Article publié dans L’Obs’ n°133 (juin 2014)
ECONOMIE/La Société des bains de mer a présenté début juin un résultat net annuel positif grâce à une vente d’actions. Avec le début de gros travaux pendant au moins 4 ans, le président délégué de la Société des bains de mer, Jean-Luc Biamonti, reste prudent pour les exercices à venir.
> Résultats 2013-2014/
Un bénéfice de 17,3 millions
« Pour la première fois depuis 3 ans, on vous présente des résultats un peu moins mauvais. » Le président délégué de la Société des bains de mer (SBM), Jean-Luc Biamonti avait le sourire le 3 juin. « On n’a pas encore réussi à retrouver la profitabilité. Mais on a inversé la courbe. » Avec un chiffre d’affaires de 472,5 millions d’euros en 2013-2014, contre 424,1 millions sur l’exercice précédent, soit une hausse de 48,4 millions.
Les jeux de table progressent fortement avec un chiffre d’affaires de 207,9 millions d’euros (+18 %). Le secteur hôtelier enchaine les bons résultats, avec 237,4 millions de chiffre d’affaires, soit une hausse de 7 %. A périmètre constant, c’est-à-dire sans comptabiliser les comptes du Méridien sur 3 mois, la hausse est de 3 %. Le revenu locatif 2013-2014 est de 17,6 millions, soit +1,6 million grâce aux résultats du Balmoral comptabilisés sur une année pleine.
Mais sans prendre en compte la vente d’actions Wynn Resorts et les résultats de BetClic, le résultat opérationnel est à -11,8 millions, contre -32,7 millions en 2012-2013. « Ce chiffre reflète la santé réelle de l’entreprise, avec seulement nos activités jeux, hôtels et immobilier locatif. Il ne tient pas compte de Wynn et de nos activités dans BetClic. » Car en ajoutant la vente des actions Wynn qui a rapporté 32,9 millions, et Betclic qui affiche une perte de 3,8 millions, après une perte de 23,4 millions l’an dernier, on arrive à un résultat net de 17,3 millions. L’an dernier, la SBM avait fini son exercice sur une perte nette de 50,7 millions. Aucun action Wynn Resorts n’avait été vendue.
> Hôtel de Paris/
Bientôt plus que 44 chambres
Les boutiques de l’avenue des beaux-arts, de la galerie du Sporting d’hiver et de l’allée Diaghilev touchées par les travaux du Sporting seront relogées dans des boutiques éphémères dans les jardins des Boulingrins. Seule exception : Cartier, qui n’est pas concerné. Ces travaux devraient durer 4 ans. Jean-Luc Biamonti a confirmé le timing pour l’installation de ces 24 locataires. Ces boutiques seront livrées « avant l’été » aux locataires pour leur permettre d’emménager. Ouverture officielle prévue le 3 octobre, avec une soirée spéciale donnée par la SBM à cette occasion. Dans la foulée, l’hôtel de Paris fermera entièrement le 6 octobre pour trois mois. Ce qui permettra de rouvrir avant les fêtes de fin d’année la partie frontale qui donne sur la place du casino pendant les travaux. C’est-à-dire 44 chambres au lieu de 190, le rez-de-chaussée, le bar américain, le Louis XV et la salle Empire. Les travaux se poursuivront dans la partie arrière de cet hôtel de 190 chambres.
86 salariés de cet hôtel étaient menacés de licenciement à cause de ces travaux. Une solution a été trouvée pour 83 personnes, a assuré Jean-Luc Biamonti : « Il reste 3 salariés. Mais on est très optimiste. On devrait trouver une solution. »
Quant à ceux qui continueront à travailler pendant les travaux, les négociations se poursuivent après la grève fin décembre. « On a donné ce qu’ils souhaitaient à ceux qui ont un salaire fixe. » Reste à trouver un accord avec les salariés payés avec un intéressement de 15 % sur le chiffre d’affaires. La direction a proposé de garantir pendant les travaux la rémunération la plus haute reçue sur les trois dernières années. « En échange, ce salaire maximum devient leur salaire de base. Ils changent alors de statut pour avoir un salaire fixe, comme les autres. Ils ne sont donc plus payés à la masse, avec cet intéressement de 15 % », explique Biamonti. Une proposition chiffrée va être présentée aux salariés par la direction au début de l’été.
> Cash/
« Wynn n’est pas un puit sans fond »
La vente des actions Wynn Resorts, c’est fini. « Wynn n’est pas un puit sans fond » a convenu Jean-Luc Biamonti. Sur l’exercice 2014-2015 qui est en cours, une dernière vente a eu lieu en avril. « Si je suis encore là l’année prochaine pour vous en parler, j’annoncerai donc les plus-values enregistrées. » Questionné par la presse afin de savoir si l’entreprise américaine Wynn Resorts pourrait participer à l’augmentation de capital, le président délégué de la SBM s’est borné à un « je ne peux rien vous dire. » Avant d’ajouter : « Au départ, on espérait quelques échanges de salariés ou de publicités réciproques avec Wynn. Mais il n’y a pas eu de grande contribution opérationnelle. Juste quelques échanges publicitaires. En revanche, le deal financier était exceptionnel. »
> Cinéma/
Déménagement au CRI
A partir de septembre, le cinéma situé dans le Sporting d’hiver va déménager temporairement au théâtre princesse Grace, près du centre de rencontres internationales (CRI), situé sur l’avenue d’Ostende. Deux salles de 200 et 80 places seront aménagées selon le président délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti.
