vendredi 1 mai 2026
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    Ceinture de sécurité non-obligatoire à Monaco : « C’est une erreur monumentale »

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    C’est un bilan tragique. En 2023, six personnes ont perdu la vie sur les routes de la Principauté. Patrick Rinaldi, président de l’association Prévention routière monégasque, évoque dans cette interview les points qu’il faut améliorer selon lui en matière de sécurité routière. Cet ancien inspecteur de permis de conduire durant 15 ans, estime notamment qu’il faut rendre la ceinture de sécurité obligatoire, et renforcer les contrôles d’alcoolémie et de vitesse.

    Le port de la ceinture de sécurité n’est pas obligatoire à Monaco, ce qui peut surprendre. Pourquoi cette tolérance a-t-elle été instaurée en Principauté ?

    La vitesse sur les routes monégasques étant limitée à 50 km/h, un principe s’est imposé en Principauté selon lequel la ceinture de sécurité n’est pas essentielle, alors que c’est bien évidemment faux. C’est même une erreur monumentale. À basse vitesse, on peut aussi être confronté à un choc instantané. La ceinture de sécurité, dans ce cas-là, est aussi très utile. Nous avons pris de mauvaises habitudes.

    D’autant que sur certaines lignes droites en Principauté, sur la voie rapide ou sous le tunnel du Fairmont par exemple, on voit souvent des véhicules dépasser largement les 50 km/h…

    Effectivement, sur ces portions des records ont été enregistrés. Sur les radars pédagogiques qui ont été installés, on a pu noter des vitesses dépassant largement les 100 km/h.

    La ceinture de sécurité devrait-elle selon vous devenir obligatoire en Principauté ?

    La réponse est clairement oui.

    Dans le dernier accident qui a coûté la vie à deux jeunes étudiantes le 17 décembre dernier, avaient-elles une ceinture de sécurité ?

    Je n’ai pas connaissance de cet élément, mais étant donné l’état dans lequel était le véhicule, le conducteur devait sans doute rouler à plus de 100 km/h. À ces vitesses-là, y compris avec des voitures modernes, une ceinture de sécurité, et un airbag, malheureusement, l’issue est souvent mortelle. De plus, le choc a été frontal.

    Les six décès qui ont eu lieu en 2023 sur les routes monégasques ont-ils tous un lien avec l’alcool ?

    Oui, alcool et vitesse. Le cocktail, malheureusement, souvent fatal. De plus à Monaco, étant donné qu’il y a un niveau de vie relativement aisé, les jeunes roulent avec des voitures puissantes.

    Comment expliquer ce bilan si dramatique ?

    Plus qu’un problème individuel, c’est un problème sociétal. Je m’explique. La Principauté est un pays très ouvert sur l’international et une habitude anglo-saxonne, qui est celle d’aller boire des verres après le travail, s’est largement propagée. De mauvaises habitudes ont été prises. De plus, il y a eu l’arrivée de nombreux jeunes au sein de l’Université internationale de Monaco. C’est donc un problème de comportement et d’éducation.

    Sûreté publique Monaco sécurité routière
    « Il n’y a pas de radar fixe en Principauté, mais uniquement des contrôles menés, de temps en temps, par des policiers avec des radars mobiles. Là encore, il faudrait un renforcement. » © Photo L’Observateur de Monaco

    Que préconisez-vous pour éviter de tels drames ?

    De la prévention sur les dangers de l’alcool est déjà effectuée dans les établissements scolaires monégasques, mais il faudrait sans doute l’élargir à l’Université internationale, en insistant sur cette idée que si un copain se tue sur la route, c’est aussi parce que les autres ne l’ont pas retenu… Une personne qui a bu est euphorique. Elle ne perçoit pas nécessairement qu’elle peut se mettre en danger et mettre en danger les autres. C’est donc aux autres qui sont autour d’intervenir. C’est toute cette éducation qu’il faut mettre en place à Monaco et qu’il n’y a pas. Une sensibilisation qu’il faudrait également étendre aux salariés de la Principauté. Lorsque nous intervenons dans les entreprises et les sociétés monégasques, l’un des éléments les plus dangereux sur lequel nous insistons est aussi l’habitude. Sur les trajets travail-maison opérés de manière répétée et quotidiennement, il a été constaté que la vigilance baisse et que le risque d’accident augmente.

    Mettre en place des affiches de sensibilisation à Monaco sur les dangers de l’alcool et des stupéfiants, ou bien des spots télévisuels comme on peut en voir en France, serait-ce une bonne idée ?

    Pourquoi pas de l’affichage dans les rues de Monaco ? En revanche, les spots télévisuels, je n’y crois pas du tout. Cela fait gagner de l’argent à des agences de communication, mais l’impact est, je pense, très limité. Le fait d’aller dans les écoles, les universités et les entreprises pour faire de la sensibilisation auprès de la population est selon moi beaucoup plus efficace.

