifiant au passage de « fiasco » et d’« erreur totale » le projet Villa Ida et ses 35 logements. Un projet dont la livraison reste prévue pour 2014.
« Béton »
« Le béton, c’est notre pétrole à Monaco. » On se souvient de cette petite phrase prononcée en février 2012 par Laurent Nouvion, lors d’une assemblée générale de R&E. Une petite phrase qui avait d’ailleurs provoqué pas mal de réactions, notamment du côté de la majorité Union des Monégasques (UDM). Du coup, pas étonnant que le leader d’HM souhaite qu’un « tiers du budget de l’Etat soit consacré chaque année aux dépenses d’équipement et investissement. »
Autres mesures retenues par L’Obs’ à propos des finances publiques : la transformation du fonds de réserve constitutionnel (FRC) en un fonds de réserve constitutionnel souverain. Un sujet qui avait d’ailleurs longuement opposé majorité et opposition lors des séances budgétaires du conseil national en décembre. En clair, HM souhaite qu’une équipe de professionnels présents à Monaco, dépendant directement du département des finances, soit « chargée de contrôler l’exposition des risques, la rentabilité et les frais de gestion. » Ce qui permettrait, selon l’élu R&E et candidat HM Christophe Steiner, « de scinder les parties liquides et immobilières d’une manière plus précise, en éléments rentables et non rentables. Tout en sanctuarisant les participations de l’État, comme la SBM et Monaco Telecom. » Objectif final : optimiser la gestion du FRC et sa rentabilité.
FRC
« En 2008, la partie liquide du FRC représentait 2,3 milliards d’euros, soit 3 années de budget. Aujourd’hui elle n’est plus que de 1,9 milliard, soit 2 années. On doit au moins revenir à 3 années de budget », a ajouté le candidat HM Thierry Crovetto.
Toujours en ce qui concerne les questions budgétaires, HM souhaite aussi la création d’un « fonds de grande dépendance » abondé par le budget de l’Etat, pour le 4ème âge. « A l’heure où l’on vit plus longtemps, c’est le défi de notre temps », a déclaré sur ce point Laurent Nouvion. Enfin, HM souhaite la création d’un fonds de retraite pour les fonctionnaires. Aujourd’hui, le régime se résume en effet à « une simple ligne de crédit », intégrée dans le budget de l’Etat, pour la candidate Dylian Antonioli.
« Innovantes »
Concernant les entreprises, HM a également formulé plusieurs propositions concrètes. Essentiellement autour des questions fiscales. « Nous mènerons une réflexion pro-active sur la création d’une loi sur un « Crédit Productivité & Innovation » permettant aux entreprises innovantes de bénéficier de déductions fiscales, allant jusqu’à 25 % des dépenses engagées », a déclaré l’élu R&E et candidat HM Marc Burini. Pour tous les employeurs, exploitant en nom personnel et non soumis à l’impôt sur les bénéfices (ISB), engageant un Monégasque en CDI, HM propose en plus une exonération des charges patronales pendant 5 ans. Alors que pour les entreprises soumises à l’ISB, la liste propose une déduction des charges patronales pendant 5 ans « sous la forme d’un crédit d’impôt » pour favoriser l’embauche d’un jeune Monégasque.
Jeunesse
Gratuité de la carte de bus scolaire, intégration au collège d’une formation aux gestes de premiers secours, mise en place dans les classes du primaire et du secondaire de nouveaux instruments éducatifs modernes, de type tablettes ou tableaux interactifs… Autant de mesures pour la jeunesse et l’éducation qu’HM souhaite mettre en place en cas d’élection. Autres ambitions annoncées dans ce domaine : développer avec la commission d’insertion des jeunes diplômés un partenariat avec les entreprises internationales implantées à Monaco et ayant des filiales à l’étranger. Objectif : proposer aux jeunes des stages, voire des emplois, dans divers secteurs, de type ingénierie, commerce, finances ou immobilier. Parallèlement au système de bourses d’enseignement supérieur déjà en place aujourd’hui, les candidats HM souhaitent enfin la mise en place d’un prêt étudiant garanti par l’Etat.
_Sabrina Bonarrigo

« Fiers de notre bilan »
A la tête de la liste Union Monégasque, Jean-François Robillon détaille à L’Obs’ les principaux enjeux de cette élection.
A un mois des élections, quel bilan vous tirez de votre campagne ?
Nous sommes satisfaits de la mobilisation et des retours que nous recevons des Monégasques. Nous faisons face à des attaques injustifiées de la part de nos adversaires qui n’hésitent pas à mentir, à agiter les peurs et à injurier. Nous sommes confiants dans nos idées et nos propositions pour ne pas avoir à recourir à ces méthodes indignes. Tous les candidats de la liste Union Monégasque (UM) continuent sereinement leur travail d’écoute et d’échange avec les Monégasques, au cours de nos rendez-vous Rouge & Blanc qui rencontrent un franc succès. Ces rendez-vous réguliers avec les Monégasques se poursuivront bien après les élections, car l’avis de nos compatriotes compte.
En quoi votre liste est représentative de la société monégasque ?
La liste des 24 candidats compte 11 élus sortants, 13 nouveaux candidats et 7 femmes. Parmi les candidats, c’est toute la société monégasque qui est représentée, avec des salariés, des fonctionnaires, des professions libérales, des retraités, des commerçants, etc. Au moment de la constitution de la liste, notre volonté commune était de former une liste homogène, cohérente et représentative des Monégasques. Et je crois que nous y sommes parvenus.
La mandature 2003-2008 a été chargée ?
A chaque mandature ses enjeux. Le mandat 2003-2008 était un réel renouveau de la vie politique monégasque. Il y avait des questions très urgentes à régler, comme le logement, l’interruption médicale de grossesse, l’égalité homme-femme. Nous avons répondu à ces problématiques.