> International/
« On va créer des événements »
Pour compenser la baisse de la clientèle de proximité, notamment italienne, Jean-Luc Biamonti a décidé de mettre l’accent sur l’international : « On travaille pour faire venir des clients de Chine, des pays de l’Est et d’Amérique Latine. En Chine et en Amérique Latine, ça commence à porter ses fruits. » Et cela commencerait à fonctionner. « De gros joueurs chinois sont venus récemment pour un tournoi de poker, mais aussi pour le Grand Prix. Depuis, on dialogue avec eux. A nous de nous adapter à ces clients asiatiques en ouvrant 24 heures sur 24. Ou en leur permettant de dîner tout en jouant. » Trois agents de la SBM sont partis en Amérique Latine. Résultat, des Brésiliens sont venus en principauté et d’autres sont attendus cet été. Mais aussi des Argentins. « Ce sont les premiers frémissements. Donc il faut continuer. Notre métier a changé. Car on ne travaille plus seulement avec de la clientèle de proximité. Il faut désormais aller chercher des clients plus loin. Ce qui coûte évidemment plus cher, car il faut les inviter. Ce qui revient plus cher que le charcutier de Bordighera… » Mais cela permet de rapprocher l’offre de la SBM de ce qui est proposé à Vegas ou à Macao, où ces joueurs ont leurs habitudes.
Biamonti reste en tout cas optimiste : « Il faut gérer cette boite avec un horizon de 5 ans. On a deux ou trois ans difficiles à passer. Mais je suis convaincu que les travaux à l’hôtel de Paris et pour bâtir 7 immeubles sur les jardins des Boulingrins sont nécessaires. Le cash-flow additionnel généré par ces deux investissements est estimé à 60 millions. Contre 40 l’an dernier. Donc dans 5 ans, on peut espérer atteindre 100 millions. Ou plus… »
> Augmentation de capital/
« On ne donne pas de noms »
« On ne s’est jamais engagé sur un timing particulier. » L’augmentation de capital pour 180 à 250 millions doit permettre de participer au financement de la rénovation de l’hôtel de Paris et la reconstruction totale du Sporting d’hiver. Des chantiers estimés entre 620 et 680 millions. Au final, l’Etat garderait 60 % du capital de la SBM, contre 69 % actuellement. Ces 9 % permettront à d’autres actionnaires d’investir. « Pour faire avancer les négociations autour de ce projet, on a échangé une parcelle appartenant à l’Etat situées sur l’avenue princesse Alice de 300 m2, contre un parking de 22 places, au-dessus de l’avenue princesse Alice, de 700 m2. Ce qui permet à l’Etat de réaliser son chantier Testimonio 2 », a expliqué Biamonti. Il faut encore que cette parcelle de l’Etat soit déclassée. Ce qui nécessite une loi votée par le conseil national. « L’augmentation de capital dépend du timing de ce déclassement. Pour le moment, on discute. On a quelques idées. Mais on ne donne pas de noms. » La balle est donc dans le camp du président du conseil national, Laurent Nouvion. « C’est un dialogue Etat-conseil national. Pas SBM-conseil national. » Quant au profil du ou des investisseurs, c’est très clair, l’argent ne suffira pas : « L’objectif, c’est de trouver des investisseurs qui soient des partenaires stratégiques de la SBM. C’est-à-dire qu’ils apportent non seulement de l’argent mais aussi qu’ils puissent nous aider à nous développer via des synergies. »
> Statut unique des jeux/
« Je suis plus sceptique qu’Agnès Puons »
Depuis décembre dernier, les négociations ont repris à propos du projet de statut unique pour les salariés des jeux. Un véritable serpent de mer puisqu’à ce jour, aucune direction n’est parvenue à trouver un accord à ce sujet. Depuis début mai, les choses « accélèrent » selon Jean-Luc Biamonti. Tous les matins ou presque, Agnès Puons, secrétaire général et directeur des ressources humaines de la SBM, discute avec les syndicats. « Moi je reste très sceptique. Agnès est plus optimiste que moi. Mais c’est dans son tempérament… » a lancé le président délégué de la SBM. Objectif : parvenir à facilement faire passer les salariés d’une activité à une autre, c’est-à-dire des jeux européens, aux jeux américains ou au Sun Casino.