    Six morts en 2023 sur les routes monégasques. Il s’agit du pire bilan en Principauté. Y aura-t-il un avant/après cette année dramatique en matière de sécurité routière à Monaco ?

    Je le souhaite et je l’espère… Ce n’est pas qu’une volonté du gouvernement. C’est en réalité une volonté de tout le monde.

    Le ministre d’État, Pierre Dartout, a déclaré être personnellement favorable à l’instauration de contrôles d’alcoolémie inopinés en Principauté. Qu’en pensez-vous ?

    J’y suis tout à fait favorable. À Monaco, il n’y a pas de contrôles d’alcoolémie et de vitesse systématiques. Le fait d’installer un barrage et de contrôler à la chaîne un grand nombre de véhicules n’est pas autorisé. Il faudrait effectivement modifier le texte législatif pour que les policiers soient autorisés à pouvoir mener ces contrôles inopinés.

    À la sortie des bars ou des boîtes de nuit par exemple ?

    Oui, par exemple.

    Les contrôles d’alcoolémie s’opèrent à quel moment à Monaco ?

    En cas d’accident, et si l’on voit qu’il y a un problème avec le véhicule ou si la conduite peut apparaître hésitante.

    Qu’en est-il pour la vitesse, y a-t-il des radars en Principauté ?

    Il n’y a pas de radar fixe en Principauté, mais uniquement des contrôles menés, de temps en temps, par des policiers avec des radars mobiles. Là encore, il faudrait un renforcement.

    En France, l’âge légal pour passer le permis de conduire a été abaissé d’un an depuis le 1er janvier 2024. Ce changement a été décidé essentiellement pour permettre aux jeunes vivant en milieu rural de pouvoir se déplacer. Le permis à 17 ans, est-ce pertinent à Monaco, et pensez-vous qu’il sera également instauré ?

    Étant donné que la Principauté suit souvent la France, je pense que l’on va finir par y arriver un jour. Si une personne est apte à conduire, qu’elle ait 17 ou 18 ans, cela ne change rien à mon sens. C’est une question de maturité. Donc, pourquoi pas ?

    La conduite accompagnée à Monaco n’existe pas. Pourquoi ?

    Il faut savoir qu’en France, les jeunes conducteurs qui réalisent une partie de leur formation en conduite accompagnée ne peuvent pas conduire en dehors des frontières françaises, même sous la surveillance de leur accompagnateur. Ils ne peuvent donc pas conduire à Monaco. De la même manière, un jeune qui ferait de la conduite accompagnée à Monaco ne pourrait rouler qu’en Principauté. L’intérêt est donc assez limité. Aucun accord n’a jamais été trouvé avec la France. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de réelle volonté politique pour changer la législation dans ce domaine.

    Instaurer le permis à point à Monaco, est-ce une bonne idée ?

    Je suis contre. Le permis à point en France est devenu une véritable usine à fric. Il faut savoir que vous pouvez vous inscrire à des stages de récupération de points en payant. Vous trouvez les adresses de ces stages sur internet. À Monaco, lorsque vous commettez une infraction, les choses sont claires : si c’est un permis monégasque, on vous retire le permis de conduire pendant un mois, deux mois, ou six mois en fonction de la gravité des faits. Et si c’est un permis de conduire étranger, on vous interdit de conduire en Principauté.

    Quels sont les contrôles menés en Principauté pour s’assurer qu’une personne âgée est encore apte à conduire ?

    À partir de 65 ans, il y a une visite médicale obligatoire à passer auprès de son médecin généraliste. Ce que je souhaiterais, c’est que cette visite médicale soit effectuée auprès d’un médecin de la direction de l’Action sanitaire. Car dans ma carrière, j’ai pu voir des généralistes accorder une autorisation de conduire à leurs patients pour leur faire plaisir, alors qu’ils n’étaient, de toute évidence, plus du tout aptes à conduire. Il peut être difficile de dire à une personne âgée qu’elle ne peut plus utiliser son véhicule. C’est toujours délicat. J’ai eu à le faire durant ma carrière. J’ai vu des personnes en larmes, car elles ont le sentiment de perdre leur liberté. Elles se disent que c’est fini. Alors qu’à Monaco, il y a tout ce qu’il faut pour que les personnes âgées puissent se déplacer facilement. Mais cela reste une perte de liberté, c’est évident.

    Y a-t-il un âge limite pour conduire à Monaco ?

    Non, il n’y pas d’âge limite en Principauté. Je suis d’ailleurs contre toute notion d’âge. La seule notion qui importe selon moi est l’aptitude, ou non, à conduire.

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