Les nationaux sont-ils favorables à une légalisation de l’avortement à Monaco ? Dans une consultation lancée par le Conseil national, les Monégasques ont répondu à cette question. Et le résultat est sans ambiguïté : les Monégasques ont dit oui à 80%. Les élus ont annoncé qu’ils déposeraient une proposition de loi sur ce sujet.
Serait-ce le début d’une (r)évolution sociétale à Monaco ? Du 11 septembre au 10 octobre 2024, les Monégasques ont été invités à répondre à un certain de nombre de questions sur leur perception de la Principauté et sur les évolutions qu’ils souhaitent pour leur pays (1). Parmi les questions qui ont été posées, l’une concernait l’IVG. Le Conseil national a souhaité savoir si les Monégasques étaient favorables ou non à une légalisation de l’avortement. La question était formulée de la façon suivante, sans l’ombre d’une ambiguïté : « Êtes-vous favorable à une évolution législative rendant légal à Monaco le recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ? ». Et la réponse est tout autant sans ambiguïté. Les nationaux ont dit “oui “à une écrasante majorité. « On s’attendait à une opinion favorable autour de 60 ou 70%. Or, on arrive à 80% d’avis favorables », a indiqué lors d’une conférence de presse Stephan Machère-Doherty, conseil en communication du Conseil national, tout en précisant que ces chiffres étaient « presque embarrassants » étant donné leur ampleur. Dans le détail, 66% se disent “tout à fait favorables“ à une légalisation, 14% se disent “plutôt favorables“, 3% “plutôt pas favorables“ et 5% “pas du tout favorables“. 12 % ne se prononcent pas.
Des élus surpris des résultats
Comment les résultats ont-ils été appréhendés par les élus ? C’est manifestement la surprise qui domine. « Les chiffres sur un plan quantitatif parlent d’eux-mêmes. Mes collègues et moi avons été assez étonnés par ce résultat qui est assez impressionnant. Et lorsqu’on regarde la répartition, il n’y a pas que des jeunes qui sont favorables. Il y a aussi la tranche d’âge supérieure », a assuré l’élue Béatrice Fresko-Rolfo, également présidente de la commission des droits de la famille et de l’égalité. L’enquête révèle en effet que les 55-64 ans ayant répondu à la consultation sont à 80,2 % favorables. De même pour les 65 ans et plus, favorables à 75,7%. L’enquête qualitative menée en parallèle a également permis de recueillir des témoignages sur ce sujet. « J’ai regardé également les verbatim, et ces derniers disaient : “Il est temps d’évoluer » ou encore “Il est temps de montrer que Monaco est une ville moderne » », rajoute Béatrice Fresko-Rolfo tout en insistant sur le fait que cette question concernant l’IVG n’était pas « un levier de pression. C’était plutôt pour avoir un éclairage sur ce que pense la population à ce sujet. »
Lire aussi | Ce que pensent les Monégasques : les principaux résultats dévoilés
Une proposition de loi sur les rails
Cette consultation va-t-elle aboutir à une évolution législative ? Rien n’est moins sûr étant donné le poids de la religion catholique en Principauté. Mais le Conseil national souhaite apporter sa pierre à l’édifice en déposant une proposition de loi sur ce point. « Un texte qui respectera les sensibilités de chacun, c’est très important », a rajouté l’élue Béatrice Fresko-Rolfo sans plus de détail à ce stade. « La société évolue avec son temps. Le droit doit être le reflet de cette société. Des évolutions doivent être apportées. Ce n’est évidemment pas simple car le catholicisme ici est religion d’État. C’est à nous de trouver les bonnes solutions, si tant est qu’il y en ait, car il y a des principes qui se heurtent. Mais à un moment donné, il faut prendre nos responsabilités. Nous prendrons le temps de la réflexion et de travailler à des solutions. Nous ne savons pas encore quelle sera l’issue de nos travaux mais nous allons y travailler ». Une fois cette proposition de loi déposée, reste à voir si le gouvernement acceptera ou non de la convertir en projet de loi. « Nous ne sommes pas seuls décideurs sur le sujet. Mais nous allons être force de proposition », a conclu Thomas Brezzo.
(1) Consultation réalisée par l’institut BVA XSight. Toutes les personnes majeures de nationalité monégasque (inscrites sur liste électorale) étaient invitées à répondre à un questionnaire. 2 768 questionnaires ont été réceptionnés et traités (1 811 questionnaires papier 957 questionnaires en ligne).
