Un rapport d’experts, demandé par l’Exécutif français et remis au gouvernement le 30 avril dernier, met en lumière les graves conséquences de l’utilisation excessive des écrans et des réseaux sociaux par les enfants et les adolescents. Une « hyperconnexion subie » délétère pour leur santé physique et mentale.
Le diagnostic est plutôt alarmant. Intitulé « Enfants et écrans, à la recherche du temps perdu », un rapport d’experts remis à l’Exécutif français, dresse un bilan des conséquences d’une jeunesse envahie par la présence des portables et des réseaux sociaux. Ce document de 142 pages est le fruit de trois mois de travail. Environ 150 jeunes ont été rencontrés et plus d’une centaine d’experts et de professionnels ont été auditionnés. « Après trois mois de travaux, la Commission a acquis la conviction qu’elle devait assumer un discours de vérité pour décrire la réalité de l’hyperconnexion subie des enfants et des conséquences pour leur santé, leur développement, leur avenir, pour notre avenir aussi », indiquent en préambule les experts qui dénoncent tout d’abord la place prépondérante que le téléphone et les réseaux sociaux ont pris dans la vie des jeunes : « Les enfants sont très largement exposés — 10 écrans en moyenne par foyer ! — et de plus en plus jeunes, aux écrans, que ce soit au sein de leur domicile, à l’école, ou encore dans l’espace public. »
Obésité et problèmes de vue
Le rapport note également « qu’un consensus scientifique » se dégage sur les effets néfastes d’une telle exposition sur la santé somatique des enfants et des adolescents. En substance : déficit de sommeil, sédentarité, manque d’activité physique, obésité (et ensemble des pathologies chroniques qui en découlent), ou encore problèmes de vue avec le développement de la myopie et des risques possibles pour la rétine liés à l’exposition à la lumière bleue. « Des interrogations, non encore tranchées par la science, sur les effets de l’exposition aux ondes électromagnétiques ainsi que sur l’impact éventuel de l’exposition à des substances présentes dans les terminaux numériques et reconnues comme étant des perturbateurs endocriniens invitent, à ce stade, à la prudence », rajoute le rapport.
Troubles émotionnels
Avec l’omniprésence des portables, les experts dénoncent en outre « la perte de communication directe entre parents et enfants » et pointent du doigt les dangers que représentent les réseaux sociaux, sources potentielles de dépression et d’anxieté pour les adolescents, qui vivent déjà une période de vulnérabilité sur le plan psychocomportemental. « La perte de communication directe entre parents et enfants, remplacée par des interactions numériques, menace le développement émotionnel de toute une génération », alerte encore le rapport. De plus, l’accès non maîtrisé des enfants aux écrans et l’insuffisante régulation des contenus auxquels les mineurs peuvent être exposés, en matière de pornographie et d’extrême violence, « font peser un risque élevé sur leur équilibre, voire parfois leur sécurité, a fortiori si le dialogue avec les adultes n’est que peu construit. Ils soulèvent, plus largement, des questions sur le plan sociétal, par exemple avec la diffusion massive de certains stéréotypes ou représentations délétères sur les relations entre les hommes et les femmes, sur la sexualité, sur le “vivre ensemble”. Les risques d’enfermement provoqués par les bulles algorithmiques doivent être davantage considérés, et les représentations délétères déconstruites. »

« Une forme de marchandisation de l’enfance »
Ce rapport met également en lumière les stratégies déployées par certaines entreprises numériques pour capter l’attention des enfants, en utilisant des biais cognitifs pour les rendre dépendants aux écrans. Cette exploitation commerciale des jeunes utilisateurs, notamment par des modèles de jeux d’argent et de microtransactions, est considérée par ces experts comme une forme de marchandisation de l’enfance inacceptable. Le rapport critique sévèrement ces pratiques : « Les enfants ne doivent pas être traités comme des produits à commercialiser. Les techniques sophistiquées utilisées pour capter et monétiser l’attention des plus jeunes sont moralement inacceptables et doivent être fermement réglementées. »
Quelles recommandations ?
Pour lutter contre cette hyperconnexion, la Commission a ainsi émis une série de recommandations. Elle estime qu’il n’est pas opportun que les enfants disposent de téléphone portable avant l’âge de 11 ans, soit l’entrée dans le secondaire. « A partir de 11 ans, s’ils disposent d’un téléphone, il est recommandé que celui-ci ne puisse pas être utilisé pour se connecter à Internet », rajoute le rapport. A partir de 13 ans, s’ils disposent d’un téléphone connecté, il ne doit pas permettre d’accéder aux réseaux sociaux ni aux contenus illégaux. « Enfin à compter de 15 ans, âge symbolique de la majorité numérique, l’accès aux réseaux sociaux soit limité à ceux pourvus d’une conception éthique », conclut le rapport.
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