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    Stephane Bern : « Je reste un raconteur d’histoires »

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    Stéphane Bern, en mode comédien, sera en principauté le 15 janvier 2021 pour une pièce qui affiche déjà complet au théâtre Princesse Grace (1).

    Il livre ses confidences à L’Observateur de Monaco et annonce le tournage, en début d’année prochaine à Monaco, d’une émission de Secrets d’Histoire qui se penchera sur les vies du prince Albert Ier et de la princesse Alice de Monaco.

    Alors qu’il peut s’avérer compliqué d’inciter à aller au théâtre dans les conditions sanitaires particulières que nous vivons, votre spectacle à Monaco, prévu le 15 janvier 2021, affiche déjà complet. Quel effet cela vous fait ?

    Ça me touche beaucoup. Je crois que les gens savent que je suis un ami de la Principauté depuis 30 ans. Mon premier tournage date de 1989. J’y suis beaucoup venu, j’ai beaucoup fait d’émissions sur à la fois la famille princière et sur la vie à Monaco. J’ai l’impression qu’entre les Monégasques et moi, il y a une sorte d’amitié et de complicité qui s’est enrichie au fil des ans.

    Comment décririez-vous la pièce que vous allez interpréter ?

    C’est un texte qui m’a été envoyé par Diane Ducret. Une jeune femme brillante qui a écrit beaucoup de livres sur à la fois les femmes de dictateurs mais aussi des romans. J’attendais depuis longtemps d’avoir un texte qui me donne envie de remonter sur scène. Il s’agit des mots d’esprit, les derniers mots avant de partir. Comment on doit quitter la scène en quelque sorte. J’ai trouvé cela brillant et pétillant. On parle pendant 1h15 de la mort et en même temps, tout le monde rit. Je trouve merveilleux de parler d’un sujet grave avec drôlerie. Cela me permet d’incarner une cinquantaine de personnages. J’adore les jouer.

    Par exemple, quels personnages peut-on retrouver ?

    Il y a de grands personnages de l’histoire comme Catherine de Médicis, Louis XIV, Henri IV, Voltaire. Des plus contemporains comme Maria Callas, Gabrielle Chanel, Sacha Guitry. De grandes figures comme Marie Curie, Gustave Flaubert, Guillaume Apollinaire, Oscar Wilde. 50 personnages au total qui nous ont fait rire en partant.

    Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette proposition ?

    D’abord, c’est beaucoup d’esprit mais c’est aussi très drôle et enlevé. On parle avec légèreté d’un sujet très grave. Ou en tout cas qui pourrait être triste. On aborde aussi le comment on doit quitter la scène. Au fond, on est souvent résumé à ses derniers mots. C’est peut-être une obsession que j’ai depuis toujours, mais j’ai trouvé qu’il était aussi question de l’empreinte que l’on va laisser quand on sera parti.

    Dans une interview récente, vous avez indiqué que si vous ne deviez choisir qu’une passion, ce serait l’écriture parce que cela laisserait une trace. Du coup, est-ce que cette pièce résonne en vous de cette même façon ?

    Oui, sans doute. Je pense que les écrits restent même s’il ne faut pas se leurrer. Il y aura peut-être dans 100 ans un livre qui trainera chez les bouquinistes. Mais le reste, la télévision et la radio, il n’en restera rien. C’est un peu la vanité des choses. Il y a tout de même quelque chose qui résiste mieux que les écrits, c’est la restauration du patrimoine. Ça, au moins, vous savez que quand vous restaurez des monuments, vous les restaurez pour quelques générations.

    On vous connaît principalement comme animateur de télévision et de radio, vous serez à Monaco en tant que comédien. Quel Stéphane Bern les spectateurs vont pouvoir découvrir ?

    Ils vont découvrir quelque chose que j’ai peut-être caché parce qu’en 2005, j’ai joué pendant un an une pièce au théâtre Saint-Georges à Paris. Ce sera un Stéphane Bern plus comédien. J’adore jouer la comédie, j’adore être un autre en quelque sorte. Très vite, on oublie qui je suis en fait. Mais dans le même temps, je reste un raconteur d’histoires. J’entraîne le public dans mes délires, je fais un peu le pitre, je joue un peu avec le public. Quand je fais Catherine de Médicis, les gens rient alors que je suis en train de raconter sa mort. Je prends beaucoup de plaisir sur scène car il y a un contact direct avec le public même s’il est masqué. C’est très agréable d’être seul sur scène et de partager un moment très intime.

    Vous appréhendez de monter sur scène ?

    Oui, toujours. Il y a toujours du trac. Car vous n’avez jamais envie de rater un rendez-vous avec le public. J’ai ce même trac quand la lumière rouge d’une émission commence, et j’ai ce même trac quand le rideau se lève et que je suis sur scène.

    Cela fait 13 ans que l’émission Secrets d’Histoire existe. Êtes-vous surpris par son succès ?

    Je suis à la fois surpris et très heureux parce que c’est un vrai rendez-vous. C’est rare des émissions qui durent aussi longtemps. On a l’impression que c’est un peu comme le matériel électroménager, il y a une obsolescence programmée des émissions… Secrets d’Histoire, c’est une émission qui dure et perdure. Avec les diffusions à la demande, nous avons encore plus de téléspectateurs. France 3 a par exemple rediffusé en octobre un numéro consacré à Louis XIV et au total, il a fait plus de 12 millions de téléspectateurs avec toutes les rediffusions. C’est incroyable !

    © Tous droits réservés Fabienne Rappeneau. Toute diffusion, utilisation interdite sans autorisation de l’auteur.

