vendredi 1 mai 2026
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    Marc Brincourt « Une photo peut contribuer à changer le cours de l’Histoire »

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    Média – Marc Brincourt, rédacteur en chef du service photo de Paris-Match pendant 40 ans, était l’invité du Monaco Press Club en janvier. ADN du journal, évolution de la photo et du rapport aux stars, l’homme a livré son sentiment en se remémorant ses plus belles années —

    Les anecdotes ne manquent pas à l’heure de raconter une grosse partie de sa vie au service photo de Paris-Match. Pendant 40 ans, il a dirigé le service clé d’un magazine français qui a établi sa réputation sur la photographie. « Nous sommes le seul magazine au monde à proposer 58 pages d’affilée sans publicité. On va pouvoir ouvrir le reportage parfois sur quatre double-pages de photo », rappelle l’ancien rédacteur en chef. Pourtant, la grande histoire de Paris-Match aurait pu ne jamais voir le jour. Le magazine est né en 1949. « Mais pendant un an, la sauce ne prend pas du tout. On est même prêts à mettre la clé sous la porte. Et puis vient toquer à la porte un jeune alpiniste, Maurice Herzog, qui veut nous vendre son expédition à l’Annapurna. C’est vraiment ce reportage qui va lancer Match », situe Marc Brincourt. S’il est bien le premier homme à atteindre ce sommet, c’est la descente cataclysmique de ce sommet himalayen qui va marquer les esprits. « La descente est un enfer. Herzog est obligé de se couper des doigts avec un coupe-ongle. » Publié en 1950, cette édition marque un tournant majeur pour le journal. « C’est depuis que les grands sujets de montagne et de mer ont une grande place dans Match. Ça plait vraiment aux lecteurs. »

    Match et les présidents

    Les grandes heures du magazine sont toujours reliées à la proximité et l’intimité que les photographes de Match ont réussi à tisser avec leurs interlocuteurs. S’il ne reste plus que 2 photographes au journal, celui-ci en a comptabilisé jusqu’à 35 dans les années 1960. Plusieurs sont dédiés à la gestion des présidents de la République française. A commencer par le général de Gaulle qui ouvre ses portes de la Boisserie, sa résidence familiale, à un professionnel de l’image pendant trois jours. « Le rédacteur en chef, en l’apprenant, fait une demande un peu particulière au photographe. Il veut un cliché de la main du général pour la remettre à une voyante qui pourrait analyser ses traits. Le photographe par un subterfuge autour de la photo d’une médaille — la plus chère au général, celle de la Libération — arrive à la ramener. Mais finalement, personne à la rédaction n’osera soumettre cette photo à une voyante », raconte, amusé, Brincourt. De Georges Pompidou, « celui qui a vraiment fait rentrer le people dans la politique » à François Mitterrand « qui entretenait un rapport de père à fils avec le photographe de Match, Claude Azoulay », la vie du journal est indissociable de la vie des présidents. Et puis il y a eu Jacques Chirac… « Un personnage en photo fantastique », tranche Marc Brincourt. Est-ce la même relation de proximité avec Emmanuel Macron ? « Ce n’est plus un photographe de Match mais celui d’une agence de presse. Mais Macron a bien compris que les gens veulent de l’intime. Donc il en donne. »

    « Les paparazzis, c’est vous »

    Les photos de stars ont aussi beaucoup joué pour la réputation du magazine. Brigitte Bardot, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo… Tous sont passés par l’œil de l’objectif de Match. Aujourd’hui, des photos dans l’univers des stars sont beaucoup plus dures à obtenir. « Le reporter type de Paris-Match naviguait dans les mêmes strates de la société. Une vraie relation d’amitié naissait. Ce qui a fait changer les choses, ce sont les agents, les avocats. Il y a 36 barrières à passer pour atteindre la star. Pour une photo de Charlize Theron au festival de Cannes, certes très belle, il faut 15 jours de tractation et il n’y a rien d’intime là-dedans. » Avec les familles royales et princières aussi, les rapports sont étroits. De là à imaginer des pactes passés, il n’y a qu’un pas que beaucoup ont franchi. Mais que Marc Brincourt réfute. « C’est un fantasme ! Par exemple, avec Monaco, c’est une grande histoire avec des hauts et des bas. Mais il n’y a jamais eu le moindre “deal”. » Plus difficile aujourd’hui de faire du Paris-Match pur jus ? « Ce n’est pas simple, concède l’homme. Surtout pour le people. » Quid des paparazzis ? « C’est vous ! assène Brincourt à l’auditoire. Avec leur portable, les gens ne sont même pas discrets. Si la photo d’amateur fait partie intégrante de Paris-Match, avant les gens qui voulaient nous proposer des photos le faisaient par fierté. Aujourd’hui, ils arrivent et nous demandent tout de suite combien on va les acheter. »

    Ère numérique

    L’autre tournant se déroule au moment des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis. « Nous avions 16 photographes dans le staff. Un seul avait un appareil numérique. Entre 15h et 23h, on a reçu 3 000 photos. On a vendu 1,250 million d’exemplaires. C’est là que nous avons pris conscience de notre retard. Beaucoup de photos sont restées coincées dans les tuyaux », regrette encore Brincourt. La semaine suivante, cinq ordinateurs et des stages numériques pour tous les photographes sont organisés. Depuis, le retard a été largement compensé. Le service photo reçoit 25 000 photos par jour contre 1 000 en 2001. Il faut toutes les regarder. Car au milieu se cache celle qui peut tout changer. « J’ai vu des millions de photos dans ma carrière. Mais une chose sur laquelle je ne serais jamais blindé, ce sont les enfants. » Ce jour-là, il voit apparaître la photo du corps du petit Aylan, un réfugié syrien de 3 ans mort noyé. « Elle m’a retourné. On a tous vu un enfant dans cette posture. Mais lui il est mort. Vous vous dites tout de suite que cette photo va rentrer dans l’histoire, qu’elle va bousculer les choses. Une photo peut contribuer à changer le cours de l’Histoire. Celle de la petite fille du Vietnam, brûlée au napalm, avait arrêté la guerre. » Quand la photo est authentique, elle touche forcément le cœur des gens. Et en 25 ans de travail, l’ancien rédacteur en chef n’a eu affaire qu’à deux sessions photos transformées. Celle d’un photographe de l’agence Reuters à Gaza qui avait assombri ses photos pour donner plus de poids aux bombardements. « 700 photos jetées directement à la corbeille. » Et celles publiées dans le Los Angeles Times en Israël « où des corps avaient été ajoutés. » C’est donc par la vigilance et la vérification que Marc Brincourt voit la touche spéciale d’un Paris-Match qui a définitivement marqué sa vie.

    Les trois records de vente du magazine

    1. En 1955, c’est la première visite de la reine Élisabeth II d’Angleterre en France qui affole les ventes du magazine. L’édition qui retrace son parcours, notamment en photo, s’est vendu à 2,3 millions d’exemplaires. Le record de ventes du journal.

    2. En 1970, l’édition revenant sur le décès du général de Gaulle est aussi un grand succès. Plus de 2 millions de magazines seront écoulés.

    3. C’est encore la reine d’Angleterre qui clôture le podium des meilleures ventes de Paris-Match. Et c’est uniquement pour annoncer sa prochaine visite en France prévue en 1957. « C’est vrai que c’est surprenant mais il faut croire qu’à ce moment-là les Français se sont approprié la royauté », commente Marc Brincourt.

     

     

     

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