INTIMITE/C’est l’une des personnes qui connaît le mieux le chef de l’Etat. La princesse Stéphanie confie à L’Obs’ comment elle a vécu l’évolution de son frère. Avant et après avoir pris les rênes de la Principauté.
Votre frère est « aux affaires » depuis 10 ans. Quelle est votre perception du prince régnant ?
La conjoncture mondiale n’est pas facile. Il gère les affaires avec la tête froide et s’investit pleinement dans les projets. Il est bien épanoui même s’il est trop occupé et n’a pas assez de temps pour lui et pour ses proches. Je ne le vois pas assez (sourire)…
En 10 ans il s’est passé beaucoup de choses, sur le plan personnel. Il s’est marié, a eu des enfants. Ce sont des moments importants pour la famille ?
Et pour lui et pour son épanouissement personnel, c’est capital. Qu’on soit prince de Monaco ou pas, fonder une famille représente la plus belle chose au monde. Avec cet épanouissement personnel dans la vie privée, on ne peut que mieux évoluer dans sa vie professionnelle.
Vous aviez l’impression qu’il ressentait une pression extérieure en raison de sa condition de prince et de la perpétuation de la dynastie ?
Effectivement, le monde extérieur lui a mis beaucoup de pression. Mais il l’a très bien gérée. Il a fait les choses quand il s’est senti prêt. Il est heureux et épanoui. C’est le principal pour moi.
Vous qui le connaissez parfaitement, comment le définiriez-vous ?
Il a une grande compassion et est très généreux. Même s’il prend son temps pour juger une situation ou les gens, il est toujours juste dans son jugement. Il ne va pas avoir de condamnation hâtive, comme le faisait mon père, d’ailleurs. On a tous cette valeur de justice en nous dans la famille. C’est ainsi qu’on a été élevé.
Comment est-on élevé quand on est appelé à devenir prince ?
Je suis princesse par naissance, car mon père et ma mère étaient prince et princesse de Monaco. Nos parents nous ont donné une éducation très « normale », basée sur la politesse et le savoir-vivre. Nous avons suivi l’enseignement d’établissements de la principauté. A la différence d’autres familles régnantes en Europe, nous n’avons pas été surprotégés et enfermés dans un cocon. On voyait des amis « normaux », mon frère a poursuivi ses études dans une université américaine… C’est sans doute pour cela que nous sommes peut-être plus ouverts et que les gens se sentent plus proches de nous.
Dans votre jeunesse, il n’y avait pas de réunion avec le gotha ?
Non, ça n’a jamais été trop mon truc (rire). On voyait surtout ma famille qui vit aux Etats-Unis.
Cette éducation « normale », c’est grâce à la personnalité de vos parents ?
C’est le mélange de l’éducation américaine de ma mère et plus latine de mon père. C’était important pour nos parents de garder des moments en famille, dans la propriété de Roc Agel, où l’on restait juste entre nous.
Votre père a-t-il eu des influences plus « militaires » transmises par son grand-père Louis II, le prince soldat ?
Oui. Il a eu une éducation beaucoup plus rigide, très dure. C’était aussi en raison de l’époque. Je pense que d’ailleurs, mon père a voulu nous donner la tendresse qui lui a manqué enfant…
Votre père était-il plus dur avec votre frère, prince héréditaire ?
Je ne dirais pas plus dur mais plus exigeant. C’était pour son bien, il souhaitait le préparer à ses futures fonctions. Etre prince, c’est une position difficile. Les gens veulent profiter de vous. Mon père avait plus de rigueur pour qu’il soit plus apte et préparé à ce qui l’attendait. Après, je ne sais pas ce qu’ils se disaient entre eux. On a 7 ans d’écart, donc je n’ai pas beaucoup de souvenirs sur ces moments. Comme peut le faire un grand chef d’entreprise, il préparait son fils à toutes les éventualités, à la prise de décision, à mieux cerner les gens, etc. Dans notre position, on est la proie de gens qui ne sont pas toujours bien intentionnés.
Comment votre frère appréhendait-il son avenir de prince régnant ?
C’est une lourde responsabilité. C’est quelque chose qui le préoccupait même s’il se sentait bien préparé à prendre un jour le pouvoir. Avec l’impact que le prince Rainier allait laisser sur la principauté, il était conscient que ce ne serait pas facile de passer après lui. Il fallait qu’il pose sa marque et son empreinte à Monaco de manière différente. Trouver le moyen de marquer l’histoire de Monaco à sa manière. Et il le fait très bien. Je pense que c’est ce qui l’a inquiété le plus : passer derrière un grand homme qui a fait de Monaco ce qu’il est aujourd’hui.
