dimanche 15 février 2026
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    Tapissier, menuisier, ébéniste… Rencontre avec les artisans de l’ombre des ateliers de jeux à Monaco 

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    Ils réparent et fabriquent les tables de jeux et les machines à sous que l’on peut voir dans les casinos monégasques. L’Observateur de Monaco vous propose une immersion inédite auprès de ces professionnels qui œuvrent en toute discrétion au bon fonctionnement des casinos de la Société des Bains de Mer.

    En tout, ils sont une trentaine d’hommes… Ils composent les forces vives de l’atelier jeux, le tout premier service technique que la Société des Bains de Mer a créé dès son ouverture en 1863. Si la technique des artisans qui travaillent pour celui des jeux traditionnels reste peu ou prou identique à celle de leurs aïeuls, son pendant pour les jeux automatiques est marqué par une grande réactivité à la nouveauté du monde numérique. Le premier atelier se trouve dans le quartier Saint-Roman. Sous la houlette de leur chef depuis 20 ans, Jérôme Tachoires, six artisans spécialisés en tapisserie, menuiserie ébénisterie, mécanique jeux, ou encore impression tapis travaillent à concevoir ou bien réparer des tables, tapis de jeux ou roulettes. Que ceux-ci se trouvent dans les cinq salons du casino de Monte-Carlo, ou celui du casino Café de Paris. Sans oublier la suite Monte-Carlo au sein de l’Hôtel de Paris où deux tables de jeux traditionnels ont été installées pour des clients ultra-VIP.

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

    Les travaux qu’entreprennent ces artisans exigent une perfection d’exécution car ils conditionnent l’ouverture, ou non, d’une table de jeux. « Chaque table est contrôlée à 7 heures pour une validation à 13 heures avant l’ouverture du casino. Il y a aussi la police des jeux qui vient contrôler et vérifier l’état des cylindres de roulette », insiste Jérôme Tachoires. Car dans ce monde du jeu, les sommes exorbitantes dépensées exigent une grande rigueur pour assurer la crédibilité de la place monégasque.

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

    La durée de vie d’un tapis de jeu est de 3 mois

    Le travail de cet homme originaire du Gers est alors de s’assurer que ces artisans travaillent correctement et à un rythme soutenu. « Nous avons deux tapis et demi par semaine à changer. Leur durée de vie est de 3 mois. À cause du glissement des mains ou de la transpiration, ils s’usent. Or, un tapis de jeu doit être bien tendu et extrêmement lisse autant pour les besoins des clients que ceux des croupiers », complète le chef de l’atelier. C’est Fabien Basile, tapissier depuis 13 ans à la SBM, qui a la charge de cette partie. Il utilise les mêmes techniques que leurs illustres prédécesseurs il y a presque 160 ans de cela. « Produire un tapis prend plusieurs jours. Nous faisons aussi de la maroquinerie et des pochons. Nous travaillons avec des grandes marques du monde du luxe pour nos cuirs que nous avons la capacité de colorer », décrit Jérôme Tachoires. Dans ce service, on suit scrupuleusement les règles édictées par la SBM. Car aucun impair n’est toléré. Il en va du prestige de la maison qui conserve une méthode unique au monde grâce à ces ateliers ultra personnalisés. Dans la pièce d’à côté, Patrick Riniti, contremaître avec 25 ans de métier, s’occupe des sacro-saintes roulettes, emblèmes éternels du casino. On ne nous dévoilera pas le nombre précis de roulettes en fonctionnement à Monaco. Tout juste arrivera-t-on à obtenir qu’elles soient moins de 500. Ce que l’on veut en revanche bien nous dire, c’est que plusieurs d’entre elles sont là depuis le début du casino de Monte-Carlo au 19ème siècle. Bien sûr, les bois ont été restaurés. Mais les pièces initiales ont été conservées. « Le diamètre, le degré de pente, le nombre d’obstacles, la profondeur des cases et du dôme : tout a été breveté par la SBM. Notre modèle est unique au monde. » 