« La demande de la clientèle évolue. Aujourd’hui, les Asiatiques jouent beaucoup au punto banco. Mais, à cause de ces cloisonnements, on ne peut organiser que 4 ou 5 tables de ce jeu. Or, en période de pointe, on pourrait en ouvrir 10 ou 12 ! Tout le monde reconnait que l’entreprise en souffre », a expliqué Biamonti, en soulignant que la SBM devrait être capable d’offrir aux joueurs le jeu souhaité à l’heure qu’ils veulent. L’adoption d’un statut unique permettrait de supprimer ces cloisonnements et de répondre à cette demande, sans empêcher les spécialisations, a indiqué le président délégué de la SBM. « On travaille pour la génération d’après. Cette génération sera polyvalente et pourra passer d’un jeu à un autre. » Mais c’est délicat. « Il y a des avantages qui existent pour certains salariés ou pour les autres. Chaque fois que l’on touche à quelque chose, on indispose quelqu’un. Et puis, est-ce que les interlocuteurs d’Agnès Puons sont vraiment représentatifs des gens qui les ont envoyé négocier ? », s’est demandé Biamonti. On devrait être fixé assez vite. En effet, dès qu’un accord aura été trouvé entre la SBM et les délégués du personnel et syndicaux, il faudra le soumettre à un vote des salariés.
> Investissements/
Déjà 10 millions pour l’hôtel de Paris
Sur cet exercice 2013-2014, la SBM a investi 79 millions. Notamment avec le rachat pour 15 millions de baux commerciaux dans la galerie du Sporting d’hiver et l’allée Diaghilev pour des commerces qui ne souhaitaient pas être relogés pendant les travaux. Notamment les galeries d’antiquaire et les décorateurs, autour du cinéma.
Du coup, les surfaces libérées seront occupées dans les boutiques éphémères des Boulingrins par de nouvelles marques : Chanel chaussures, Bottega Veneta, Alexander McQueen et Balenciaga.
Vingt millions ont été investis dans la préparation de ces magasins ainsi que pour des études pour le projet du Sporting d’hiver. La finalisation des villas à côté du Sporting d’été a coûté 15 millions. Et la préparation des travaux de l’hôtel de Paris ont atteint 10 millions. « On arrive à 60 millions. Le reste ce sont des investissements courants, comme des rénovations de chambres par exemple. »
> Travaux/
« On va créer des événements »
«Sur le prochain exercice, le périmètre de l’entreprise sera amoindri. Il y aura 3 mois sans l’hôtel de Paris. Puis 3 mois avec seulement 44 chambres à l’hôtel de Paris. Et l’année suivante, on devra travailler avec ces 44 chambres au lieu de 190 pendant 12 mois. » Jean-Luc Biamonti n’a pas cherché à minimiser ce handicap : « On ne va pas se cacher derrière son petit doigt : il nous manquera 146 chambres. » Les clients seront réorientés en priorité à proximité, vers l’Hermitage. Les autres seront accueillis au Beach qui pourrait être ouvert « un peu plus longtemps. » Il y aura donc au moins deux années et demi « difficiles », avant que la partie arrière de l’hôtel ne réouvre progressivement.
Du coup, la direction de la SBM planche pour animer au maximum la place du casino pendant ces travaux qui devraient durer 4 ans. L’Europe de l’est, la Turquie et le Moyen-Orient sont une « forte priorité » pour le président délégué de la SBM. Car la traditionnelle clientèle italienne est en forte baisse. « On ne les néglige pas. Mais au vu des tendances de l’économie italienne, on a du mal à imaginer que c’est de ce pays que viendra la reprise de l’activité de la SBM. Voilà pourquoi on cherche des clients ailleurs. » Du coup, le 22 août, le chanteur Tarkan, « qui parait-il déplace les foules turques » espère Biamonti, viendra chanter dans le cadre du Monte-Carlo Sporting Summer Festival (MCSSF), à la salle des étoiles. « On a mené une grosse opération de marketing en Turquie et on fera venir beaucoup de Turcs » a assuré Jean-Luc Biamonti : « On ne veut pas dire aux gens : « Venez à Monaco bien qu’il y ait des travaux. » Mais plutôt : « Venez à Monaco parce qu’il y a des travaux ! » Car on va créer des événements pour minimiser l’impact de ces travaux. »
> En ligne/
BetClic : « Un fort soulagement »
Associée depuis novembre 2008 à 50 % pour les jeux en ligne avec le businessman Stéphane Courbit dans BetClic Everest Group (BEG), la SBM fait face à des pertes. Mais Jean-Luc Biamonti assure que ça va mieux : « Le redressement commencé depuis 2 ans sur BetClic se poursuit. Et en 2014, ça continue à s’améliorer sensiblement. » En 2012, BetClic a pour la première fois réalisé un cash flow positif opérationnel de 7 millions, puis de 26 millions l’an dernier. Le budget 2014 est en hausse par rapport à 2013. « Après 5 mois d’exercice, on fait pour le moment mieux que le budget. Du coup, on est beaucoup moins inquiet qu’il y a deux ans. C’est un fort soulagement. » Mais à cause de dépréciations suite aux écarts d’acquisition, la SBM enregistre au final une perte de 3,8 millions pour 2013, contre -23,4 millions en 2012.



