Hier soir, Paul Watson, légende vivante de la protection des océans et en particulier des baleines, a abordé son combat, ses victoires, ses luttes judiciaires et sa vision de la médiatisation des causes environnementales lors d’une conférence exceptionnelle en Principauté organisée par le Monaco Press Club.
Mercredi 8 octobre 2025, le Monaco Press Club a fait salle comble en recevant Paul Watson, figure emblématique de la défense des océans, cofondateur de Greenpeace et Fondateur de la Sea Shepherd Conservation Society. Plus d’une centaine de personnes se sont réunies à l’Hôtel Métropole pour écouter ce militant écologiste canadien qui a consacré une grande partie de sa vie à la lutte contre la chasse illégale aux baleines.
Une rencontre décisive
Paul Watson a captivé son auditoire en revenant sur l’origine de son combat, lors d’une campagne dans le Pacifique Nord contre la flotte baleinière de l’Union soviétique, lorsqu’il tentait, avec ses compagnons, de s’interposer physiquement entre les baleines et les harpons des chasseurs. « Nous pensions qu’ils ne tireraient pas… se souvient-il. Ils ont tiré sur l’une d’elles. Il y avait du sang partout. Elle s’est jetée sur le navire pour laisser les autres s’échapper. J’ai croisé son regard, et j’ai vu qu’elle comprenait ce que nous essayions de faire. Elle aurait pu nous tuer mais elle a choisi de ne pas le faire. J’ai vu qu’elle avait de la pitié pour les Hommes », raconte-t-il. Les Soviétiques tuaient les baleines pour fabriquer une huile très résistante à la chaleur dont ils se servaient pour la construction de missiles balistiques intercontinentaux. « Je me suis dit, ils tuent ces êtres incroyablement intelligents et socialement complexes pour fabriquer une arme destinée à l’extermination massive. Ce jour-là, j’ai décidé que ma vie serait dédiée à protéger les baleines des humains », poursuit Paul Watson.
5 mois d’emprisonnement au Danemark
Résolument optimiste, le capitaine s’est réjoui d’avoir réussi à réduire de 90% le nombre de pays pratiquant la chasse à la baleine. La Corée, le Chili, l’Espagne ont cessé cette pratique, tout comme l’Australie, qui est d’ailleurs devenue l’un des pays les plus engagés contre cette activité… Aujourd’hui, il n’en reste que trois : l’Islande, la Norvège et le Japon. Son combat a pris un tournant en 2024 avec son arrestation au Groenland par le gouvernement danois. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par le Japon depuis 2012 suite à des incidents survenus en 2010 lors d’opérations contre des baleiniers. Après une détention provisoire de cinq mois, le Danemark a finalement refusé l’extradition vers le Japon. Les autorités danoises ont estimé qu’elles n’avaient pas reçu les garanties nécessaires de la part du Japon, notamment concernant la prise en compte du temps déjà passé en détention. Interpol a depuis retiré la notice rouge le concernant, mais Tokyo continue de faire pression pour obtenir son extradition.
Emmanuel Macron lui a promis la sécurité en France
Son asile politique a récemment été refusé en France et le militant ne souhaite pas retourner aux Etats-Unis ou au Canada. « Je suis certain qu’ils me livreraient au Japon. Trump a récemment rencontré le Premier ministre japonais… je n’ai pas confiance », a-t-il expliqué. Il a annoncé avoir reçu, la veille de la conférence, soit le 7 octobre 2025, un message d’Emmanuel Macron lui assurant qu’il pouvait prendre sa résidence en France et y rester aussi longtemps qu’il le souhaite, sans être inquiété. À la fin du mois, il se rendra au Brésil, où le président lui a également garanti qu’il serait en sécurité.
« Pour que les médias en parlent, il faut du sexe, un scandale, de la violence ou des célébrités »
Face à un public mêlant étudiants, journalistes et professionnels de la communication, Paul Watson a aussi livré une réflexion percutante sur la médiatisation des causes environnementales. « Quatre choses garantissent une couverture médiatique : le sexe, le scandale, la violence et la célébrité. Regardez les histoires dont on parle : il y a toujours au moins un de ces éléments », déplore-t-il. Lui a su en jouer, avec un pragmatisme assumé. Il raconte que son passage en prison a offert à sa cause une visibilité inespérée et que pour la campagne contre la chasse aux phoques, rien n’a été plus efficace que la photo de Brigitte Bardot avec les bébés phoques. « En 2019, pour sauver les bélugas en Russie, j’ai écrit un discours à Vladimir Poutine. Il ne m’a pas écouté, alors j’ai envoyé Pamela Anderson… et ça a marché », poursuit-il amusé. « En Colombie-Britannique (province canadienne), je luttais contre le massacre des loups. J’ai invité l’actrice Bo Derek à en parler. Les journalistes m’ont dit : “Mais pourquoi Bo Derek, qui n’y connaît rien aux loups ? “. Je leur ai répondu que si j’avais fait venir le plus qualifié des biologistes, la salle aurait été vide alors qu’avec elle, ça fera du bruit. C’est exactement comme ça que ça s’est passé », a-t-il terminé.
Assurant que « les problèmes impossibles exigent des solutions impossibles », Paul Watson a rappelé avoir toujours agi dans la non-violence, comme un pirate du bien. Il a offert au public monégasque ultra-attentif, une leçon de courage et de conviction.

