Pour l’heure, assez peu de boutiques monégasques ont franchi le cap de la vente en ligne, un secteur pourtant de plus en plus puissant.
Quels sont les avantages pour les commerçants de la Principauté de se lancer dans le grain bain du e-commerce ? Et quels sont les freins identifiés ? Les explications de Diego Bonaventura, en charge de la cellule Économie Numérique au sein de la délégation interministérielle de la transition numérique (DITN)
Pourquoi le gouvernement monégasque a-t-il décidé — entre autres nombreux projets liés au numérique — de prendre le virage du e-commerce ?
Car la vente en ligne est le mode de commerce le plus utilisé aujourd’hui, et celui qui sera le plus utilisé demain. Si la Principauté passe à côté de ce virage, le pays risque de manquer des opportunités économiques importantes. Les chiffres en témoignent : le e-commerce représente 11% du PIB français. Cela représente plus de 100 milliards d’euros. En 2019, ce secteur a connu une croissance de presque 12% par rapport à 2018. Et plus globalement, le taux de pénétration mondial du e-commerce est passé de 50% en 2015, à 65% en 2020. Sept personnes sur dix achètent sur Internet.
La crise sanitaire n’a fait que renforcer ce secteur déjà puissant ?
La crise sanitaire a effectivement été un puissant accélérateur. L’e-commerce était déjà un secteur extrêmement dynamique, et il l’est encore plus à présent. Il le sera encore davantage avec les habitudes de consommation des nouveaux jeunes, les Millenials, qui ne consomment qu’à travers leur smartphone et autres outils numériques. Aujourd’hui, on parle d’ailleurs davantage de m-commerce (mobile commerce) que d’e-commerce. 63% des 25 -34 ans achètent via leurs mobiles.
En quoi est-ce intéressant pour les commerces monégasques de se lancer dans le e-commerce ?
Les intérêts sont multiples. Le e-commerce permet de toucher une cible plus large, d’ajouter un canal de distribution, de présenter les produits de manières différentes, de vendre 24h/24, de diminuer ses coûts fixes ou encore, dans le cadre actuel, de continuer à exercer. L’ avantage majeur est que les boutiques physiques peuvent élargir leur surface commerciale, bien au-delà de leur unique zone de chalandise. Il n’y a plus de frontière. Les commerçants auront accès à des clients potentiels à Paris, Londres, Moscou ou Tokyo. Et ce, 7 jours sur 7, sans que cela n’engage des frais conséquents. Auparavant, pour multiplier ses surfaces commerciales, il fallait créer des enseignes ailleurs en louant des espaces, en embauchant du personnel et en aménageant des locaux. Avec le e-commerce, un commerçant peut simplement créer une plateforme sur Internet, en limitant ses coûts fixes, et atteindre le monde entier.
En quoi la crise sanitaire et le confinement ont-ils bouleversé les habitudes des consommateurs et des entrepreneurs ?
L’impact a été double. Avant cette crise, beaucoup de consommateurs étaient sceptiques. En particulier les séniors qui n’étaient pas nécessairement agiles avec le numérique. Ces personnes se sont rendu compte que faire ses courses en ligne, se faire livrer à la maison, sans avoir besoin de se déplacer, était tout de même confortable. La crise sanitaire a donc accéléré les habitudes de consommation, et boosté l’engagement des commerçants qui s’y sont mis pour continuer à exister. Plus globalement, les organisations traditionnelles basées sur un mode de fonctionnement physique ont pris conscience qu’elles sont vulnérables aux perturbations du monde actuel.

Sait-on aujourd’hui combien de boutiques monégasques pratiquent le e-commerce ?
L’IMSEE mesure les actions de ventes à distance à Monaco sur le secteur du commerce de détail. En Principauté, cela représente plus de 54 millions d’euros de chiffres d’affaires, et une croissance moyenne de 3% sur 2018 et 2019. Mais ces données n’agrègent pas la totalité du marché e-commerce, qui va au-delà du « business to consumer » (BTOC) et du secteur de détail. En revanche, nous avons effectué un travail de benchmark. Concrètement, nous avons ciblé 10 secteurs d’activité, puis choisi de façon aléatoire 20 sociétés dans chacun de ces secteurs. Nous avons regardé ensuite leur existence en ligne. Cela peut être aussi bien une présence sur Google Maps Plateform, un site internet vitrine, un référencement sur un annuaire professionnel ou bien un compte sur un réseau social. Le résultat est que 95 % des sociétés monégasques ciblées avaient une présence sur Internet.
Quel conseil principal donneriez-vous à un commerçant qui veut créer son site de vente en ligne ?
Une fois créé, un site internet doit être bien référencé et alimenté de façon (a minima) hebdomadaire pour exister. Il faut créer du continu, interagir avec les clients, faire des courriels et de la newsletter. Un site internet que l’on ne fait pas vivre, n’a aucun intérêt.
Quels sont les freins identifiés aujourd’hui au développement du e-commerce à Monaco ?
Les trois principaux freins au lancement d’un site e-commerce reconnus par les PME sont le manque ou l’incertitude de la rentabilité du projet, les problématiques de gestion et de logistiques inhérentes à ce type de projet, et le manque de ressources et de compétences internes. Pour lisser ces barrières, le gouvernement a décidé de mettre en place une plateforme — Extended Monaco pour l’Entreprise (eme.gouv.mc) — qui permet véritablement d’accompagner ces entreprises vers une transition numérique.
