Médias/Le 14 décembre, l’animateur Jean-Pierre Foucault était l’invité du Monaco Press Club. De retour à Monaco où il incarna l’une des voix phares de Radio Monte-Carlo pendant des années, le maître de cérémonie de l’élection Miss France a évoqué les années monégasques de RMC, son implication à l’Olympique de Marseille mais aussi l’avenir de la radio et de la télévision.
De 1969 à juin 1989, vous avez été l’une des principales voix de RMC avec votre ami Léon. Quels souvenirs reste-t-il de cette période ?
Que de souvenirs… Radio Monte-Carlo, c’était une famille, pas un travail. C’était la radio du soleil, du rire. Nous exercions notre métier en nous amusant. Le patron, c’était à 83 %, l’Etat français et à 17 %, l’Etat monégasque. Et le paradoxe, c’est que notre principal actionnaire ne pouvait pas entendre ce qu’on faisait à Paris… C’était extraordinaire. A l’époque, il n’y avait qu’une ligne qui arrivait au ministère de l’information. Et comme ils ne savaient même pas où était l’arrivée, ils ne nous écoutaient pas… On faisait ce que l’on voulait. Nous étions de sacrés garnements. Bernard Spindler, alors jeune journaliste, a même fait ma nécrologie et me l’a lue à l’antenne !
Après avoir animé de Marseille, vous êtes venu à Monaco. Comment perceviez-vous la Principauté ?
Je vais vous faire une confidence épouvantable (sourire). Quand on m’a dit que je quittais Marseille pour Monaco, je ne savais même pas s’il fallait un passeport, des vaccinations… Je suis partie avec la deux-chevaux de ma mère et c’est ainsi que l’aventure monégasque a commencé. En juillet dernier, j’étais invité par Michel Drucker à ses 50 ans de carrière à Vivement Dimanche. Il m’a fait une énorme surprise. Dans une interview, le prince Albert a confié qu’il m’écoutait avec Léon et m’a dit que j’étais en principauté chez moi… Cela m’a beaucoup touché. A Monaco, j’ai toujours eu un accueil formidable, comme nulle part ailleurs. Quand on a débarqué au Novotel avec ma femme cette semaine, j’ai été encore frappé par le nombre de témoignages de sympathie que j’ai reçu. Sans compter que l’équipe de l’AS Monaco s’était mise au vert au Novotel : les gens qui attendaient les joueurs m’ont demandé des autographes (sourires)…
Monaco, c’est un peu votre pays ?
Mon pays, c’est Marseille et Monaco, ma seconde patrie. J’aime la magie de ce port, j’ai connu Fontvieille qui n’était pas encore le Fontvieille d’aujourd’hui, j’apprécie la courtoisie des résidents, le professionnalisme des personnels de restaurants… On peut traverser la place du casino sans difficulté avec une belle montre ! Ça m’interpelle toujours : je viens de Marseille (sourire) ! Et puis, il y a quelque chose d’extraordinaire ici. Monaco ne fait pas de sur place. La Principauté est même en avance en permanence. Le prince Albert a par exemple soutenu le tour du monde de l’avion solaire Solar Impulse. Et cette démarche environnementale existe depuis 40 ans avec l’accord Ramoge (signé par Monaco, la France et l’Italie, il prévoit une zone pilote de prévention et de lutte contre la pollution du milieu marin, N.D.L.R.). Ce qui est d’actualité en France aujourd’hui sur le plan environnemental, Monaco le fait depuis longtemps…
Vous êtes président de l’association Olympique de Marseille et donc passionné de football ?
En réalité, le football n’a jamais représenté une passion. En 1997, le maire de Marseille m’a demandé d’intégrer l’OM quand Robert-Louis Dreyfus est arrivé (1). Jean-Claude Gaudin m’a alors indiqué qu’il ne voulait pas que l’OM passe de la page des sports à celle des faits divers. Ce qui avait été le cas des années avant… Depuis, la cour des comptes nous a donné son satisfecit et j’étais ravi de voir qu’une bonne gestion était rigoureusement appliquée au club marseillais. Avant d’être maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin était mon professeur d’histoire quand j’étais en seconde et première, et nous avons noué une amitié depuis des années.
