À Monaco, depuis la rentrée, tous les élèves du CM2 jusqu’au lycée doivent enfermer leur téléphone portable dans une housse magnétique distribuée par l’État. Objectif : restaurer l’attention en classe et lutter contre les addictions numériques. Mais gare aux contrevenants : convocation des parents, heures de colle et, en cas de récidive, exclusion de l’établissement sont prévues.
Dans un monde hyperconnecté où le téléphone est devenu une extension de la main, Monaco a choisi de poser un cadre clair et strict pour ses élèves. « La première règle que l’on va appliquer est tout simplement le règlement. L’usage du téléphone portable est interdit dans les établissements scolaires », a indiqué Jean-Philippe Vinci, directeur de l’Éducation nationale de la jeunesse et des sports, lors d’une conférence de presse présentant les nouveautés de la rentrée en Principauté. Pour faire appliquer strictement cette règle, tous les élèves du CM2 jusqu’au lycée ont reçu une housse magnétique individuelle pour y enfermer leur téléphone portable. Distribuée gratuitement par l’État, la housse magnétique agit comme une cage de Faraday : aucun signal n’entre ni ne sort. Les élèves verrouillent eux-mêmes leur téléphone à l’entrée de l’établissement et le conservent dans leur cartable. « Nous serons fermes. Ce dispositif n’est utile que s’il est appliqué. Ainsi, dès que l’élève sortira son portable dans l’enceinte de l’établissement, il sera sanctionné », poursuit Jean-Philippe Vinci.
Convocation des parents, heures de colle et possible exclusion
Quelles sont justement les sanctions qui seront appliquées si l’élève dérape ? « Il y a deux réponses à cette question, précise Jean-Philippe Vinci. La première, c’est l’âge. Il est évident qu’en CM2, ce ne sera pas le même processus que pour les plus grands élèves. Les maîtres et maîtresses seront vraiment très pédagogues. » Pour les plus grands en revanche, la sévérité sera manifestement au rendez-vous. « Si l’élève, je dirais, en toute irrévérence, se balade dans les couloirs en étant en train de téléphoner, ce n’est pas acceptable. Dans ce cas, c’est flagrant, il sera sanctionné. On ne va pas confisquer le téléphone, mais le retenir. L’une des mesures sera d’abord de faire venir les parents récupérer le portable en fin de journée, tout simplement pour leur expliquer la situation. Après ce seront des heures de colle et la sanction pourrait aller jusqu’à l’exclusion. » Et si l’élève perd sa pochette ? Il devra tout bonnement la racheter pour un coût « non pas symbolique mais pas trop élevé », assure encore l’Education nationale. En France, 200 établissements ont déjà testé ce dispositif. Et selon Jean-Philippe Vinci, le bilan est plutôt positif. « Les professeurs sont contents, les parents sont contents, et les élèves sont contents. Au bout d’un certain temps, les jeunes s’habituent. Encore une fois, l’objet n’est pas répressif mais éducatif. »
« Notre devoir est de les libérer de cette tétine numérique »
Si Monaco a décidé d’appliquer ce cadre bien plus strict dans les écoles, ce n’est pas un hasard. Cette mesure entend répondre à une véritable urgence à la fois pédagogique et sociétale. « Quand on parle aux élèves, du petit jusqu’au plus grand, il y a une anxiété généralisée. Elle est évidemment multifactorielle […] L’isolement, le harcèlement, le numérique, les écrans… » Cette mesure vise donc à réduire les distractions, favoriser la concentration en classe, et lutter contre certaines formes d’addiction, sans pour autant rejeter le numérique dans son ensemble. « Très clairement, nous ne luttons pas contre les écrans en général, ni contre le numérique. Ce serait une erreur. […] Ce que l’on cible, c’est l’addiction, l’inattention, le harcèlement. Le temps de l’école, ce n’est pas le scroll, ni le swipe. C’est être face à l’enseignant et avoir l’attention dédiée à ce qu’il fait. C’est central. Aujourd’hui, on a du recul sur les téléphones portables. On voit que les élèves sont isolés, qu’ils manquent de sommeil, qu’ils sont victimes de harcèlement. Notre devoir à l’école, c’est de mettre les enfants en sécurité et de les libérer de cette tétine numérique.» À noter également qu’un couvre-feu numérique sera mis en place de 21h30 à 7h00 pour les collégiens sur les ordinateurs fournis par l’Etat.