Les principaux thèmes qui ont été traités ?
Dans le mandat qui vient de s’achever, les sujets de société ont toujours été au cœur de nos préoccupations. Nous avons ainsi réussi à convaincre le gouvernement et même l’opposition, du bien fondé de la réforme de la transmission de la nationalité monégasque par mariage voulue par la majorité.
Mais il y a eu la crise ?
En effet, durant ce mandat, la crise est aussi passée par là. La majorité a donc travaillé avec le gouvernement pour dynamiser les recettes de l’Etat avec notamment la réforme des droits de mutation, et la maîtrise des dépenses publiques. Tout en veillant à limiter les effets de la crise sur les salariés, les retraités et les entreprises monégasques. Préserver l’emploi, le pouvoir d’achat mais aussi l’investissement public ont été au cœur des échanges de la majorité avec le gouvernement. Grâce à cette politique, les finances publiques de Monaco sont saines. On peut donc envisager les moyens pour renforcer la croissance économique et investir dans l’avenir de Monaco.
Faut-il craindre un phénomène d’usure pour les élus de votre liste qui enchaînent les mandats ?
En politique il n’y a pas d’usure possible tant les problématiques se renouvellent. C’est ce qui est passionnant. Je crois d’ailleurs que l’expérience des candidats-élus sortants, couplée aux compétences complémentaires des nouveaux candidats, sera une ressource précieuse pour Monaco.
En quoi votre liste se démarque des deux autres listes ?
J’ai envie de vous répondre : en tout. Nous avons un bilan dont nous sommes fiers. Dans le même temps nous renouvelons nos candidats à plus de 50 % et nous avons une liste cohérente. De plus je vous rappelle que les 16 candidats UDM ont été désignés par les adhérents, ce que nous sommes les seuls à avoir fait. Nous défendons l’unité des Monégasques autour du prince souverain et de notre constitution. Nous sommes fiers de nos spécificités et de notre histoire et nous partageons une grande ambition pour notre pays.
D’autres différences ?
Contrairement à Horizon Monaco (HM), nous ne prônons ni le repli sur soi, ni la peur, ni la division des Monégasques. Leur liste, c’est une somme d’ambitions personnelles. Alors que nous défendons une ambition collective pour Monaco, pour nos enfants. Notre ambition pour Monaco ? Un pays dans lequel nous créerons « une chance pour chacun et un avenir pour tous. »
L’union entre les différents membres de votre liste est suffisamment stable pour vraiment tenir 5 ans ?
Tout l’enjeu de la constitution de cette liste fut la cohérence et la cohésion. Pendant qu’HM échafaude une union de partis et d’ambitions personnelles, nous avons consolidé l’UM, autour de personnes compétentes, aux parcours complémentaires. Nous avons la force d’avancer ensemble, de discuter et de débattre librement de manière ouverte et sans contrainte. Ce qui nous permet d’aborder aussi des questions sensibles, comme le concubinage. Je crois que nous avons le meilleur groupe possible pour une majorité stable et durable au conseil national.
Comment vous jugez les alliances réalisées dans les autres listes ?
HM c’est une combinaison d’ambitions personnelles qui conduit des gens qui étaient les meilleurs ennemis du monde, il y a encore quelques mois, à se retrouver sur une même liste. Pourquoi vouloir tromper à ce point les Monégasques ? Comment pouvoir faire confiance à un groupe dont les nombreux prétendants à la présidence du conseil national ont fait campagne en 2008 les uns contre les autres et dont les divergences étaient étalées dans la presse jusqu’au début de la campagne ?
Comment vous allez organiser les semaines qui restent avant l’élection du 10 février ?
Il y a déjà eu notre grand meeting à l’Auditorium Rainier III, le jeudi 10 janvier, où nous avons présenté notre programme et nos propositions concrètes pour Monaco. Nous poursuivons également les rendez-vous Rouge & Blanc. Le vendredi 18 janvier on a ainsi organisé un meeting « quelle principauté pour demain ? » à la Brasserie de Monaco. Puis le jeudi 24 et le jeudi 29 janvier des rendez-vous seront consacrés à l’emploi et la Société des bains de mer (SBM). Nous continuons également nos rencontres avec les Monégasques dans les lieux de vie de la principauté.
Les grandes lignes de votre programme ?
L’UM s’engage dans cette campagne autour de trois axes prioritaires. D’abord, la priorité nationale, qui doit être une réalité pour les Monégasques, tant dans la fonction publique, dans les entreprises parapubliques, au premier rang desquelles la SBM, que dans le secteur privé. Cette priorité nationale doit aussi s’appliquer pour les entreprises, dans le cadre de l’attribution des marchés publics ou dans l’allocation des surfaces commerciales ou industrielles domaniales. Les règles d’attribution existantes doivent être respectées.
D’autres thèmes importants ?
La prospérité de Monaco. Parce que le développement économique de la principauté est déterminant pour préserver notre modèle : augmenter les recettes de l’Etat, favoriser l’installation de nouvelles entreprises, encourager le développement des activités professionnelles sur le territoire, faciliter l’implantation d’entreprises innovantes à forte valeur ajoutée. Nous voulons un plan choc de relance économique dès 2013.
Quoi d’autre ?
La protection de notre modèle social et de notre qualité de vie. Nous avons déjà travaillé pour améliorer le quotidien des compatriotes en déposant quatre propositions de loi afin de lutter contre les nuisances sonores, protéger les droits des consommateurs et permettre la garde alternée des enfants en cas de séparation du couple. Notre volonté c’est aussi de poursuivre la construction d’appartements domaniaux à un rythme suffisant pour éviter de nouvelles pénuries. D’autre part, nous estimons que l’attribution des aides sociales, comme l’aide nationale au logement (ANL) ou les bourses d’étude par exemple, doit répondre à un vrai besoin, dans une logique d’équité.