Ça passe par quelle marque ?
C’est l’ouverture au monde par les organisations internationales et sa fondation pour la défense de l’environnement. C’est important de faire connaître Monaco pour autre chose que les strass et les paillettes. Je prendrais comme exemple le Control center de Solar Impulse basée à Monaco. Je pense aussi à la transparence fiscale. Il faut vivre avec son temps, rassurer les étrangers et les grosses sociétés. On va de l’avant et on essaie de s’en sortir au mieux malgré la conjoncture économique. C’est un prince moderne.
Il a reconnu ses enfants naturels au début de son règne, c’est aussi un signe de modernité et de transparence ?
C’est tout à son honneur et je lui donne un grand coup de chapeau. Cela contribue aussi à donner une bonne image de Monaco et de la famille. Il y a des gens qui le critiquent pour ça. Pourtant, certains hommes qui ne sont pas prince et n’ont pas ses responsabilités n’auraient pas eu le courage de le faire ! Et lui, dans sa position, il l’a fait. On ne peut que le respecter pour cela. C’est un Monsieur. Je ne confierai à personne la lourde tâche d’être à sa place une journée !
Des liens puissants vous unissent avec le prince Albert. Quel grand frère est-il ?
Il a toujours été adorable et protecteur. D’une patience à toute épreuve avec moi. Avec la grande différence d’âge qui nous sépare, il n’avait pas forcément envie de jouer avec moi. Pourtant, il a toujours pris le temps. Il a toujours été présent quand j’en avais besoin. Au moindre coup de blues, il a toujours été là. On est une famille unie. Encore plus depuis ces 10 dernières années car nous sommes orphelins. Avec ma sœur Caroline, nous avons trouvé nos spécificités pour aider notre frère et notre pays à notre niveau, pour donner la plus belle image possible. Et on prend plaisir à le faire.
La famille fait bloc ?
Le monde d’aujourd’hui est tellement morose. La seule chose de vraie et de sûre, c’est la famille. On peut avoir plein d’amis, de collègues, seule la famille est toujours là. Il peut arriver n’importe quoi, on sait que l’on peut compter les uns sur les autres.
Vous conseillez votre frère, dans certains domaines comme la politique de santé ?
Je le tiens au courant de ce que je fais pour la lutte contre le sida, par exemple. Je lui donne ma vision des choses pour qu’il n’ait pas qu’un son de cloche et qu’un écho de certains faits. Après, il en fait ce qu’il veut. C’est aussi mon rôle d’avoir un autre regard sur certaines situations. Je me dois de lui apporter un regard extérieur.
Il existe toujours une cour autour des hommes et des femmes de pouvoir, des courtisans qui vont dans le sens du poil. Il vous écoute ?
Avec ma sœur, on le met en garde. Car parfois, son entourage ne lui dit pas toute la réalité. C’est important d’avoir une autre vision de certaines personnes. Il fait son tri mais on est plus à même de prendre les bonnes décisions quand on a toutes les cartes en main.
De quels traits de caractère de vos parents votre frère a-t-il hérité ?
Même si sa prestance ne le montrait pas forcément, mon père était très drôle, sensible et ouvert. Mon frère a hérité de cela. Il a aussi peut-être aussi la façon d’arrondir les angles de ma mère. C’est un doux mélange de nos parents comme l’est chacun d’entre nous. Moi, il parait que j’ai beaucoup le caractère de mon père. On me le dit de plus en plus souvent (sourire)… Je dis toujours ce que je pense et vais droit au but plutôt que de passer par n’importe quel chemin. Avec moi, c’est blanc ou noir.
Vous allez au bout de vos idées. Comment vont les éléphantes Baby et Népal ?
Elles sont en bonne santé et vivent une retraite tranquille… Le prince vient les voir l’été quand il a plus de temps. On a toujours été très proches de la nature avec notre papa.
Ces convictions écologiques du prince, d’où viennent-elles ?
C’est une prise de conscience. On a été élevés très proches de la nature. Mon père avait commencé la protection de la Méditerranée et nous en parlait souvent. Ça a été ancré en nous dès notre enfance, on en parlait en famille. Après, chez le prince, il ne s’agit pas d’être écolo pour être écolo ! C’est une responsabilité de préserver ce qu’on nous a laissé entre les mains. C’est une question de respect vis-à-vis des générations futures.
_Propos recueillis par Milena Radoman
