Une nouvelle recherche sur l’empreinte carbone de l’aviation privée a été réalisée et le Festival de Cannes a fait partie des sujets d’études. En 2023, les jets empruntés pour s’y rendre ont émis 4,8 tonnes de CO2 en 12 jours. Les chercheurs plaident pour une régulation urgente.
Le Festival de Cannes a été récemment étudié dans le cadre d’une étude internationale (1), mais pour des raisons loin d’être flatteuses… L’enquête s’intéressait en fait à l’empreinte carbone des jets privés. Elle a été rédigée par des chercheurs suédois, allemands et danois et publiée début novembre dans la revue scientifique Communications Earth & Environment. Les travaux révèlent que les émissions globales de l’aviation privée ont augmenté de 46 % entre 2019 et 2023. Plus désolant encore, près de la moitié des vols étudiés (47,4 %) ont parcouru moins de 500 km, 18,9 % moins de 200 km et 4,7 % moins de 50 km. Des distances qui auraient très facilement pu être réalisées via des moyens de transport moins polluants. Les chercheurs ont également constaté une tendance saisonnière culminante en été, et tout particulièrement durant les week-ends, vers des destinations comme l’Espagne et la Côte d’Azur, ce qui indique que l’aviation privée est majoritairement utilisée pour les voyages liés aux loisirs.
644 vols privés, 4,8 kt de CO2 émis
Les événements culturels et politiques majeurs ont également été montrés du doigt et le Festival de Cannes a fait partie des sujets étudiés. En 2023, 644 vols privés liés à l’événement ont été recensés. La plupart atterrissent à l’aéroport Cannes-Mandelieu, qui se trouve à seulement 6 kilomètres du Palais des Festivals. En mars dernier, les habitants du secteur avaient protesté contre les nuisances provoquées et réclamé sa fermeture. La prestigieuse compétition cinématographique cannoise a ainsi généré 4,8 kt de CO2 en douze jours, l’équivalent de 2 ans de conduite pour un automobiliste moyen, ou encore l’empreinte carbone annuelle d’un foyer français moyen (énergie et chauffage). Et on ne parle même pas des yachts… C’est quatre fois plus que pour le Super Bowl 2023, pour lequel les jets privés ont émis 1,5 kt de CO2, mais trois fois moins que pour la Coupe du monde de la FIFA qui s’est déroulée au Qatar (14,7 kt de CO2 émis par les jets privés).
« Faire payer les riches »
Conclusion des chercheurs : une réglementation de l’aviation privée est nécessaire pour faire face à l’impact climatique croissant du secteur. « Si nous ne commençons pas à réduire les émissions au sommet, où des individus émettent beaucoup plus qu’un humain moyen, alors personne ne sera incité à limiter ses propres émissions », affirme Gössling. Parmi les implications de cette recherche, la plus importante est « de nous donner l’opportunité de faire payer les riches à la hauteur des dégâts qu’ils provoquent, car oui, il est tout à fait possible de mettre un prix sur ces émissions », a-t-il poursuivi.
1) Gössling, S., Humpe, A. & Leitão, J.-C. L’aviation privée, une contribution croissante au changement climatique. Commun Earth Environ 5, 666 (2024).