Vos propositions pour relancer l’économie monégasque dès 2013 ?
Comme nous l’avons dit lors du budget primitif, nous voulons un plan choc de relance de l’économie, dès 2013. L’axe général est un plan d’investissement, notamment auprès des entreprises du bâtiment et de nos PME qui subissent les conséquences d’une crise qui se prolonge, et la définition d’un programme cohérent de nouvelles constructions. Nous avons besoin, à Monaco, d’une vision anticipée et cohérente pour l’avenir, au niveau des constructions de logements, de bureaux et de commerces ! En 2013-2014, nous avons obtenu du gouvernement un plan de rénovation urbaine pour améliorer l’accueil en principauté et soutenir l’activité.
Et pour le moyen terme ?
Nous voulons également la définition d’un plan de développement stratégique pour 10 ans : finir le port Hercule, réaménager la rue Caroline, lancer Testimonio II et restructurer le centre commercial de Fontvieille sont autant d’exemples concrets de cette relance. Par ailleurs, il faut impérativement développer les surfaces commerciales et de bureaux. Mais aussi développer les secteurs générateurs de forte valeur ajoutée pour favoriser l’installation des entreprises de haute technologie, autour d’une « Monaco Valley. »
Et pour stimuler la consommation ?
La question de la consommation s’envisage sur deux axes : le pouvoir d’achat et l’offre commerciale. Pour le premier nous l’avons toujours défendu et continuons à le défendre, notamment dans la fonction publique. Pour ce qui est de l’offre commerciale, nous souhaitons qu’un réel plan d’urbanisation commerciale soit mis en œuvre de manière à ce que l’offre soit mieux organisée, plus cohérente et plus variée.
Comment favoriser l’emploi des Monégasques et des résidents ?
La priorité nationale, c’est le fil rouge de notre programme. Elle doit être appliquée et respectée scrupuleusement, même dans le secteur privé. L’emploi des compatriotes est une priorité absolue qu’il convient de prendre dans une perspective large. Pour favoriser l’emploi des Monégasques à Monaco, il est important qu’ils soient formés aux métiers qui recrutent à Monaco. Ce n’est pas seulement l’accès à l’emploi dont il est question, mais également la formation, initiale et continue, le déroulement de carrières, l’entrepreunariat. Ce qui implique de renforcer l’orientation initiale, ainsi que les modalités d’accueil et d’insertion de celles et ceux qui se sont formés à l’étranger et souhaitent revenir.
Le logement est encore un véritable enjeu de cette campagne ?
Avant 2003, seulement 1 000 logements ont été construits pour les Monégasques, en 30 ans ! Beaucoup de nos compatriotes ont connu des situations familiales difficiles en raison de cette pénurie. Depuis 2 003 nous avons construit près de 1 500 logements en 10 ans ! Cet effort sans précédent, nous devons le poursuivre. Que les Monégasques puissent se loger dans leur pays est un droit élémentaire. Nous veillerons à ce que ce droit soit respecté.
Votre vision du logement pour les 5 prochaines années ?
Nous devons poursuivre les constructions afin de s’adapter aux évolutions de la société : divorces, familles recomposées, etc. Nous avons déjà réalisé le Contrat Habitation Capitalisation (CAC) qui est une réelle avancée pour ne plus payer des loyers à perte. Nous souhaitons faciliter la mobilité dans les domaines, car il est anormal qu’un couple qui accepte de quitter son 4 pièces pour un 2 pièces ait à payer un loyer plus cher en déménageant ! Nous avons des propositions concrètes pour remédier à ce problème et nous les exposons dans notre programme.
Les principaux chantiers à lancer rapidement ?
Nous l’avons déjà dit, le chantier Testimonio II doit débuter au plus vite. Ceci étant dit, et au-delà des projets en cours, comme l’extension de Fontvieille, nous souhaitons que le gouvernement aille plus loin dans l’usage de son droit de préemption. Et que l’on envisage des restructurations d’immeubles anciens, avec des exceptions concernant la hauteur et la densité de construction.
Il faut raser l’usine d’incinération pour construire des bureaux ou des logements ?
Ne soyons pas aussi radical. Le problème de l’usine d’incinération se pose simplement : à l’horizon 2017-2019, l’usine ne sera plus aux normes et une reconstruction d’une nouvelle usine d’incinération coûtera plus de 100 millions d’euros. En parallèle, se pose la question du stockage des mâchefers de la principauté, sur le territoire français… Depuis 2011, nous demandons au gouvernement d’étudier les alternatives possibles avant de prendre une décision qui engagera la principauté pour les 40 prochaines années. Parmi ces solutions, il existe la revalorisation des déchets générés par la principauté. Dans l’absolu, je serais effectivement favorable à une solution qui permettrait de mettre fin à l’incinération en ville. Nous attendons donc de connaître les résultats des études du gouvernement, afin qu’une décision soit prise mi-2013.
Comment expliquer la situation de la SBM aujourd’hui ?
Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Mais le problème principal concerne la gestion des ressources humaines. L’actionnaire majoritaire, c’est-à-dire l’Etat, doit impérativement définir une politique des ressources humaines et demander à la direction de la SBM de la faire appliquer. Dans le secteur des jeux, de nombreux compatriotes nous ont rapporté des méthodes inacceptables, proches du harcèlement. Il faut que cela cesse. La constitution d’une liste SBM est bien le signe de ce malaise.
Comment optimiser la gestion du fonds de réserve ?