Vous vous rendez régulièrement à l’OM ?
Non. Je ne m’immisce pas dans le club professionnel. A l’OM, je suis un des rares bénévoles dans un océan d’argent. L’association OM est là pour assurer la formation des footballeurs en devenir et des amateurs qui rêvent de ressembler aux aînés. Bien sûr, j’ai rencontré Frank McCourt, le nouveau propriétaire de l’OM et Jacques-Henri Eyraud, son nouveau président. Ils sont amoureux du football et ont l’intention de redorer l’image de l’Olympique de Marseille. Le foot français sans l’OM, Monaco ou Nice ne serait pas le même…
Pour les élections régionales 2016, vous avez soutenu Christian Estrosi. Pourquoi ?
J’avais déjà soutenu Jean-Claude Gaudin pour les municipales à Marseille car c’est mon ami, mon maire, qui a eu le mérite de transformer la ville que j’aime. Quant à Estrosi — que je connaissais déjà lorsque je travaillais à RMC —, je l’ai soutenu car le président de son comité de soutien était Jean-Claude Gaudin. Et la vice-présidente, Bernadette Chirac, avec laquelle je travaille pour l’opération “pièces jaunes” depuis longtemps. L’explication est donc très simple. Mais cela m’a causé des tracas dont vous ne pouvez pas imaginer la violence… A Europe 1, on m’a enlevé de l’antenne pendant 3 semaines pour éviter de laisser penser que la station soutenait Estrosi. C’était grotesque. Quand vous faites votre devoir de citoyen, cela devient suspicieux…
Vous êtes une personnalité très populaire dont le soutien ne peut être considéré comme anodin ?
Le soutien d’une personnalité ne change absolument rien au résultat et n’influence personne ! Tous les artistes de gauche s’étaient réunis pour soutenir Lionel Jospin en 2002, et il n’est pas arrivé dans les deux premiers… Il faut avoir du respect pour les citoyens. Ils se forgent leur propre opinion. D’ailleurs, je trouve qu’accorder mon soutien est au final artificiel et je ne le ferai plus, y compris pour la prochaine présidentielle.
Vous n’êtes pas très politisé ?
Non. La politique a cassé un rêve. Celui de Radio Monte-Carlo en 1981. Le directeur général nommé par François Mitterrand a brisé notre outil. Il a bouleversé la grille des programmes, ne voulait plus de courses à l’antenne et a multiplié les émissions de débat sociologique… On faisait 11 points d’audience, on est passé à 9. Même le journal Le Provençal dont le propriétaire était Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, a publié une page entière en disant en substance : “On n’a pas voté Mitterrand pour qu’on nous casse Radio Monte-Carlo”. Que la politique laisse aux professionnels la radio et le spectacle…
RMC était la radio du soleil. Est-ce qu’il ne manque pas un peu de soleil dans les radios d’aujourd’hui ?
C’est vrai. Je l’ai dit au président lors des 40 ans de l’émetteur de Roumoules, à Valensol. Nous étions une radio périphérique. Maintenant, RMC est une radio sur le périphérique…
Vous aimeriez revoir Radio Monte-Carlo à Monaco ?
Oui, cela m’aurait plu mais on ne refait pas le passé. Dans mon bureau, à Marseille, j’ai un bout de l’immeuble de RMC et mon ancien micro, qui me rappellent cette période très heureuse. J’ai gardé mon appartement à Beausoleil. Je suis très nostalgique de cette époque. Mais si j’aime bien me retourner, il faut tout de même aller de l’avant.
Comment voyez-vous l’avenir de la télévision justement ?
L’avenir de la télé, c’est le téléphone mobile. Les audiences à la télé ont été divisées par deux. Maintenant quand on fait 4 millions de téléspectateurs en prime time, c’est formidable. Si j’avais fait ça il y a dix ans, je serais en Guyane avec les fers aux pieds (sourire)… Les réseaux sociaux ont énormément changé la façon de percevoir l’information et le divertissement chez la jeunesse. L’évolution technologique est extraordinaire et cela ne va pas être simple pour les chaînes télévisées de suivre cette mutation.