    « Cette crise sanitaire est une catastrophe pour le patrimoine. C’est pour ça qu’il ne faut pas lâcher. J’ai lancé la troisième année du loto du patrimoine qui démarre très bien. J’espère qu’avec ces sommes, on va pouvoir sauver encore d’autres joyaux de notre patrimoine »

    Comment l’expliquez-vous ?

    Peut-être que le secret, c’est que l’on complète ce qui manque à l’enseignement de l’histoire, c’est-à-dire la galerie des illustres. L’histoire est enseignée aujourd’hui par les professeurs comme à grands traits l’évolution des idées, des sociétés. Mais on gomme toute une partie plus charnelle qui est la partie des personnages qui ont écrit l’Histoire. Je crois que depuis quelques années, on n’aime plus parler des grands personnages, des faits historiques, de l’héroïsme etc. Or, je ne crois pas qu’on puisse rendre l’histoire accessible au plus grand nombre sans raconter la vie de personnage de chair et de sang. Des personnages dans lesquels on peut s’identifier parce qu’ils nous ressemblent. Même s’ils sont en armure, au fond, ils nous ressemblent parce qu’il y a un certain nombre de passions humaines qui les traversent : l’amour, le désir de puissance, de gloire ou d’argent. Ils ont les mêmes sentiments plus ou moins exacerbés. Mais il y a des constantes qui ne bougent pas avec le temps, qui sont assez intemporelles. Secrets d’Histoire est une émission très didactique sur la forme et extrêmement pointue sur le fond.

    L’histoire, à force, ça ne vous lasse pas ?

    A moi, jamais. Ça me passionne toujours autant. Souvent, je lis des romans d’autofiction et je me dis que c’est un peu fade par rapport à tout ce qui s’est passé dans l’histoire. Je travaille actuellement sur une émission autour de la vie de Néron. Et je me dis que c’est tellement rocambolesque qu’on écrirait ça dans un roman, personne n’y croirait. Et pourtant, c’était la vérité.

    Vous apprenez toujours autant ?

    Absolument. Je suis le premier qui apprend en faisant une émission.

    Vous êtes très attaché à la sauvegarde du patrimoine. Il y a quelques jours, le château de Versailles a fait un appel aux dons. Cela vous touche de voir que même des édifices reconnus mondialement subissent des difficultés à cause de cette crise sanitaire ?

    Je comprends la détresse du château de Versailles dans la mesure où on a créé un établissement public mais on ne lui a pas donné de budget propre. Le château de Versailles ne vit que du mécénat ou des tickets de la billetterie. Mais s’il n’y a plus de visiteurs, il n’y a plus d’argent. Or il faut faire les travaux, l’entretenir. Le personnel n’est pas intégralement payé par le ministère de la Culture. Cette crise sanitaire est une catastrophe pour le patrimoine. C’est pour ça qu’il ne faut pas lâcher. J’ai lancé la troisième année du loto du patrimoine qui démarre très bien. J’espère qu’avec ces sommes, on va pouvoir sauver encore d’autres joyaux de notre patrimoine.

    Avec l’instauration d’un couvre-feu en France (3) dans certaines métropoles, comment pourrez-vous vous produire ?

    Il se trouve que j’ai terminé de jouer à Paris. Je joue maintenant dans des communes de moins de 20 000 habitants. Beaucoup de villes maintiennent mon spectacle donc je suis très reconnaissant. Mais en même temps, je suis très compatissant avec toute cette armée d’intermittents du spectacle, de gens que l’on ne voit pas forcément, qui travaillent dans l’ombre des artistes, et qui eux n’ont plus de travail. Ça c’est vraiment inquiétant.

    Vos projets à venir ?

    Les tournages de Secrets d’Histoire se poursuivent. A partir de début 2021, il y en a un qui se profile à Monaco. Nous travaillons avec le palais sur les lieux. On va notamment tourner au musée océanographique puisqu’on va célébrer le centenaire d’Albert 1er et de la princesse Alice de Monaco. D’autant que je suis en train de travailler sur une biographie de cette princesse. J’ai donc une actualité assez monégasque. D’autre part, j’ai déjà tourné six Secrets d’Histoire et j’en ai encore six à tourner puisqu’il y en a 12 par an.

    Le tournage doit se dérouler à quel moment à Monaco ?

    En janvier ou février. En tout cas, en début d’année 2021. La diffusion devrait intervenir à la fin de l’année 2021 à peu près.

    Que pouvez-vous dire sur votre projet d’ouvrage ?

    En ce qui concerne le livre sur la princesse Alice, j’espère l’avoir terminé pour 2022. Je vais m’attacher au parcours passionnant de cette princesse. Finalement, celle qui a fait venir les ballets et l’opéra. C’était une femme de culture qui a fait beaucoup pour Monaco.

    Il faut aussi compter sur les livres Secrets d’Histoire ?

    Le tome 10 vient de sortir en octobre. Il s’agit en fait du dixième anniversaire de cette saga que je continue. Il y a 25 personnages dans chaque livre. Je continue année après année à publier au mois d’octobre des Secrets d’Histoire pour prolonger le plaisir des téléspectateurs.

    Du coup, vous dormez quand ?

    Très peu. Mais j’ai cette chance d’avoir besoin de très peu de sommeil…

    1) Vous n’aurez pas le dernier mot. Une pièce de Diane Ducret sur une mise en scène de Jérémie Lippmann.

    2) Secrets d’Histoire, Tome 10. Stéphane Bern. Éditions Albin Michel. 352 pages.

    3) Interview réalisée le 15 octobre 2020

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