En parlant de « gestion du fonds de réserve » en réalité on parle de la gestion de la partie « liquide » du fonds, qui constitue 2 milliards d’euros. L’autre partie est constituée de réserves d’or, d’actions SBM inaliénables et de biens immobiliers. Pour l’UM, il faut que le fonds de réserve constitutionnel (FRC) conserve sa fonction constitutionnelle. A savoir recueillir les excédents budgétaires et couvrir les déficits. C’est une garantie absolue de notre indépendance. Il faut la préserver.
HM propose la création d’un fonds souverain ?
Une optimisation de la partie liquide du FRC est une gestion qui préserve un volume financier suffisant pour nous protéger des revers de conjoncture, tout en étant profitable. Le point clé de cette optimisation réside dans le contrôle de la gestion du FRC : nous voulons des améliorations. Enfin, lorsque j’entends nos adversaires proposer un fonds souverain qui permettrait de « jouer en bourse » je me demande s’ils ont entendu parler de la crise financière ?
Si vous êtes élus, quelles seront vos premières décisions ?
Pour préparer l’avenir, l’équilibre des comptes de l’Etat est nécessaire. Mais il ne faut pas sacrifier les investissements. L’Etat doit rester un acteur majeur de l’économie. La SBM doit être déclarée chantier d’intérêt national en 2013 pour assurer la pérennité de ce groupe. Les constructions domaniales doivent être sécurisées sur le projet Testimonio II et la restructuration du centre commercial de Fontvieille doit être lancée. Autres chantiers à lancer : orientation, enseignement, environnement, culture, commerce, artisanat et entreprises. Cela passe par un développement résolu de Monaco comme pôle d’excellence dans les biotechnologies, la santé, le développement durable, le tourisme, l’artisanat, le luxe, mais aussi la finance grâce au nouveau code de l’économie qui va donner un nouveau souffle à nos institutions financières.
_Propos recueillis par Raphaël Brun

« Tout est possible »
Laurent Nouvion et sa liste Horizon Monaco estiment qu’ils ont les moyens de s’imposer le 10 février.
A un mois des élections, quel bilan vous tirez de votre campagne ?
Depuis le début, notre objectif est clair, rencontrer les Monégasques, expliquer, discuter, convaincre, sous toutes les formes à notre disposition : 3 grands meetings, le 27 septembre, acte fondateur de l’union, le 22 novembre (650 personnes salle Gaston Médecin) et le 19 décembre pour présenter le projet, puis 5 réunions de quartier en octobre (100 à 200 personnes). Sans oublier les journaux envoyés aux Monégasques, la présence forte sur les réseaux sociaux, ni notre travail avec la presse, qui fait une couverture remarquable de ces élections, et avec qui nous travaillons en toute confiance et transparence. L’enthousiasme et le soutien sans faille de nos sympathisants est un moteur qui n’a pas de prix.
En quoi votre liste est représentative de la société monégasque ?
J’ai envie de vous répondre : il suffit de regarder ! C’est une vraie liste d’union de sensibilités politiques, un mélange de professions, d’âges, d’origines avec un ancrage dans le vrai Monaco qui, je le crois, est reconnu par tous.
Votre liste est assez ouverte aux femmes et aux acteurs de la société civile ?
Sept femmes ont rejoint notre liste : elles ont chacune une forte personnalité et marqueront, si les Monégasques nous font confiance, la législature 2013-2018. Nous n’avons pas raisonné en termes de quotas ou d’image, mais en termes de qualité et de motivation.
Et pour la société civile ?
Pour le reste, nous sommes tous des acteurs de la société civile, le conseiller national a toujours été un bénévole, pas un professionnel de la politique. Et chaque élu doit conserver un travail pour rester ancré dans la réalité. Il semble que la majorité sortante glisse vers des élus professionnels qui fixent les réunions en cours de journée : le nombre si élevé de retraités sur leur liste le permet.
Faut-il craindre un phénomène d’usure pour les élus de votre liste qui enchaînent les mandats ?
C’est vrai, être publiquement exposé est usant, surtout pour les élus d’opposition. Car la charge de travail est de plus en plus lourde et il faut s’organiser pour maintenir un équilibre entre charge d’élu, famille, travail, loisirs. Mais je trouve que les élus sortants sont très en forme, motivés et qu’ils entraînent le groupe, auquel ils apportent en plus notoriété et expérience. Mais n’exagérons pas, les élus candidats sur notre liste n’ont fait qu’un ou deux mandats, pas cinq ou six : ils ont l’envie de s’engager pour leur pays, pour assurer, avec les autres candidats de la liste, une législature 2013-2018 basée sur le renouveau, le courage politique, le réalisme et le bon sens. Ce qui sera notre pacte national avec les Monégasques.
L’union entre les différents membres de votre liste est suffisamment stable pour vraiment tenir cinq ans ?
Notre union a un côté politique. Nous avons pu en vérifier la sincérité lors des discussions ayant précédé les accords et pendant l’élaboration du projet politique. Mais elle a surtout un côté humain. Ceux qui viennent de Rassemblement & Enjeux (R&E) travaillent ensemble depuis cinq ans ou plus. C’est une garantie. Ceux qui nous ont rejoints ne sont pas des inconnus. Et s’ils ont décidé de se réinvestir, c’est parce que l’union était crédible. Personne n’a de raison de douter que les engagements pris par les uns et les autres seront remis en cause. Ce n’est pas le genre de la maison.
Comment vous jugez les alliances réalisées dans les autres listes ?
Je n’ai pas pour habitude de porter un jugement sur nos concurrents. C’est aux Monégasques qu’il appartiendra de juger par leur vote du 10 février. Ceci dit, Horizon Monaco est la seule liste qui a su proposer et réaliser une très large union.
