Ils paient un meublé touristique pour quelques jours et décident de ne plus partir. Si le scénario a de quoi inquiéter les propriétaires, les professionnels du secteur dénoncent un emballement médiatique et appellent à la mesure : ces cas restent très rares et, bien souvent, liés à des erreurs de gestion. Explications.
Sur la Côte d’Azur, les villas et appartements en location saisonnière marchent du tonnerre. Mais cet été, certains propriétaires ont eu une angoisse : celle de voir leur bien “squatté”. Et pour cause, plusieurs médias ont relayé des cas de locataires de meublés touristiques refusant de quitter les lieux à la fin de leur séjour. Des « squats » 2.0, où les occupants payent leurs premières nuits avant de s’éterniser et de changer serrure et contrat d’électricité. En complément, un discours bien rodé faisant état d’une « situation difficile », souvent « avec enfant à charge » et d’ « une impossibilité de se reloger ». Le problème, c’est que ces “squatteurs” ne sont pas juridiquement considérés comme tels. Entrés légalement dans les lieux — grâce à une réservation et un paiement —, ils ne relèvent pas de la loi « anti-squat » de 2023, qui permet une expulsion accélérée en cas d’occupation illégale. Résultat : les procédures peuvent être longues et coûteuses pour les propriétaires.
« L’an dernier, c’étaient les caméras cachées, avant ça la prostitution… Cette année, c’est le squat »
Les articles parus cet été laissaient penser que le phénomène était de plus en plus récurrent voire épidémique. Mais derrière les titres alarmistes, la réalité est peut-être un peu plus nuancée. Pour Mathieu Morel, vice-président du Syndicat national des professionnels de la location meublée (SPLM) et Co-fondateur du réseau Primo Conciergerie, l’emballement médiatique ne reflète pas une réalité massive. « Chaque été, un sujet Airbnb ressort : l’an dernier, c’étaient les caméras cachées, avant ça la prostitution… Cette année, c’est le squat. C’est un tube médiatique de l’été ». Selon lui, aucune hausse de squat de location saisonnière n’a été constatée. « Nous n’avons enregistré aucun squat parmi nos 300 membres, répartis dans toute la France. Nos conciergeries en France ont accueilli plus des milliers de voyageurs en 3 ans d’activité, sans le moindre incident de ce type » assure-t-il. L’Obs’ a contacté deux avocats niçois spécialisés en droit immobilier pour tenter de le vérifier. Maître Olivier Faucheur confirme qu’« il n’y a pas eu une augmentation de ce type de dossier ». Son confrère Maître Florian Rugo abonde : « Les dossiers de ce type restent rares et n’ont pas augmenté ces derniers temps. Mais dans tous les cas que j’ai pu traiter, c’était la « faute » des propriétaires, aucun contrat de location n’avait été rédigé », souligne-t-il.

« Dans l’immense majorité des cas, le squat est permis par une erreur du propriétaire »
Un constat partagé par Mathieu Morel : « dans l’immense majorité des cas, le squat est permis par une erreur du propriétaire ou du gestionnaire. Le vrai sujet, c’est de le faire de manière professionnelle », insiste-t-il. Selon lui, il y a quatre prérogatives essentielles à respecter pour l’éviter. D’abord, établir un contrat de location courte durée (de moins de 90 jours). La plateforme ne sert qu’à mettre en relation propriétaires et voyageurs, il faut rédiger un contrat en bon et due forme. Il faut également demander une pièce d’identité, ainsi qu’une caution ou une empreinte de carte bancaire. « Attention à ne jamais prendre de caution en espèce », insiste le vice-président du SPLM. Enfin, sur les plateformes, le Scoring (ancienneté, avis…) est important. « Je refuse systématiquement ceux qui n’ont pas un bon scoring », affirme-t-il. En respectant ces prérogatives, le risque de squat, mais aussi de dégradation est largement réduit. Le vice-président du SPLM met par ailleurs en garde les propriétaires éloignés de leur bien en location courte durée. « Si la fin de la location est le lundi à 10h et que le propriétaire est présent, il peut constater un dépassement et appeler la police. S’il a un contrat, et que le voyageur ne le respecte pas, elle pourra intervenir. En revanche, s’il ne vient que deux jours après, que les locataires ont changé serrure et contrat d’électricité, la situation devient plus complexe ». Pour ces propriétaires éloignés, il recommande le recours à des conciergeries ou agences de gestion, « pour éviter les erreurs et garantir un suivi professionnel ». Une préconisation de bon sens, même si Mathieu Morel, VP du syndicat des professionnels de la location meublée, prêche évidemment pour sa paroisse.
Ne pas accepter d’espèces
« La plus grosse erreur que peuvent faire les propriétaires ou gestionnaires, c’est d’accepter de prolonger un séjour en passant en dehors de la plateforme et en se faisant payer en espèces. Dans ce cas, il n’y a aucune traçabilité et le propriétaire a accepté qu’elle reste plus longtemps sans contrat. C’est plus compliqué de faire reconnaître l’occupation illégale », ajoute-t-il. Entre deux locations, lorsque le bien est vacant, il conseille par ailleurs d’installer un détecteur de bruit permettant de vérifier à distance qu’aucune occupation n’a lieu. « Le risque zéro n’existe pas, mais les squatteurs préfèrent les logements gérés directement par des particuliers, souvent éloignés et peu informés qui ne prennent pas de précautions. C’est comme pour les cambriolages : la plupart ont lieu dans des maisons sans alarme », résume Mathieu Morel. S’ils inquiètent à juste titre les propriétaires, les cas de squat de meublés touristiques resteraient donc marginaux mais surtout évitables.