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

    Recrutement

    Des évolutions ont tout de même dû être consenties. « À la base, en 1863, la bille et les numéros étaient en ivoire (son commerce étant dorénavant interdit, NDLR). Aujourd’hui, c’est de la céramique. » De même, les artisans utilisent du laiton pour les roulettes utilisées en intérieur, et de l’inox pour celles utilisées en extérieur. Le service se fournit dans le monde entier afin de trouver les essences de bois répertoriés depuis des décennies : du palissandre, du bois de rose, de l’ébène, du hêtre blanchi. En tout, l’atelier travaille avec 120 fournisseurs. Du côté de l’impression tapis, c’est Éric Schiavetti qui est aux commandes depuis 18 ans. Dans une pièce qui ressemblerait presque à une cabine de peinture de voiture, il procède à des marquages à la craie calculés au millimètre près. « Les tapis en laine sont décolorés à l’acide nitrique. C’est une technique inventée par des employés de la SBM », revendique Jérôme Tachoires. Au moment de notre visite, l’artisan travaille sur une table de punto banco. « Chaque tapis est le même et pourtant il est unique », souligne avec fierté le chef Tachoires. Enfin Jason Muai, le menuisier de l’équipe est aussi la plus jeune recrue avec 5 ans d’ancienneté. « Son travail principal, c’est de restaurer la boiserie des cylindres des roulettes. Il restaure aussi les tables et les chaises en bois utilisées dans les casinos », ajoute Jérôme Tachoires. Du travail, cet atelier n’en manque donc pas. Mais du personnel, si. Il faudrait au moins deux nouvelles recrues au service qui cherche à recruter des artisans polyvalents.

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

    365 jours par an de 7h à 20h 

    L’autre atelier des jeux, situé au sous-sol du casino café de Paris, n’a pas ce problème. Son équipe est au complet : sept électrotechniciens, six électroniciens, deux magasiniers, trois managers, un adjoint au directeur, Christophe Bernabo, et un chef qui fêtera ses 30 ans de service l’an prochain, Alexis Bettacchioli, qui nous fait la visite des lieux. « Depuis que je suis en poste, il y a eu une grosse évolution du métier car au début, on ne s’occupait que des machines à sous. Aujourd’hui, nous gérons le matériel de traitement de la monnaie et les compteuses de billets, le matériel électronique – ordinateur ou sabot, le distributeur de cartes – l’équipement technique, les appareils automatiques. En définitive, tout ce qui se branche à une prise électrique dépend de notre atelier », explique le chef. Les missions principales consistent en de la maintenance préventive, du dépannage et des interventions du côté des tables et des machines à sous. Et cela 365 jours par an de 7h à 20h. Deux équipes se relaient entre 7h et 15h et 13h et 20h. « Nous devons aussi installer les machines et les systèmes d’information dans l’interface de la machine », rapporte Alexis Bettacchioli. 

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

    660 machines à sous

    Pour cela, le professionnel peut compter sur une équipe technique spécialisée. Des électrotechniciens familiers des tables de jeux, du traitement de la monnaie ou encore du câblage des machines à sous et de leur installation. Les électroniciens sont eux des experts des machines à sous et de la programmation des cartes électroniques qu’elles contiennent. L’atelier est ainsi doté d’un laboratoire électronique pour ce genre de travaux spécifiques. Car au-delà de la simple réparation, le devoir de l’équipe est de s’adapter aux évolutions de la clientèle et de ses goûts. Un étage plus haut, des centaines de machines à sous sont accaparées par les clients. Ceux-ci peuvent jouer à partir de 10 heures du matin, heure fixe d’ouverture du casino Café de Paris, jusqu’à maximum 6h du matin tous les jours de l’année. Si le parc de machines a pu monter jusqu’à 1200 machines, la fermeture de certains casinos a fait réduire ce nombre à 660 : 460 au casino Café de Paris et 200 au Casino de Monte-Carlo. Le chef salue d’ailleurs la « flexibilité » ainsi que la « réactivité » de ses techniciens. « C’est unique au monde d’avoir des équipes techniques capables d’intervenir à ce point », met-il en avant. Les magasiniers sont eux chargés de gérer les stocks, ainsi que les pièces détachées utilisées pour les tables ou les machines. 

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

    Des roulettes à 70 kg et des machines à sous à 300 kg

    Enfin, les managers doivent articuler ce ballet de l’ombre pour que le planning fonctionne toute l’année. Depuis quelques mois, les équipes ont enfin ajouté une corde à leur arc avec l’acquisition de quatre imprimantes 3D. La dernière venant tout juste d’être livrée. Cela leur donne la possibilité d’imprimer sur place des pièces, comme des étuis à jetons, qui seront ensuite utilisées en salle. « Tout ceci permet de faire des économies de plusieurs milliers d’euros car notre atelier est quasiment autonome », soutient Alexis Bettacchioli. Que ce soit aux jeux traditionnels aussi bien qu’aux jeux automatiques, on ne relève pas la présence de femmes dans l’équipe des ateliers. Bien qu’elles ne soient pas persona non grata, le métier attire pour l’instant plus les hommes. Et quand on sait qu’une roulette pèse jusqu’à 70kg et une machine à sous jusqu’à 300kg, on comprend les craintes à se lancer dans ce domaine. Pourtant, ces ateliers ont un bel avenir devant eux, car ils font battre le cœur des salles de casinos de la Principauté.

    Ateliers de jeux Monte-Carlo SBM
    © Photo Anne-Sophie Fontanet / L’Observateur de Monaco

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