Comment vous allez organiser les semaines qui restent avant l’élection du 10 février ?
Nous organisons cinq réunions de quartier pour expliquer notre projet politique. Ce qui permet aux gens de poser directement des questions : ils adorent ça, nous aussi. Nous avons ajouté une réunion inter-générations de format novateur le 16 janvier à la salle du Canton. Et nous enverrons un nouveau journal et notre projet politique à tous les Monégasques au plus tard le 20 janvier. Il restera ensuite le rendez-vous final de la soirée électorale.
Les grandes lignes de votre programme ?
Résumer en quelques mots le contenu de la soirée du 19 décembre ou de notre projet politique n’est ni facile ni souhaitable. Un projet n’est pas un gadget de communication pour mettre en exergue quelques mesures électoralistes porteuses. Pas plus qu’il n’est un empilage de mesures hétéroclites destiné à faire croire qu’on a beaucoup réfléchi : c’est un ensemble complet et cohérent, traduisant une vision pour le pays et un état d’esprit.
Mais il y a bien de grands axes suivis par HM ?
On peut retenir cinq axes, qui seront détaillés dans notre projet écrit : un projet ambitieux pour le Monaco qui travaille, un projet solidaire pour la vie des Monégasques, un projet maîtrisé pour le Monaco qui se développe, un projet national pour un Monaco Etat libre, fort et indépendant et un projet politique pour le changement nécessaire et attendu.
Vos propositions pour relancer l’économie monégasque dès 2013 ?
Il est urgent de relancer l’investissement en consacrant 1/3 du budget de l’Etat aux grands projets. Investir c’est développer l’emploi et le travail pour les entreprises monégasques, c’est créer des recettes de TVA. Remettons à l’ordre du jour les grands projets enfouis par la majorité sortante Union des Monégasques (UDM) : le nouveau Collège Charles III, les bureaux et l’hôtel attenants, la maison des associations, le développement du centre commercial de Fontvieille, le projet Testimonio II par exemple.
Et pour stimuler la consommation ?
Une idée concrète, parmi d’autres : plus de 40 000 personnes viennent chaque matin travailler à Monaco et en sortent le soir pour rejoindre leur domicile. Ils ne consomment pas ou peu à Monaco. Mettons en place des outils les incitant à consommer « monégasque » : chèques-consommation, cartes privilège par exemple, proposant des réductions, des cadeaux, dont le financement serait partagé entre les entreprises, les commerçants et le gouvernement.
Comment favoriser l’emploi des Monégasques et des résidents ?
Commençons par rétablir une vérité première : contrairement à ce qu’il se passe dans les pays voisins, et en dépit de la crise que nous traversons, il n’y a pas à Monaco de crise majeure de l’emploi. Il faut toutefois évidemment rester vigilants, notamment face aux problèmes qui se confirment pour notre secteur industriel, et pour qu’il n’y ait aucun problème de premier emploi des jeunes Monégasques.
Vos pistes pour l’emploi à Monaco ?
Nous souhaitons renforcer les moyens du service de l’emploi et les interactions avec la commission d’insertion des jeunes, pour favoriser l’emploi des jeunes monégasques et de ceux qui reviennent à Monaco après quelques années d’expérience. Veiller à ce que les entreprises monégasques bénéficient des retombées des investissements publics, en direct ou en sous-traitants, permettra d’embaucher. Mais nous proposons aussi de créer un vivier à la SBM sur le modèle de la fonction publique pour les jeunes Monégasques dans les trois secteurs hôtellerie, administration et jeux. Un vivier qui s’engagera pour les former avec les crédits correspondants, pour des carrières évolutives et des parcours sécurisés.
Le logement est encore un véritable enjeu de cette campagne ?
Sous l’impulsion de la majorité Union pour la principauté (UP) du conseil national, la pénurie flagrante des années 2000 a été résorbée. Et le récent rapport de l’IMSEE confirme que l’essentiel du chemin a été fait. Mais par son manque de vision, la majorité UDM sortante n’a pas poussé le gouvernement à mettre en route le moindre projet depuis trois ans. Donc après les livraisons prévues pour 2013 et 2014, plus rien avant au mieux 2018.
Votre réaction ?
Nous avons inscrit dans notre projet le déblocage urgent de certains dossiers, pour pouvoir livrer fin 2018 environ 250 logements. C’est une nécessité. Par ailleurs, il devient absolument nécessaire de rénover les logements sociaux de première génération, dont les prestations ne sont plus du niveau qui doit être proposé à nos compatriotes.
Vous souhaitez aussi un secteur mixte ?
Une fois ces projets de logements domaniaux relancés, il faut remettre en route une vraie réflexion sur le secteur mixte : les enfants du pays sont une force pour Monaco. Il faut trouver les solutions pour leur permettre de rester avec nous.
Les principaux chantiers à mener ?
Dans cette triple logique, totalement complémentaire, les principaux chantiers sont : la refonte du dossier en cours de la Villa Ida, pour l’étendre à une réflexion sur le remembrement complet du quartier et la livraison d’un nombre non ridicule de logements. Puis, une réflexion proactive sur les Agaves, puisque le projet a été enterré par la majorité sortante depuis trois ans. Ensuite, l’opération de la Crémaillère, en liaison avec la mairie de Beausoleil. Enfin, une réflexion sur l’Herculis, la rénovation du Bel Air et/ou son extension, celle des Cèdres et des Caroubiers.
Il faut raser l’usine d’incinération pour construire des bureaux ou des logements ?
Une usine d’incinération, c’est comme une centrale nucléaire ou une prison : on voudrait toujours qu’elle soit ailleurs. La majorité sortante a essayé de faire croire que la problématique de l’usine d’incinération était simpliste. C’est faux, nos compatriotes le savent.
