jeudi 16 avril 2026
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    Christian Louboutin : « Je considère la princesse Caroline comme une de mes bonnes fées »

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    Après un premier volet à Paris, le deuxième chapitre de l’exposition de Christian Louboutin, L’Exhibition[niste], était à Monaco jusqu’au 28 août 2022 au Grimaldi Forum. Une exposition qui a réuni au total 37 000 visiteurs en 51 jours.  Pour l’occasion, le créateur de la fameuse semelle rouge nous a accordé une interview.

    Pouvez-vous nous raconter d’où provient votre amour du soulier ?

    Je suis né à Paris, j’ai grandi dans le 12ème arrondissement près du Palais de la Porte Dorée, à l’époque le Musée des Arts Océaniens et Africains. A chaque fois que je m’y rendais, je voyais ce croquis sur un panneau de signalétique qui interdisait le port de souliers à talons hauts. On était dans les années 70, je n’avais jamais vu de talons aiguilles, c’était une forme des années 50. A cette époque, le bout des talons était en métal et risquait de rayer les parquets en bois précieux du Palais ainsi que de faire sauter les émaux des mosaïques. Ce croquis m’a longtemps interrogé puisqu’il avait l’air d’un dessin imaginaire qui parlait d’un soulier de femme qui néanmoins n’existait pas. C’est avec ça en tête que j’ai commencé à imaginer des souliers et que j’ai compris que tout commençait par un dessin. Puis on m’a offert quelques années plus tard un livre sur Roger Vivier (créateur de mode français spécialisé dans la chaussure N.D.L.R) et c’est là que j’ai compris que cela pouvait être un vrai travail. J’ai depuis plus de trente ans transformé cette passion en mon métier.

    Quels artistes ont été une source d’inspiration pour votre travail ?

    Roger Vivier au-delà d’être une inspiration a été un mentor. Mais je regarde assez peu la mode, je préfère les artistes, les artisans et les paysages. L’inspiration peut surgir de n’importe où, n’importe quand, d’une association de couleurs sur une fleur, une rencontre, une odeur, un détail architectural… Une partie de ces inspirations est présente dans la deuxième partie de l’exposition au sein du musée imaginaire. N’y sont pas faits de liens purement explicites entre mes souliers et les pièces présentées ici mais elles constituent un corpus d’inspirations plus ou moins récentes qui habitent mon travail. Cela peut être aussi bien des œuvres signées par Warhol, Kingelez, Gilbert & George, que des pièces d’artisanat signées ou non, réalisées par Constant Roux, des maîtres Kachinas ou des céramiques populaires, que des éléments issus de la nature comme les coraux et coquillages empruntés dans les réserves du Musée Océanographique.

    © Photo Marc Domage

    « Joséphine Baker qui a trouvé refuge à Monaco à la fin de sa vie auprès de la Princesse Grace, a été une grande source d’inspiration. J’admire la force et la beauté de ses engagements »

    La Princesse Caroline a été l’une de vos premières clientes. Quels liens entretenez-vous avec elle, et plus largement, avec la famille Princière ?

    Alors que je venais juste d’ouvrir ma première boutique rue Jean-Jacques Rousseau à Paris en 1992, est entrée la Princesse Caroline. Tout à fait par hasard car elle se rendait en réalité dans une des galeries du Passage Vero Dodat. Elle a acheté quelques paires puis et revenue quelques mois plus tard alors qu’était présente dans la boutique une journaliste du magazine américain W qui faisait un papier sur les nouvelles boutiques à Paris. Immédiatement les clients et les acheteurs ont afflué. Depuis, celle que je considère comme une de mes bonnes fées, est devenue une amie fidèle.

    Que représente Monaco pour vous ? Pourquoi avoir choisi la Principauté pour ce deuxième chapitre de l’Exibition(niste) ?

    Monaco, c’est la concentration sur quelques kilomètres carrés d’une très riche histoire culturelle du fait de son positionnement au carrefour de la Méditerranée, et d’une famille princière qui intrigue depuis des décennies. J’aimais l’idée qu’après Paris l’exposition parte en villégiature au soleil avant de filer sur d’autres continents. Par ailleurs, le Grimaldi Forum, par son architecture, un plateau libre de 2000 mètres carrés, m’a permis d’expérimenter des volumes et des formats qu’il n’était pas possible d’intégrer dans la version parisienne de l’exposition.

