Le plan national pour le logement des Monégasques présenté en mars 2019 prévoit, au total, la construction de 1 831 appartements domaniaux neufs en quinze ans. En moyenne, 122 logements neufs doivent être livrés chaque année. Problème : en raison de la crise sanitaire, les chantiers publics ont été arrêtés pendant près de deux mois et ont ensuite repris en mode dégradé. Quel sera l’impact sur le calendrier de livraison ? Le gouvernement devra-t-il renoncer à de opérations domaniales ? Les réponses de Franck Lobono, président de la commission logement au Conseil national.
Le déficit budgétaire record que connaît la Principauté va-t-il obliger le gouvernement à revoir à la baisse le plan national pour le logement des Monégasques présenté en mars 2019 ? Va-t-il falloir annuler certaines opérations domaniales prévues dans les prochaines années ?
Le logement est et restera toujours une priorité nationale ! Je n’imagine pas une seule seconde que le gouvernement choisisse de faire des économies sur les futurs logements des Monégasques, qui sont nécessaires pour que chaque famille de nationaux dont la situation le justifie soit bien logée dans son pays. Ce sont des dépenses structurelles, indispensables et prioritaires pour l’avenir et l’équilibre social du pays. Le Conseil national y veillera.
L’arrêt des chantiers publics durant le confinement et leur reprise en mode dégradé, avec moins d’ouvriers sur le terrain, vont engendrer de gros retards sur les livraisons ?
Il y aura forcément des retards, mais je fais confiance aux constructeurs et à l’État pour en limiter les conséquences. Depuis la reprise, les chantiers travaillent en mode dégradé en raison des contraintes sanitaires. A ce stade, il est difficile d’estimer l’impact de ces mesures. Mais là encore je reste confiant pour plusieurs raisons : nous sommes dans une région peu touchée par le virus et l’expérience faisant, les chantiers vont apprendre à s’organiser de mieux en mieux pour fonctionner de façon optimale.
Vous n’avez donc pas un calendrier à nous préciser sur la livraison des prochaines opérations domaniales ?
C’est trop tôt pour parler d’un nouveau calendrier, mais je peux d’ores et déjà vous dire qu’avec le président Stéphane Valéri, nous sommes déterminés pour que 2022 et 2023 soient bien les années de livraison des grands programmes qui ont commencé et que des centaines de foyers monégasques attendent avec impatience. Nous venons de demander au gouvernement d’organiser dans les prochaines semaines, une réunion avec le Conseil national pour faire le point sur l’avancée des chantiers et les incidences de la crise sur les délais de livraison.

« L’État demandait à des dizaines de milliers de personnes de rester enfermées chez elles. Il ne pouvait pas leur imposer en plus de subir les nuisances d’un chantier bruyant sous leurs fenêtres tout en laissant aller et venir en ville des dizaines, voire des centaines d’ouvriers ! »
Est-ce que les nouvelles contraintes de sécurité sanitaire imposées sur les chantiers et les retards de livraison vont entraîner des coûts supplémentaires pour l’État et les entreprises en charge des travaux ?
Le temps c’est de l’argent, et en matière de chantier, la logique est la même. Chacun a donc bien intérêt à tout mettre en œuvre pour limiter les conséquences financières, mais la sécurité sanitaire doit évidemment rester la priorité absolue pour l’État. Personne ne peut se permettre d’avoir un foyer de contamination sur un chantier. Ni les constructeurs, ni l’Etat. Il faut accepter la situation et se dire qu’arrêter un chantier coûterait bien plus cher que de le ralentir pendant une période !
Le Conseil national s’est vivement opposé à la reprise des chantiers durant la période de confinement…
Le conseil national ne regrette rien ! Tous les élus avaient la même position. Elle était courageuse et responsable. Notre assemblée est la porte-parole des Monégasques et des résidents. Au début du confinement, la population demandait l’arrêt des chantiers pour deux raisons principales : l’application d’un principe de précaution pour tous, et le respect de la tranquillité des résidents confinés. L’État demandait à des dizaines de milliers de personnes de rester enfermées chez elles. Il ne pouvait pas leur imposer en plus de subir les nuisances d’un chantier bruyant sous leurs fenêtres tout en laissant aller et venir en ville des dizaines, voire des centaines d’ouvriers ! Avec le temps, des mesures ont été prises et certains chantiers ont pu reprendre en appliquant des mesures strictes de précaution. Elles étaient indispensables pour protéger les équipes, rassurer la population et permettre la relance des projets le plus rapidement possible après le confinement. Il est très difficile de concilier l’intérêt général, la sécurité de tous et la nécessité de poursuivre les chantiers. Des élus responsables ne pouvaient pas sacrifier la santé en fermant les yeux sur les chantiers !
Les décisions du gouvernement n’ont sûrement pas été simples à prendre et les mesures sanitaires qui sont désormais imposées aux chantiers démontrent bien la difficulté de la situation. Avec le recul, chacun doit s’apaiser et comprendre que les positions des uns ne s’opposaient pas à celles des autres. Notre assemblée mettait en avant légitimement le principe de précaution et de solidarité dans l’intérêt général, quand les constructeurs réclamaient la reprise des chantiers pour des raisons essentiellement économiques. Nous devons désormais regarder devant et travailler ensemble pour relancer les projets, tout en préservant la santé de chacun.