Faire traiter les déchets en dehors de Monaco, c’est une bonne idée ?
Faire traiter nos déchets ailleurs suppose de trouver un accord avec la France pour les accueillir, ce qui n’est pas le cas. Cela suppose aussi de les stocker sur place avant de les transporter : on imagine la noria de camions, la pollution et les nuisances qui en découlent… Il faudrait également renoncer à notre indépendance et prendre le risque d’incidents ou grèves chez nos sous-traitants. Tout en renégociant des traités internationaux, que nous avons signés, qui imposent à chaque pays de traiter ses déchets sur son sol. Enfin, cela suppose de revoir toute l’alimentation énergétique de Fontvieille et des délaissés SNCF proches, chauffage et clim’, qui vient de l’énergie produite par l’usine.
Votre conclusion ?
Le bon sens consiste plutôt à rechercher les moyens d’utiliser les nouvelles technologies de traitement des déchets, déjà opérationnelles ailleurs et de créer ici une usine modèle en matière de traitement des déchets.
Les raisons concrètes qui expliquent la situation de la SBM aujourd’hui ?
Je l’ai déjà dit : quand la SBM va mal, Monaco ne peut aller bien. Et aujourd’hui, la SBM va mal. Au niveau de ses résultats, c’est grave. Mais surtout, au niveau de son climat social, c’est encore plus grave. On ne va pas refaire ici l’histoire des 20 dernières années, avec l’accumulation de choix douteux qui, amplifiés par la crise économique, ont provoqué cette situation de péril grave.
La SBM doit continuer à jouer son rôle social ?
Oui. Et on doit accepter que les résultats et les ratios financiers ne soient pas aussi bons qu’à Las Vegas ou à Macao. Mais, au-delà des querelles et jalousies internes qu’il faudra bien solder un jour, quand cette entreprise ne donne aucune perspective, collective ou individuelle, à ses salariés, ni dans l’hôtellerie, ni dans l’administration, ni dans les jeux, alors il y a un malaise.
Que doit faire l’Etat ?
Nous pensons que l’Etat-actionnaire doit indiquer très clairement ses priorités au nouveau management de la SBM. Pour ce qui est du conseil national, nous avons proposé des pistes pour garantir une écoute réelle des employés : il ne s’agit pas d’ingérence. Mais le conseil national se doit d’être plus qu’attentif lorsque le sort de tant de compatriotes est en jeu.
Comment optimiser la gestion du fonds de réserve ?
Nous proposons de transformer le fonds de réserve constitutionnel (FRC) en un fonds de réserve constitutionnel et souverain (FRCS). L’idée est simple : s’inspirer de ce qui fait la réussite des divers fonds souverains. Avec une équipe de gestion dédiée, résidant à Monaco, sous la tutelle du département des finances et de la trésorerie, qui rend compte régulièrement et à qui on fixe des objectifs de gestion conformes aux responsabilités d’un Etat.
La majorité UDM est contre ?
Cela a fait hurler l’UDM, qui a essayé de faire croire qu’il fallait modifier la constitution, ce qui est faux. Et qu’on allait spéculer à risque avec notre bas de laine, ce qui est ridicule. Et d’autres sornettes… En fait, le FRC est passé en 5 ans de près de 2,250 milliards d’euros à 1,800 milliard. Soit moins de 2 années de réserve au lieu de 3 : cela doit nous interpeller. Et il n’est pas normal de s’auto-féliciter d’un résultat autour de 4,5 % en 2012, certes bien meilleur que les années précédentes, lorsque de nombreux fonds ont fait beaucoup mieux, sans investissements à risque.
Si vous êtes élus, quelles seront vos premières décisions ?
D’abord un acte symbolique et fondateur, répondant aux attentes de nos compatriotes : la création au conseil national d’une cellule d’écoute consacrée au respect de la priorité nationale, que ce soit au niveau des emplois pour les compatriotes ou des attributions de marchés publics pour les entreprises.
Quoi d’autre ?
Pour le reste, vous me connaissez, si les Monégasques nous font confiance, nous travaillerons d’arrache-pied pour voter aussitôt que possible les textes importants laissés en souffrance par la majorité sortante : fonction publique, handicap, modernisation économique, environnement, organisation du conseil national, entre autres.
Votre ambition pour Monaco ?
Nous avons de l’ambition pour Monaco, l’énergie pour faire bouger les choses, la volonté pour mettre en place notre projet de pacte national. Comme beaucoup de compatriotes, nous avons envie que ça change, envie de regarder devant, vers l’horizon 2013-2018. Tout est possible lorsqu’il y a une volonté politique claire et un souhait de s’en donner les moyens.
_Propos recueillis par Raphaël Brun.

« Quand la SBM va, tout va »
La liste Renaissance, lancée par des salariés de la Société des bains de mer, espère décrocher au moins un siège au conseil national. Les explications de Jean-Michel Rapaire, Etienne Ruzic et Eric Elena.
A un mois des élections, quel bilan vous tirez de votre campagne ?
L’heure n’est pas au bilan mais à la mobilisation et à l’action afin de convaincre nos compatriotes que nous sommes une alternative. Les nombreux témoignages que nous recevons nous incitent à poursuivre dans cette voie. Tous saluent notre démarche inédite et courageuse.
En quoi votre liste est représentative de la société monégasque ?
Les salariés de la Société des bains de mer (SBM) incarnent le pacte social monégasque fondé sur le partage de la richesse : aucune autre profession ne se confond à ce point avec la population hormis les fonctionnaires, mais qui sont contraints par leur devoir de réserve. Or, il manque un acteur politique qui représente les Monégasques. Et nous avons cette liberté de parole dans laquelle ils peuvent se reconnaître. La question n’est donc pas tant celle de la représentativité que celle de la représentation.