    « Alors que je venais juste d’ouvrir ma première boutique rue Jean-Jacques Rousseau à Paris en 1992, est entrée la Princesse Caroline. Tout à fait par hasard […] Elle a acheté quelques paires puis et revenue quelques mois plus tard alors qu’était présente dans la boutique une journaliste du magazine américain W »

    Christian Louboutin
    © Photo Marc Domage

    Pour cette exhibition, le Nouveau Musée National de Monaco a prêté plusieurs œuvres particulières, comme la coiffe portée par Josephine Baker en 1974. Quel message voulez-vous transmettre ?

    Plus qu’une rétrospective, l’exposition est un hommage à toutes les personnes, artistes et artisans qui m’ont inspiré depuis plus de trois décennies. Joséphine Baker bien sûr, pour sa force et la beauté de ses engagements, pour la famille arc-en-ciel que j’admire, elle qui a trouvé refuge à la fin de sa vie à Monaco auprès de la Princesse Grace. Mais aussi les Ballets Russes de Diaghilev qui trouvèrent à Monaco au début du XXème siècle une terre propice à l’expression des avants gardes artistiques et dont la maquette de Jack in the Box sera exposée dans le Musée Imaginaire.

    Christian Louboutin
    HOMMAGE — « Plus qu’une rétrospective, l’exposition est un hommage à toutes les personnes, artistes et artisans qui m’ont inspiré depuis plus de trois décennies. » © Photo Jean-Vincent Simonet

    Allen Jones, l’artiste mythique du Pop Art anglais aura un espace immersif futuriste dans l’exposition. Pourquoi lui ?

    Je connais le travail d’Allen Jones depuis des décennies mais je n’ai eu l’occasion de le rencontrer que récemment. Quand on s’intéresse au dessin, au tracé, aux lignes, on comprend très vite qu’Allen Jones est un des rares artistes au monde à savoir parfaitement dessiner une jambe, son coup de pied, et la tension d’une femme sur des talons. C’est passionnant pour quelqu’un comme moi qui esquisse des souliers tous les jours. A quatre mains, nous avons décidé de mettre en mouvement une de ses sculptures inanimées depuis plus de cinquante ans, Cover Story. A l’aide de scanners 3D, nous l’avons modélisé avec son armure de résine pailletée, et nous avons imaginé les souliers Cover Girl, qui n’existent que pour cette œuvre.

    Christian Louboutin et Allen Jones
    Christian Louboutin et Allen Jones © Studio Allen Jones

    « Je connais le travail d’Allen Jones depuis des décennies mais je n’ai eu l’occasion de le rencontrer que récemment. Quand on s’intéresse au dessin, au tracé, aux lignes, on comprend très vite qu’il est l’un des rares artistes au monde à savoir parfaitement dessiner une jambe, son coup de pied, et la tension d’une femme sur des talons »

    Vos créations ont été portées par les plus grandes stars (Jennifer Lopez, Beyoncé, Leonardo Di Caprio…) Comment se renouvelle-t-on lorsqu’on est une figure incontournable du monde de la mode ? Vous avez notamment expérimenté des matériaux inédits ou rarement utilisés comme le bois de palmier ou des peaux de poissons…

    Les expérimentations de matières ou de textures arrivent dans un second temps. L’essentiel pour moi est de rester curieux et ouvert aux autres, tout en conservant l’enthousiasme qui m’anime depuis mes débuts et, plus important encore, en restant libre. C’est ainsi que je mène et ma vie personnelle et ma vie professionnelle.

    Vous avez répondu à des commandes spéciales, notamment pour Michael Jackson en 2009. Cette collaboration n’a malheureusement pas abouti ?

    J’étais évidemment très excité de travailler pour lui mais effectivement le sort en a décidé autrement puisqu’il est mort une semaine avant notre rencontre.

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