La radio tire son épingle du jeu ?
Effectivement, mais certaines radios locales souffrent. Le camembert commercial n’est pas extensible…
Cinquante ans de carrière dans l’animation comme Michel Drucker et vous, cela devient rarissime ?
Des collègues qui vont faire 50 ans de carrière ça va se raréfier. Avant on faisait de la radio qui nous plaisait, on ne quantifiait pas l’auditeur, maintenant pour une virgule, un dixième, on vous met dehors. De l’artisanat c’est devenu une industrie, avec les qualités et les défauts des industriels…
La télévision actuelle ne joue-t-elle pas la carte de la facilité en multipliant les émissions de téléréalité ?
Il y a une telle profusion de chaînes, que tout téléspectateur peut façonner sa télévision. Nous avons connu une télévision, tout comme nos parents, où l’on mettait la première chaîne et on n’en bougeait plus… Maintenant, la télécommande, c’est notre âme. Vous pouvez façonner votre télévision en fonction des programmes que vous jugez acceptables. Personnellement, je ne regarde pas la téléréalité et les émissions comme Les Marseillais ou Les Chtis. Sur le satellite, il existe un choix considérable… Certes, les programmes dits fédérateurs n’élèvent pas généralement vers le haut. TF1 n’a pas de fonds publics. Si TF1 fait Koh Lantah, Danse avec les stars, Miss France, c’est car elles génèrent de l’audience et un chiffre d’affaires qui permet à l’entreprise de vivre.
Vous avez marqué les esprits par votre chaleur à l’antenne ?
Si je reçois quelqu’un, c’est que j’ai envie de le connaître. Je n’ai pas envie de recevoir sur mon canapé des gens que j’agresse. Certains peuvent me trouver sirupeux. Je ne suis pas sirupeux mais bien élevé.
A la télévision comme à la radio, le ton des journalistes et animateurs est devenu plus agressif vis-à-vis des invités…
L’époque a changé. Moi non. Dans ma carrière, je n’ai jamais été à la mode. Car quand on est à la mode, on se démode un jour ou l’autre. Je ne suis pas sûr que les émissions qui marchent fort aujourd’hui durent. Aux producteurs et aux programmateurs de s’adapter.
Estimez-vous avoir un fils ou une fille spirituel à la télé ?
Je crois beaucoup en Cyril Hanouna. Il y a ceux qui l’adorent et ceux qui le détestent. Souvent il est dans l’excès. Je lui ai dit de se calmer (sourire). Pour autant, il ne faut pas oublier que son public, ce sont les 10-18 ans. Il ne faut pas calquer un jugement qui nous est personnel mais comprendre l’avis du public qui le fait roi… J’aime Nikos (Aliagas) car il a une vraie culture. Ses interviews sont intelligentes. J’apprécie aussi Sandrine Quétier, qui fait de bons entretiens le samedi soir sur TF1. Pourquoi pas Stéphane Bern qui propose des programmes différents et intéressants… Pour autant, je ne me vois pas de fils ou fille spirituel…
Cyril Hanouna n’est pas seulement un personnage clivant. Il est accusé de harceler son équipe…
Il ne m’a jamais harcelé (sourire)… J’ai travaillé 5 ans avec Cyril (de 2007 à 2011, il présente le jeu La Bonne Touche sur RTL en duo avec Hanouna puis devient son chroniqueur dans Les pieds dans le plat sur Europe 1, N.D.L.R.). Il était mon Léon de RTL… Cyril est resté dans l’ombre pendant des années. Quand on explose du jour au lendemain, parfois cela donne un coup à la tête. Mais je ne me fais pas de souci, l’hématome va disparaître…
Selon vous, donner du divertissement, c’est le plus beau des métiers ?
C’est magnifique. Notre métier, c’est faire oublier les tracas du quotidien. L’élection des Miss, c’est sans prétention. Mais pendant une soirée, il y a 10 millions de personnes qui oublient les tracas du quotidien et les reprennent le lendemain. Tout le monde a des tracas. Moi avant de venir à Monaco, j’ai été convoqué par l’administration fiscale française. Mais même l’inspectrice et son chef m’ont parlé des Miss…