Votre liste est assez ouverte aux femmes ?
Nous souhaitions intégrer de nombreuses femmes dans notre liste. Mais notre univers professionnel est majoritairement composé d’hommes car les femmes n’ont pu y accéder que depuis 1997.
En quoi votre liste se démarque des deux autres listes ?
Plus que d’autres, nous sommes conscients des problèmes de la principauté car nous en sommes les premières victimes. Aujourd’hui on s’en prend à nous car nous sommes les mieux payés, mais demain viendra le tour des autres. Le pacte social ce n’est pas seulement nous : ce sont les Monégasques de demain. Et eux aussi seront victimes de sa désagrégation. Si nombreux furent les salariés qui alertèrent le conseil national sur la gravité de la situation de la SBM, cela demeura sans effet.
Du coup, vous avez décidé de lancer votre propre liste ?
Voilà pourquoi nous avons décidé de ne plus attendre que d’autres nous représentent. Nous avons dépassé nos intérêts corporatifs immédiats, au bénéfice de l’élaboration d’une vision partagée d’un avenir commun. Les Monégasques doivent être solidaires s’ils souhaitent conserver leurs spécificités, garantes de leur qualité de vie. Or représenter les salariés de la SBM, c’est aussi représenter tous nos compatriotes. Nous ne nous limitons pas à la défense de nos intérêts catégoriels, nous avons vocation à représenter les 99 % (1). C’est là le fondement de la liste Renaissance. Et c’est une première en principauté !
L’union entre les différents membres de votre liste est suffisamment stable pour vraiment tenir 5 ans ?
Oui. Car ce qui nous unit est bien plus fort que ce qui nous sépare. Notre entente repose sur un diagnostic, une vision et une éthique partagés. Pas sur une association temporaire d’intérêts.
Comment vous jugez les alliances réalisées dans les autres listes ?
La liste Renaissance est apolitique. On est favorable aux majorités d’idées. Mais on ne voit aucun intérêt à commenter les stratégies politiciennes des uns et des autres. La loi électorale qui condamne les partis politiques à contracter des alliances, doit être réformée au bénéfice d’un scrutin de listes sans panachage.
Comment vous allez organiser les semaines qui restent avant l’élection du 10 février ?
Les liens entre les Monégasques et la SBM sont très forts et doivent le rester. Nos candidats ont les mêmes préoccupations que chaque Monégasque : emploi, logement, éducation, santé, retraite, conservation du patrimoine… Au contact de nos compatriotes, nous leur exposerons les objectifs de la liste Renaissance. Une liste apolitique et humaniste, qui leur offre une alternative.
Les grandes lignes de votre programme ?
Notre vision est celle d’une évolution et non d’une rupture, car les valeurs du passé qui ont fait notre succès ne peuvent pas être toutes erronées. Nous souhaitons rétablir l’indépendance de gestion de la SBM vis-à-vis d’enjeux politiciens en instaurant la méritocratie, c’est-à-dire l’aptitude à contribuer. On veut aussi demander à l’Etat de jouer son rôle d’actionnaire majoritaire pour définir les grandes orientations économiques et stratégiques afin que la SBM continue de jouer un rôle économique et social prépondérant.
Quoi d’autre ?
Il faut aussi repenser le management des hommes afin de générer de l’intelligence collective. Mais aussi promouvoir des leaders incarnant une vision d’avenir et réussissant à faire réussir. Et on est convaincu que cette vision demeure également pertinente dans la fonction publique et les entreprises où la participation de l’Etat est majoritaire. Nos priorités ne se limitent donc pas à la pérennisation de la SBM, au renforcement de son rôle social et à la transparence de sa gouvernance, mais embrassent la défense de nos compatriotes et les perspectives d’emploi et de rémunération des générations futures.
Vos propositions pour relancer l’économie monégasque dès 2013 ?
Quand la SBM va, tout va. Ainsi, il est de l’intérêt national, donc général, que la SBM soit performante sur le plan économique. Car seule la création de richesses permet la redistribution. Pour une SBM forte, locomotive de l’économie monégasque, il faut restaurer un climat de confiance en rétablissant le dialogue entre direction générale, syndicats et salariés. Des décisions stratégiques et opérationnelles doivent être prises rapidement.
Lesquelles ?
Penser l’offre « jeux » de façon globale et pérenne : avec la réouverture du Café de Paris jeux, assurer la continuité du Sun Casino. Mais aussi se focaliser sur nos clients clés, le retour d’anciennes clientèles et la fidélisation des habitués. Enfin, il faut aussi attirer les agents recruteurs en offrant des commissions sans égal.
Et pour stimuler la consommation ?
Cette question n’a pas de sens dans le cadre de notre économie ! Et elle n’est pas non plus d’actualité dans les grandes économies de la zone euro confrontées pour la plupart à une crise de balance des paiements. La question n’est donc pas la stimulation de la consommation mais le pouvoir d’achat des Monégasques et des résidents. Et donc la redistribution. Or la SBM, fleuron des entreprises monégasques, est un outil de travail exceptionnel dont le potentiel nous permet de rêver de nouveaux territoires. Soit autant de vecteurs de développement et de redistribution par une augmentation mécanique de la masse salariale. Mais sur un plan plus général, nos mesures phares seront détaillées dans le cadre du programme que nous communiquerons sous peu à nos compatriotes.
Vos idées pour favoriser l’emploi des Monégasques et des résidents ?
