jeudi 16 avril 2026
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    Albert II : « Je ne suis pas sourd aux critiques »

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    Rétro/Climat, éthique, football, paternité… Invité par le Monaco Press Club, le prince Albert a dressé le bilan de sa première décennie au pouvoir. Et évoqué les projets d’avenir.

     

    Quand il repense à ces 10 dernières années, les images se bousculent dans sa tête. Invité par le Monaco Press Club le 1er juillet, le prince a évoqué certains souvenirs. « Je repense à ces rencontres fortes avec la population, à tous ces voyages humanitaires ou à vocation économique pour faire connaître la principauté… » En l’espace de 10 ans, le monde a considérablement changé. Crise des subprimes, sommet de Londres signant le haro sur les paradis fiscaux, printemps arabe, aggravation des conséquences du réchauffement climatique… « 2015, ce n’est plus 2005. Le monde est aujourd’hui très complexe, voire dangereux. Le monde souffre, il va mal. Malgré tout cela, Monaco se porte bien. Peut-être parce que nous avons su négocier correctement certains virages. Il y a eu certains ralentissements au moment de la crise mais nous sommes repartis de très belle façon. »

     

    Accords fiscaux : « une preuve de réussite »

    Parmi les virages amorcés depuis 10 ans, il y a celui de la transparence fiscale. « Les 32 accords de coopération fiscale répondent à cette exigence. L’OCDE a d’ailleurs classé Monaco parmi les pays répondant aux standards internationaux. C’est une preuve de réussite », juge le prince. Pour autant, la partie n’est pas encore gagnée sur le plan médiatique, estime le chef de l’Etat. « Le terme « paradis fiscal » est malheureusement toujours associé à Monaco. Ça me blesse que certains médias aiment entretenir cette idée tenace. » La solution ? Elle passe par la communication : « Il faut encore faire un travail de relations publiques », explique Albert II.

     

    Extension sur la mer : contrat en août

    En attendant, la priorité est de développer le territoire. « Le projet d’extension en mer avance bien. Comme les études et les discussions avec le groupement choisi (Bouygues). La signature du contrat devrait intervenir en août. » Pour un horizon de fin de projet estimé au milieu de la décennie 2020-2030, si l’on se fie au tempo fixé initialement par le gouvernement. « Je ne suis pas sourd aux critiques évidemment, a spontanément précisé le chef de l’Etat. Certains estiment que c’est trop petit, que l’endroit n’est pas adapté. Mais je pense que ce projet correspond à nos besoins projetés à une échéance de dix ou vingt ans, en termes de logements, de bureaux et d’extension du Grimaldi forum. » Sur le plan économique, le prince a également confirmé que la Principauté, via la Société des ports, pourrait participer aux travaux d’aménagement et obtenir la gestion du port de Vintimille.

     

    Paris 2015 : « un moment crucial »

    L’avenir de Monaco, c’est aussi celui de la planète. En décembre, la conférence Paris Climat 2015 est censée aboutir à un premier accord universel et contraignant sur le climat pour maintenir la hausse de la température globale en deçà de 2 °C. « C’est un moment crucial qui, je l’espère, débouchera sur la rédaction d’un texte qui posera les bases d’une meilleure maîtrise des émissions de gaz à effet de serre », lance le prince. Listant quelques signaux optimistes : « Depuis quelque temps, on n’arrive plus à avancer de manière significative. Toutefois, il y a des signes encourageants, à l’image du discours tenu par la Chine, qui a un grand rôle à jouer. Les Etats-Unis se sont aussi exprimés de manière plus forte récemment. Si les grands pays s’engagent, le reste de la communauté internationale suivra. » Cette mobilisation, il la souhaite aussi pour ses enfants Jacques et Gabriella. « J’aimerais qu’ils vivent sur une belle planète… »

     

    Rybolovlev, la LFP et le centre d’entraînement…

    Prince écolo, Albert II reste le supporter numéro 1 de l’AS Monaco. Interrogé sur les résultats du club, il s’emballe : « Comment ne pas se satisfaire de la saison écoulée ! En début d’année, personne n’aurait envisagé un tel parcours, que ce soit en Ligue 1 ou en Ligue des champions. En quarts de finale de la Coupe d’Europe, nous avons été malheureux contre la Juventus, nous méritions mieux. Mais cela laisse augurer de belles choses pour l’avenir », commente le prince, qui salue la stratégie du mercato monégasque, misant sur des talents prometteurs. L’occasion d’adouber la gouvernance du club et de balayer les rumeurs de tensions avec son président. « Cette histoire de mauvaise entente avec monsieur Rybolovlev, c’est une pure invention de vos confrères. J’ai été tenu informé régulièrement des décisions prises par les dirigeants et de leurs orientations. »

    A l’été 2014, Dmitry Rybolovlev avait en effet réduit la voilure et vendu les stars, craignant les sanctions du fairplay financier. Il faut dire qu’il avait dû déjà débourser 50 millions d’euros pour que le club puisse continuer à jouer en Ligue 1… « Cet épisode avec la Ligue de football professionnel était assez difficile. On ne savait pas si l’on pourrait participer au championnat, alors que l’ASM a toujours fait partie de l’histoire du football français, depuis 90 ans. Il semble qu’il puisse y avoir une issue favorable à ce dossier (si le conseil d’Etat suit le rapporteur). Nous ne pouvons que nous en réjouir », souligne le prince.

    Que la justice française remette ou non en cause l’accord de l’AS Monaco avec la LFP (Ligue de football professionnel), une décision semble arrêtée : celle de financer son centre d’entraînement. « Le gouvernement va participer. Ce n’est pas une idée farfelue mais un besoin. Ne serait-ce que pour faire jouer sur des terrains aux normes les équipes réserves. Le futur centre répondra aux standards des meilleurs clubs européens », explique Albert II.

    _Milena Radoman

     

    BIOPIC/

    « J’ai un droit de regard »

    Royal Ice, le film relatant l’aventure olympique du prince en bobsleigh, pourrait sortir en 2018. Une date qui marquerait les trente ans de la première participation de l’équipe rouge et blanc à Calgary. Mais attention : « Je l’ai déjà dit, ce n’est pas moi qui tiens la plume pour écrire ce scénario, c’est un ami. J’ai accepté que ce film se fasse, j’ai un droit de regard sur le script final pour qu’il ne soit pas trop éloigné de la réalité même s’il y aura des éléments de fiction », a précisé le prince Albert. On sait trop ce qu’est devenu le biopic Grace de Monaco… Pour ceux qui « seraient tentés de faire un parallèle avec le film centré sur l’équipe jamaïquaine » (soit Rasta Rockett), le chef de l’Etat prévient, avec le sourire : « Ce ne sera pas la même chose… »

    VERBATIM/

    En deux mots…
    La difficulté de concilier le rôle de père et de chef d’Etat ? « C’est très difficile d’avoir un soir avec les enfants. Il faut jongler entre les rendez-vous et les obligations. Mais on y arrive. Heureusement, le mois d’août approche… »
    L’indépendance de la justice, critiquée dans le cadre d’affaires judiciaires ? « Je délègue le plein exercice du pouvoir judiciaire. Je m’abstiens de toute intervention directe et indirecte. Tout juge à Monaco vous le dira. Et je n’ai jamais eu de doute sur l’indépendance de la justice. »
    Comment se portent Jacques et Gabriella ? « Les enfants profitent du bon air frais de la campagne, au Mont Agel. Ils sont très joyeux et grandissent bien. Ils commencent à être très éveillés, très complices aussi. Cette fusion entre jumeaux, c’est amusant et même touchant à voir. »

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