mercredi 15 avril 2026
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    Village Charlot à Beausoleil : réussite culturelle ou « folie financière » ?

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    Inauguré le 6 décembre dernier, le Village Charlot à Beausoleil s’est imposé comme l’un des projets majeurs du mandat de Gérard Spinelli. Si le candidat aux municipales Livio Orsi estime qu’il s’agit d’une « réalisation réussie et utile », le projet cristallise les critiques de l’autre candidat, Nicolas Spinelli : explosion des coûts, charge annuelle de fonctionnement trop élevée, absence de parking… L’équipement culturel est devenu un sujet central de la campagne municipale.

    Gérard Spinelli ne s’en cache pas. Il est profondément attaché au Village Charlot qui a d’abord été pour lui une bataille patrimoniale. « Lorsque nous avons acquis le domaine Charlot en 2008, notre intention première était de préserver cette villa de maître et éviter qu’elle ne soit transformée en programme immobilier privé. »  Pour lui, ce domaine n’a jamais été un bien foncier comme un autre, « mais un bien commun, destiné à tous les Beausoleillois. » Le maire sortant insiste sur la vocation sociale, intergénérationnelle et culturelle du lieu, et sur le fait que ce site permette aux Beausoleillois vivant dans des appartements souvent exigus « d’avoir, symboliquement, une pièce en plus. » Oui mais voilà, son fils, candidat aux municipales et principal adversaire, ne regarde pas du tout cet équipement culturel du même œil…

    Un village Charlot surdimensionné ?

    Selon Nicolas Spinelli, le Village Charlot est certes, « grand et beau » mais tout bonnement … « vide ». Une critique que réfute totalement son père.  « Aujourd’hui, le Village Charlot propose des équipements concrets et complémentaires, notamment une bibliothèque qui compte déjà 968 inscrits, indique Gérard Spinelli à l’Obs’. La fréquentation est déjà très élevée, avec plus de 450 passages par jour. Cela montre que le lieu répond à un besoin réel. Il n’est pas surdimensionné, mais pensé pour accueillir des usages multiples, pour tous les âges, tout au long de la journée. »

    Bataille sur les coûts

    Au-delà de la fréquentation, ce sont les coûts investis dans ce projet qui font débat. Nicolas Spinelli parle d’une « folie à 30 millions d’euros » et « d’un fiasco financier ».  Paradoxe politique : celui qui fustige aujourd’hui le projet a pourtant voté pour hier. Il s’en explique : « Quand on appartient à une majorité municipale, on exprime ses désaccords en privé ou en réunion de majorité, ce que j’ai toujours fait, mais pas au Conseil municipal », se justifie-t-il. Ce qu’il dénonce, c’est l’explosion des coûts. Selon le candidat, le projet avait été initialement annoncé en 2019 à 8 millions d’euros, avant de s’établir à 30 millions, dont 25 pour les travaux. « La commune a pris directement en charge 14 millions d’euros alors qu’il était prévu que sa part n’excède pas 3 millions, indique-t-il. Le Village Charlot génère également des frais de fonctionnement estimés à plus d’un million par an ». Selon lui, Beausoleil n’a pas les moyens « d’assumer durablement » une telle charge sans continuer à délaisser les domaines essentiels du quotidien.« Nous avons été nombreux à essayer de raisonner le maire sur l’envolée des coûts, mais personne n’y est parvenu. Il régnait autour de ce projet un dogme inexplicable et irrationnel », ajoute-t-il.   Face à ces critiques, Gérard Spinelli se défend. Il précise à l’Obs’ que la part réellement supportée par la ville s’élève à 10,205 millions d’euros, soit deux fois moins que la requalification du boulevard Guynemer. Il rappelle également que ce projet « a été cofinancé par le ministère de la Culture, la Région, le Département et la Caisse d’allocations familiales, qui ont tous reconnu son utilité pour le territoire. »

    L’absence de parking : Gérard Spinelli dit pourquoi

    À ce niveau de dépense, le fils espérait également que Charlot apporte une réponse au problème du stationnement en centre-ville. « Il n’en est rien puisqu’aucun parking n’a été intégré au projet, regrette Nicolas Spinelli. Alors même que la commune avait déjà investi 7 millions d’euros dans le Centre Culturel Prince Jacques en 2018, et quand on constate ce qui manque à Beausoleil, on comprend facilement l’incrédulité de nombreux Beausoleillois face à ces dépenses. »  Sur l’absence de parking, Gérard Spinelli avance plusieurs raisons. D’abord, le site est, précise-t-il, particulièrement contraint : le terrain est de taille réduite, enclavé, avec de fortes contraintes urbaines et géotechniques. « La création d’un parking souterrain y aurait posé d’importantes difficultés techniques et engendré des coûts très élevés, peu compatibles avec la vocation du lieu », nous explique le maire sortant. Ensuite, le Village Charlot est « pleinement » intégré au centre-ville et bénéficie d’une desserte directe par les escalators publics. « C’est précisément cette accessibilité qui a rendu possible son ouverture : on peut y accéder facilement à pied depuis les parkings existants du centre-ville, ainsi que depuis Monaco. » Le projet n’a donc pas été conçu « comme un site dépendant de l’automobile » mais comme un équipement de proximité, « connecté aux mobilités douces et aux infrastructures existantes ».

    Les résidences d’artistes : le point de bascule pour le fils

    L’un des points qui a fait basculer la situation pour Nicolas Spinelli, c’est surtout la construction des 5 résidences d’artistes du Village Charlot. Le fils assure qu’il a quitté le comité de pilotage du projet en 2021, quand il a été question de les ajouter au projet. Voilà pourquoi, celui qui souhaite « diviser les frais de fonctionnement de Charlot par deux », propose une solution : privatiser ces résidences d’artistes. « On ne peut pas continuer à loger gratuitement cinq familles d’artistes en permanence alors qu’on ne parvient pas à loger les Beausoleillois. » Selon lui, d’autres espaces pourraient aussi être privatisés pour générer des revenus, en proposant par exemple des activités de co-working. « La question du personnel devra également être étudiée : onze personnes ont été embauchées pour faire fonctionner Charlot, alors qu’on manque cruellement de policiers, de cantonniers, de travailleurs sociaux… ». Selon lui, il faut surtout « recentrer l’établissement sur les activités en faveur des enfants et de la jeunesse ». De son côté, le candidat Livio Orsi, n’est pas du tout critique à l’égard de cet ouvrage culturel.  Il considère que « c’est une réalisation réussie et un équipement utile, qui mérite d’être pleinement investi et animé. »

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