Pour devenir citoyennes à part entière, les femmes monégasques ont dû s’armer de patience. Ce n’est qu’en 1945 que celles-ci ont obtenu pour la première fois le droit de vote et l’éligibilité pour les élections communales.
Pour les élections nationales, il a fallu attendre 17 années supplémentaires, en 1962.
Longtemps évincées des droits civiques, les femmes françaises ont dû longtemps batailler pour obtenir l’égalité avec les hommes. Ce n’est que le 21 avril 1944 que Charles De Gaulle signe une ordonnance leur accordant le droit de vote. Une avancée bien tardive puisqu’elle intervient après de nombreux pays dont la Finlande, la Norvège, le Danemark, l’Islande, l’Allemagne, l’Estonie, la Lettonie, la Pologne, la Lituanie, le Royaume-Uni ou encore la Bulgarie. Qu’en est-il alors à Monaco? Selon les historiens, en Principauté il n’y a pas eu de mouvement féministe, ni de suffragettes, ni de révolte populaire dans la rue pour obtenir ces droits. L’évolution s’est faite sans révolution et dans un effet d’entraînement par rapport à la France.
Un droit obtenu en 1945, mais uniquement pour les élections communales
Comme pour le voisin français, c’est d’abord en 1945 (après une proposition de loi adoptée à l’unanimité au Conseil national en 1944) que le droit de vote et l’éligibilité sont accordés aux femmes monégasques, mais uniquement pour les élections communales. Pour le scrutin national, il a fallu attendre encore bien longtemps. Pas moins de 17 années supplémentaires… Ce n’est en effet qu’en décembre 1962, avec la promulgation de la nouvelle constitution, que le droit de vote et l’éligibilité sont accordés aux dames. « Pour la première fois dans notre histoire, les femmes accèdent à la pleine égalité politique avec les hommes », avait alors indiqué le Prince Rainier III lors d’un discours prononcé dans la salle du Trône, le 17 décembre 1962.
Une tradition patriarcale et méditerranéenne
Pourquoi a-t-il fallu attendre presque deux longues décennies pour que les femmes monégasques puissent enfin voter au Conseil national ? Pour des raisons à la fois de contexte social et institutionnel. « En 1945, le prince Louis II avait dû estimer que la société monégasque n’était pas encore tout à fait prête. Il faut rappeler que nous étions à l’époque dans un cadre assez patriarcal, dans la tradition méditerranéenne », nous suggérait il y a quelques années l’historien Thomas Fouilleron. On parle effectivement d’un temps où les femmes ne pouvaient accomplir d’acte sans l’autorisation de leurs époux dans quasiment tous les domaines… Autre raison possible : étendre ce droit au scrutin national nécessitait une modification de la constitution. Ce qui explique sans doute que la procédure a été un peu longue.
Roxane Noat-Notari : première femme élue au Conseil national en 1963
L’année 1963 fut un nouveau tournant pour le droit des femmes à Monaco. Le 24 février 1963, elles se rendent aux urnes pour la première fois dans le cadre d’un scrutin national. C’est aussi à l’occasion de cette élection, que la candidate Roxane Noat-Notari (également conseillère communale en 1955) devient la première femme élue au Conseil national. Cette année-là, 3 096 électeurs et électrices monégasques sont appelés à désigner les 18 représentants de cette assemblée . A l’époque, deux listes s’opposaient. « L’une regroupant des conseillers sortants : l’Union nationale démocratique. L’autre composée de jeunes novices en politique : l’Union monégasque de rénovation nationale. Cette dernière proposa un programme extrémiste refusant toute concession à la France et revendiquant l’indépendance », précise sur ce point Félicitas Guillot dans son ouvrage Reflets d’un siècle de vie publique monégasque. Selon le Nice-Matin de l’époque, 81 % des hommes avaient alors accompli leur devoir électoral, contre 73,07 % des femmes.

Louis Aureglia, féministe avant l’heure
Dans le combat pour le droit des femmes à Monaco, un homme s’est montré précurseur. Il s’agit de Louis Aureglia (1892-1965), une figure politique très influente en Principauté à cette époque. En novembre 1919, il est le premier à formuler une proposition d’extension de la démocratie monégasque aux femmes. Cette proposition de loi présentée au Conseil national, resta toutefois lettre morte.« Limité au seul sexe masculin, le suffrage n’est universel que de nom. En outre, il ne fait que consacrer une inégalité que, de nos jours, l’on considère de plus en plus comme une injustice sociale. L’égalité des droits entre l’homme et la femme s’impose de plus en plus à la conscience des peuples civilisés », avait-il déclaré.
