SOCIETE/Alors que l’an dernier les accidents de la route ont coûté la vie à 4 personnes, Monaco ne compte pas miser sur les radars.
«C’est beaucoup trop ! Avec 232 accidents corporels en 2011, on a enregistré une hausse d’environ 12 %. Ce n’est pas acceptable. C’est un véritable gâchis humain. » Le 24 janvier, la colère froide du conseiller pour l’Intérieur, Paul Masseron, était palpable. Excédé par les accidents qui ont coûté la vie à 4 personnes l’an dernier, Masseron n’envisageait pourtant pas de miser sur des radars fixes.
Peur
« Pas sûr que la solution soit d’installer des radars fixes, jugeait alors le conseiller. Parce que les automobilistes freinent avant le radar et accélèrent juste après. Et puis, sur un territoire de seulement 2 km2, pas sûr que ça soit vraiment judicieux. » Interrogé par L’Obs’, Paul Masseron n’a pas changé d’avis. Toujours pas convaincu de l’utilité d’installer des radars de vitesse en principauté, il estime qu’il est « difficile d’établir une relation directe entre l’installation de radars automatiques et une réduction du nombre d’accidents. » Tout en admettant que la peur du PV pousse les automobilistes à lever le pied, le conseiller va plus loin en estimant que les radars peuvent « parfois générer des risques, du fait d’une brusque décélération du véhicule. »
De toute façon, impossible d’installer des radars automatiques en principauté, tant que les textes de loi n’ont pas été modifiés. « Il faut un texte spécifique dans le code pénal et dans le code de la route. C’est d’ailleurs le cas en France et en Italie, confirme le ministre d’Etat Michel Roger. Mais les radars pédagogiques ont des vertus. Surtout qu’assez souvent près de ces radars, on a des radars avec des policiers qui flashent. Donc la pédagogie combinée à l’incertitude de se retrouver peut-être face à un policier, ça devrait contribuer à faire baisser les accidents. »
Tout en militant bien entendu pour que tout le monde roule à une vitesse adaptée aux caractéristiques de la route et aux conditions environnantes, le conseiller pour l’Intérieur est très clair : « La taille de la principauté, la configuration de ses artères, l’importante présence policière qui y est assurée, le nombre relativement faible d’accidents corporels enregistrés, conduisent à ne pas considérer l’installation de radars automatiques comme une priorité. »
Vitesse
La logique du gouvernement sur ce dossier n’a donc pas changé. Même si, des radars « pédagogiques » ont été installés (voir encadré par ailleurs). Objectif : attirer l’attention des automobilistes sur leur vitesse. « Les contrôles associés à ces équipements montrent l’efficacité de ces derniers », estime Masseron.
Quant à la proposition du journaliste indépendant Denis Boulard de miser sur l’installation de ralentisseurs, l’idée ne semble pas vraiment emballer le gouvernement. Même si on en trouve déjà sur l’avenue princesse Grace, cette stratégie comporte quelques failles pour le ministre d’Etat : « C’est assez compliqué à installer. Et puis, c’est dangereux pour les deux-roues et bruyant pour les voisins. »
De toute façon, pour convaincre, il y a aussi le volet répressif. En février, le gouvernement a d’ailleurs annoncé que les délais de comparution devant la commission technique spéciale (CTS), en charge des sanctions pour les automobilistes, étaient raccourcis. Pari tenu, puisque selon le gouvernement, le délais de convocation devant la CTS a été ramené de 2 à 1 mois. « Il y a aussi plus de contrôles », affirme Masseron. Résultat, depuis le début de l’année, 70 automobilistes sont passés devant la CTS, contre 45 en 2011. Soit une hausse de plus de 60 % sur le premier semestre.
Sur les trois dernières années, on note une baisse du nombre de contraventions l’an dernier : 37 000 PV en 2009, 38 000 en 2010 et 32 129 en 2011. « Sur le premier trimestre 2012, on a enregistré 8 548 PV : 6 742 infractions au stationnement, 240 excès de vitesse et 28 vitesse excessive, 444 usages du téléphone au volant et 22 franchissements feu rouge », explique la sûreté publique. Quant aux PV liés à la vitesse, on était à 402 en 2010, avant d’enregistrer un pic avec 501 contraventions en 2011. Une certitude, avec 521 fonctionnaires de police dont 372 en tenue, des effectifs stables depuis 2010, la sûreté publique n’entend pas relâcher la pression.
Stratégie
En parallèle, la police a lancé des campagnes de prévention. « En mars, c’était sur l’état des pneus, en avril sur les avertissements pour changer de direction et en juin, c’était l’usage du téléphone au volant », détaille Masseron. Du 27 février au 25 mars, c’est donc l’état des pneus qui a été ciblé : environ 210 véhicules ont été mises en conformité, surtout des deux roues. 32 PV ont été dressés et 178 avis d’observation ont été adressés. « Du 16 au 29 avril, la campagne sur les avertissement de changement de direction a permis de rappeler à l’ordre 377 usagers et de verbaliser 125 conducteurs. Soit un total de 502 usagers de la route contrôlés », affirme la sûreté publique. Avant d’ajouter : « Au total, 1 529 auteurs d’infraction au code de la route ont été rappelés à l’ordre (755) ou verbalisés (774). »
« Excès »
Reste à savoir si cette stratégie globale sera payante. « Sur le début 2012, le nombre d’accidents est à peu près le même que l’an dernier. Mais la grande différence, c’est qu’on n’a aucun mort, alors qu’on en a eu 2 en 2011 », ajoute le conseiller pour l’Intérieur. En revanche, 70 % des accidents concerne toujours les deux-roues. « C’est un sujet pour le gouvernement, a insisté le ministre d’Etat, Michel Roger. On n’est pas résigné devant la fatalité des accidents. On a fait des efforts, à la fois en prévention et en répression. Ces efforts vont continuer. Et on ne pourra plus appeler la voie rapide « la voie rapide » : ça reste tout simplement une voie à 50 km/h ! »
En tout cas, une réflexion est toujours en cours sur le calcul du montant de l’amende pour excès de vitesse. Un montant actuellement fixé à 22,50 euros quel que soit le dépassement enregistré. En clair, qu’on soit flashé à 55 km/h ou à 175 km/h, l’amende sera toujours de 22,50 euros. Pas vraiment dissuasif. Mais le gouvernement a décidé de réagir. « On réfléchit à une augmentation de l’amende pour excès de vitesse. Ce qui impliquerait de modifier le code pénal et le code de la route, confirme le conseiller pour l’Intérieur. Les services juridiques travaillent actuellement sur les modifications à apporter aux textes à la fois législatifs et réglementaires. Par conséquent, une date de mise en application ne peut être donnée à ce jour. »
En revanche, lorsqu’une voiture avec une plaque minéralogique monégasque est flashée en France ou bien récolte un PV pour stationnement sur le sol français, souvent les amendes ne sont pas payées. « Les contrevenants au code de la route sont passibles des peines prescrites par ce dernier. Et ce, quelle que soit leur nationalité. Dans le cas des radars automatiques, l’envoi automatique de la sanction peut ne pas se faire directement. La sanction doit être transmise par les canaux classiques entre Etats », rappelle Masseron. Il faut dire qu’aucune interconnexion des fichiers de cartes grises n’existe entre la France et Monaco, chaque pays étant indépendant.
_Raphaël Brun
