jeudi 16 avril 2026
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    Syrie : « La guerre est finie… sauf pour les Kurdes »

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    Alors que le monde célèbre la fin du régime de Bachar al-Assad, les menaces sur le peuple Kurde persistent. Invité du Monaco Press Club, le journaliste Thibault Izoret qui s’est rendu sur place 15 jours après la chute du dictateur, est revenu sur les coulisses de son reportage en Syrie. Un témoignage saisissant.

     

    « Avec la chute de Bachar al-Assad, la guerre semble terminée en Syrie… mais pas pour les Kurdes ». C’est sur ce point, selon lui sous-traité par les médias occidentaux, que Thibault Izoret, journaliste pour Blast, est intervenu le 17 avril 2025 en Principauté à la demande du Monaco Press Club. Il a signé un documentaire de 50 minutes sur le sujet (Entre la Turquie et la Syrie Post-Assad : quel avenir pour les kurdes du Rojava ?). 

    Le 8 décembre 2024 est une date que la Syrie n’oubliera pas. Celle à laquelle le régime de Bachar al-Assad, au pouvoir depuis plus de vingt ans, a enfin été renversé. Pour le pays, c’est la fin de treize années de guerre civile. Mais au nord-est, où vivent les Kurdes, le climat ne s’est pas détendu. Plutôt que de suivre le flot des journalistes occidentaux installés à Damas pour documenter la fin d’une ère, Thibault Izoret est parti dans la zone autonome administrée par les Kurdes syriens : le Rojava, la semaine du 23 décembre. 

    Les kurdes toujours menacés 

    Répartis entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie, les Kurdes sont environ deux à trois millions dans le nord-est syrien. Minorité historique, longtemps privée de droits — sous Assad, ils n’avaient même pas de nationalité et étaient donc apatrides —, ils se sont organisés en une entité politique et militaire autonome. « Les Kurdes ne réclament pas l’indépendance, ils souhaitent intégrer la nouvelle Syrie et sortir enfin du cycle de guerre », précise Thibault Izoret. Le peuple kurde, il l’observe depuis longtemps, de loin. « Il y a 10 ans, se rendre en Syrie, c’était du suicide », rappelle le journaliste.

    Un accord a été mis en place le 10 mars dernier avec le gouvernement provisoire syrien, présidé par Ahmed Al-Charaa, pour rallier le peuple Kurde à la Syrie. Ce dernier envoie des signes positifs d’inclusion, mais ceux que l’on appelle « le peuple sans terre » restent confrontés à différentes menaces : le voisin turc qui a des velléités dans le Rojava multiplie depuis des années les attaques, les exactions de milices persistent et la menace de l’État islamique continue de planer.

    Un peuple sans terre au cœur d’un pays en ruines

    Son documentaire présente notamment des images de Kobané, ville symbole de la résistance kurde face à Daesh. Un cimetière immense, où reposent des milliers de combattants morts pour défendre leur territoire. Des centaines de photos de proches recherchés… « Mes traductrices m’ont expliqué qu’il n’y a pas un Kurde ici qui n’a pas perdu un proche », raconte Thibault Izoret. Le journaliste a également passé quelques jours auprès des combattantes YPJ, une organisation militaire kurde composée exclusivement de femmes. « Ces dernières sont armées dès 18 ans — parfois même plus tôt — et passent leurs journées entre formation militaire et rondes armées dans la ville ». 

    « Le camp Al-Hol est une poudrière »

    Son voyage le mène par ailleurs au sein du camp d’Al-Hol. Une prison à ciel ouvert qui abrite environ 40 000 personnes suspectées de liens avec Daesh (anciens combattants, femmes, parents, enfants). Le camp, placé sous le contrôle des forces kurdes — considérées comme les principales vainqueures de Daesh en Syrie — est en tension permanente. « Je me suis rarement senti aussi bizarre qu’à Al-Hol… J’étais toujours accompagné d’un garde armé, car cet endroit est en insécurité permanente. Il y a des attaques régulières de Daesh pour libérer des prisonniers. C’est une véritable poudrière ! », raconte Thibault Izoret. Des dizaines de camps comme celui-ci existent dans cette zone syrienne. « Que faut-il faire de ces gens ? Ils sont 100 000 environ en Syrie au total. On ne peut pas les traiter comme du bétail. Les responsables militaires kurdes m’ont dit : si nous renoncions, 100 000 personnes liées à Daesh se retrouveraient libres ».

    Sentiment d’abandon et générations sacrifiées 

    Deux aspects semblent avoir particulièrement marqué le journaliste. D’abord, la surprise des Syriens à la vue d’un journaliste occidental. « Ils se sentent oubliés depuis des années par la communauté internationale », relate-t-il. Ensuite, « ces enfants, nés dans la guerre et qui n’ont connu que ça, des générations entières d’enfants sacrifiés, qui n’ont jamais été scolarisés, qui sont traumatisés par le bruit d’un avion dans le ciel… ». 

    En filigrane de son témoignage, Thibault Izoret évoque aussi la réalité du métier, et en premier lieu le combat à mener pour vendre ce type de sujets à des rédactions, qui ont souvent peur que l’audience ne suive pas (ce qui est effectivement souvent le cas).  Il a par ailleurs tenu à rappeler l’importance de la formation. Avant de partir en zone de conflit, il a suivi celle du Centre national d’entraînement commando de Collioure, ouverte chaque année à quelques journalistes. Un stage extrême, au cours duquel il y a un coxage : il a été simulé prisonnier pendant plus de 7 heures, mis à genoux, enfermé dans une cave et soumis à une pression psychologique intense. « On apprend à survivre, à faire un garrot, à sauter dans le vide. On apprend qu’il faut toujours avoir un paquet de cigarette sur soi car c’est l’argent de la guerre et ça peut permettre de négocier. On apprend aussi à écrire un testament… À 30 ans, ce n’est pas anodin », raconte-t-il avant de préciser que la préparation n’empêche pas les séquelles psychologiques. Le grand tabou du journalisme de guerre, dit-il, c’est la santé mentale. « Je ne peux pas dire que je suis revenu clean de Syrie et d’Ukraine (où il a également passé 6 mois). Mon rapport aux bruits forts et aux autres a changé… Je suis toujours sur mes gardes… Il faut dire ces choses-là » a-t-il terminé. 

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