Historiquement, la SBM a toujours constitué un vivier d’emplois pour les Monégasques, dans le secteur des jeux, mais pas seulement. Nous tenons à préserver et surtout à renforcer cette réalité. Et n’oublions pas les emplois indirects que génère la SBM. Si l’entreprise retrouve la voie de la croissance, de nombreux emplois périphériques seront créés.
Quoi d’autre ?
L’article 1er de la loi 189 stipule que « les sociétés à monopole, les services publics concédés et les entreprises privées, industrielles ou commerciales, occupant plus de dix employés, ne pourront avoir recours à la main-d’œuvre étrangère que dans une proportion qui sera établie par ordonnance souveraine. » Soit 80 % pour les entreprises privées industrielles ou commerciales, 70 % pour les sociétés à monopole et les services publics concédés. Commençons par appliquer cette loi.
Et la priorité d’emploi pour les Monégasques ?
Cette priorité d’emploi doit être effective, quitte à légiférer de façon plus contraignante : si un Monégasque a les capacités suffisantes pour un poste, peu importe qu’il y ait un étranger plus compétent, car il y en aura toujours. C’est une question de survie.
Le logement est encore un véritable enjeu de cette campagne ?
La communauté monégasque n’a pas vocation à constituer une diaspora. Or si l’Etat ne peut loger tous les Monégasques qui le souhaitent dans les domaines ou au travers de mécanismes d’équivalence, ceux-ci n’auront d’autre choix que de s’expatrier, en raison des loyers du privé. Néanmoins, les questions de logement pour essentielles qu’elles soient dans la vie quotidienne des Monégasques, ne doivent pas éclipser les problématiques fondamentales que sont l’emploi, l’économie et le budget.
Votre vision du logement pour les 5 prochaines années ?
Continuer à loger décemment l’ensemble des Monégasques qui le souhaitent dans les domaines, soigner le niveau de finitions des logements et respecter les normes haute qualité environnementale (HQE).
Quelles sont les urgences pour le logement ?
Anticiper les besoins des générations futures afin d’éviter toute pénurie à 10, 20 ou 30 ans. Il nous apparaît crucial de passer d’une politique de stock à une logique de flux, afin de fluidifier la politique du logement. Cela passe par la prise en compte dynamique et différenciée des trajectoires individuelles et familiales.
Quels sont les principaux chantiers à lancer rapidement ?
Le chantier de la SBM… au sens figuré bien sûr ! Aujourd’hui, un an après le lancement du plan de relance, aucun effet n’en est visible. Les salons de jeux restent désespérément vides, une menace de fermeture plane sur le Sun Casino et la formation est délaissée. Toute la stratégie doit être repensée, en prenant appui sur les opérationnels qui sont au contact de la clientèle, afin de développer le marketing sur site. Enfin, il faut aussi penser au vote d’une loi sur la pénibilité du travail de nuit, en raison de sa répercussion sur l’espérance de vie.
Il faut raser l’usine d’incinération pour construire des bureaux ou des logements ?
Qui a envie d’un incinérateur en centre-ville ? Le seul argument opposable à sa destruction, c’est la garantie de la continuité d’exploitation en cas de grève à l’étranger. Est-ce suffisant pour supporter ses nuisances en termes de santé publique ? La question mérite d’être posée.
Quelles sont les raisons concrètes qui expliquent la situation de la SBM aujourd’hui ?
D’une part l’allocation des ressources a délaissé le cœur de notre métier, c’est-à-dire les jeux de tables traditionnels. Ensuite, les investissements dans les jeux sur internet peuvent être qualifiés de catastrophe industrielle.
Il y a d’autres raisons ?
D’autre part, la logique comptable des hôteliers a pris le pas sur la logique globale des casinotiers, avec une diminution corrélative des prérogatives de la direction des jeux. L’attention s’est ainsi portée sur l’organisation et le contrôle, au détriment du développement de l’activité. Avec pour résultat d’apparentes économies immédiates qui ont entraîné des pertes significatives de recettes à long terme.
La communication passe mal entre salariés et direction ?
Le management opérationnel des ressources humaines s’est révélé pervers et inefficace, avec une promotion de la soumission au détriment de la contribution et de l’implication. A une absence patente de communication interne et externe, s’ajoute enfin une direction réactive et non proactive. Mais aussi une méconnaissance profonde de la psychologie et des attentes des joueurs.
Le climat en interne est lourd ?
Au niveau social, un climat délétère et malsain s’est ainsi progressivement installé au sein de la SBM. Du coup, les relations de travail se sont considérablement dégradées : de nombreuses ingérences se sont produites, des nominations incongrues sont intervenues.
La SBM est donc toujours aussi politisée ?
La SBM est indiscutablement l’objet d’une politisation effrénée à des fins électoralistes, car elle constitue un très important réservoir de voix. Certaines personnes, avides de pouvoir, confondent notre entreprise avec un terrain de jeux. Elles s’y amusent, sans penser aux conséquences de leurs actes.
Comment optimiser la gestion du fonds de réserve ?
Face à l’instabilité financière mondiale, des institutions bancaires en quasi-faillite, la fuite en avant des Etats par la planche à billets annonciatrice d’hyperinflation, le fonds de réserve est le garant ultime de notre indépendance. A ce titre, le fonds doit privilégier la détention d’actifs physiques comme l’or, l’argent ou l’immobilier. Parce que ce sont les seuls remparts contre l’appauvrissement annoncé. Enfin, ce fonds doit cesser d’être un budget-bis, et donc n’abonder le budget qu’à mesure de ce que lui autorise la constitution, en toute transparence.
Si vous êtes élus, quelles seront vos premières décisions ?
Rattraper le temps perdu.
_Propos recueillis par Raphaël Brun
(1) Référence au mouvement de contestation pacifique dénonçant les excès du capitalisme financier.
