Docteurs en science du mouvement humain, Mélanie Emile et Jérôme Vaulerin dressent un comparatif entre la pratique du vélo et de la course à pied.
De nombreuses personnes se posent la question de savoir parmi le vélo ou la course à pied lequel de ces sports est le plus efficace pour une diminution de la masse grasse. D’un point de vue physiologique, métabolique et musculaire, ces deux activités sont différentes. La course à pied engage plus de masse musculaire à l’exercice. Dans un deuxième temps, il existe une différence entre les régimes de contraction musculaire. Plus particulièrement, on distingue plusieurs phases distinctes dans la course à pied : une phase avec le contact au sol plus frénatrice, l’appui avec le déroulement du pied, et ensuite la propulsion. A cet instant, le muscle se comporte comme un élastique, et restitue l’énergie qui a été stockée par la phase frénatrice. C’est ainsi, que pour une même intensité d’exercice, la fatigue serait retardée dans la course à pied par rapport au vélo. Ce processus pourrait contribuer à une plus grande oxydation des glucides au détriment des lipides, une lactatémie plus élevée et une réduction du pH qui inhiberait l’enzyme clé dans le métabolisme des lipides, la carnitine.
Masse grasse abdominale
De plus, à la suite d’un exercice à haute intensité, il existe un phénomène qui se nomme « EPOC ; excess post-exercice consumption » définit comme la quantité supplémentaire d’oxygène utilisée par l’organisme après un effort physique. De manière pragmatique, cela signifie que l’on continue à brûler des calories, même après l’arrêt de l’exercice. Cette valeur serait supérieure lors des exercices de course à pied (environ 37 %) par rapport au vélo pour une séance avec des intervalles à haute intensité. On retrouve dans plusieurs études que le travail d’intervalle training à haute intensité (HIIT) permet de réduire à la fois la masse grasse totale viscérale, et abdominale. Les hautes intensités de travail (> 90% FC max) sembleraient diminuer l’adiposité du corps entier, alors que les basses intensités seraient susceptibles de réduire la masse grasse viscérale et abdominale. La balance entre les deux activités pencherait vers la course à pied qui serait plus efficace dans la réduction de la masse grasse totale et viscérale alors que le vélo diminuerait plus la masse grasse abdominale.
Course à pied : gare aux blessures !
Néanmoins, la course à pied génère des forces importantes et complexes comme des ondes de chocs aux pieds, aux jambes, sur chaque appui. Plus spécifiquement, lorsque le coureur atterrit au sol, il y a une force correspondant de 1,5 à 3 fois le poids du corps. Plusieurs études recensent entre 30 à 70 % des blessures musculosquelettiques chaque année. Cette activité doit être effectuée de manière progressive et contrôlée. Les blessures recensées sont localisées sur l’articulation du genou, avec pour la plupart du temps, la survenue de tendinopathie rotulienne, des problèmes de ménisques, des fractures, et les douleurs lombaires. Malgré les avancées techniques, notamment l’utilisation de chaussures spécialisées, l’incidence des blessures dans ce sport ne se réduisent pas. En effet, dans le cas d’une pathologie, d’un traumatisme ou en reprise d’activité, il est souvent conseillé de recommencer l’activité sans impact comme le vélo qui permet à la fois de développer ces capacités cardiovasculaires, respiratoires et musculaires.
Perte de poids : quel est le gagnant ?
En ce qui concerne la perte de poids, la course à pied remporte la première place pour des personnes en bonne santé physique. L’American College Sport Medicine estime que pour une heure de courses à pied, la perte est comprise entre 566 et 839 calories contre entre 498 et 738 calories pour une heure de vélo. Etant donné, le peu de différence entre ces deux activités sur la dépense énergétique, il est essentiel pour une personne en bonne santé de pratiquer l’activité qui lui plait et favoriser un environnement motivant sur le long terme. Dans des conditions parfaites, il serait alors judicieux de combiner ces deux activités dans la semaine en faisant varier les intensités et les volumes d’entraînements pour obtenir les effets bénéfiques conjointement.
