jeudi 19 février 2026
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    Déjections canines à Monaco : comment la SMA agit pour garder des rues propres

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    La Société Monégasque d’Assainissement (SMA) observe depuis plusieurs années une hausse des déjections canines à Monaco dans l’espace public. Les quartiers où la densité résidentielle a augmenté sont particulièrement touchés. Comment la SMA lutte-t-elle contre ces incivilités ? Quels sont les moyens humains et techniques déployés pour que les rues de la Principauté restent propres malgré une hausse importante du nombre de chiens et des revêtements au sol de plus en plus minéraux et clairs ? Les détails avec Marie Bérard, directrice adjointe de la SMA.

    Lors des récents débats budgétaires, les élus du Conseil national ont évoqué la question de la propreté des rues à Monaco et en particulier des déjections canines non ramassées qui seraient plus bien nombreuses qu’auparavant. La SMA a-t-elle également constaté ces dernières années, une hausse nette des déjections canines dans l’espace public ?

    Au niveau opérationnel, la SMA constate effectivement, depuis plusieurs années, une augmentation sensible des déjections canines dans l’espace public. Cette évolution n’est pas uniforme sur l’ensemble du territoire, mais elle est particulièrement perceptible dans les secteurs où la densité résidentielle a fortement progressé et où la présence de chiens est mécaniquement plus élevée.

    Quelles sont les zones de Monaco les plus touchées ?

    Les quartiers les plus concernés sont ceux caractérisés par une forte présence d’immeubles récents ou de grands ensembles résidentiels. On observe notamment une hausse marquée à Fontvieille, en raison de la densité de population et de la présence d’espaces de promenade très fréquentés. On peut citer également la Condamine, notamment autour des axes de circulation piétonne et des zones commerçantes. Le Jardin Exotique est également touché avec la croissance du nombre de foyers et les cheminements piétons en pente qui favorisent une visibilité accrue des incivilités. Il y a enfin le Larvotto, particulièrement depuis la réouverture de la plage et l’augmentation des flux de résidents et visiteurs accompagnés d’animaux. Il convient également de souligner que le mobilier urbain très clair et la minéralisation croissante des espaces publics accentuent visuellement cette impression, même lorsque les volumes réels n’augmentent que modérément. La perception de la propreté est donc influencée à la fois par les comportements et par l’évolution du cadre urbain. Pour autant, la SMA aborde ce sujet avec bienveillance et sens du service public. La propreté de l’espace public est un enjeu partagé : nos équipes adaptent régulièrement leurs tournées et leurs moyens, mais le civisme de chacun reste déterminant pour préserver la qualité de vie en Principauté.

    Justement, sur le terrain, comment les équipes de la SMA luttent-elles contre cette problématique des déjections et des urines canines ?

    Notre action quotidienne repose sur trois leviers complémentaires. D’abord, un nettoyage renforcé, structuré et organisé. La SMA mobilise chaque jour plusieurs dizaines d’agents dédiés à l’entretien des espaces publics, répartis par secteurs afin d’assurer une présence continue dans tous les quartiers. Cette organisation sectorisée nous permet d’adapter immédiatement les tournées en fonction des besoins constatés. Nous disposons également d’un parc matériel complet : balayeuses compactes pour les zones piétonnes, laveuses haute pression pour les trottoirs et les revêtements poreux, véhicules légers pour les interventions rapides, ainsi que des solutions détergentes spécifiquement conçues pour neutraliser les odeurs et dégrader les résidus urinaires. Cette combinaison de moyens humains et techniques garantit une réactivité élevée et un traitement efficace des zones les plus exposées.

    Les employés de la SMA font-ils également de la pédagogie auprès des propriétaires de chiens ?

    Nous misons bien sûr sur la prévention et la sensibilisation. Nos équipes de proximité rappellent régulièrement les règles d’hygiène et de civisme, en particulier dans les secteurs où la problématique est la plus marquée. Nous travaillons également avec la Direction de l’Aménagement Urbain pour renforcer la signalétique et encourager l’usage des espaces dédiés. Enfin, nous agissons dans une logique de coopération avec les usagers et les acteurs publics. La lutte contre ces incivilités ne peut reposer uniquement sur le nettoyage : elle nécessite une prise de conscience collective. Les retours des habitants, les signalements et les échanges avec la DAU et le Gouvernement princier nous permettent d’ajuster nos interventions et d’améliorer en continu la qualité de l’espace public

    On voit apparaître à Monaco de plus en plus de revêtements minéraux et clairs dans l’espace public. Est-ce que ce type de sol se nettoie plus difficilement pour les équipes de la SMA, et marque-t-il davantage ?

    Effectivement, l’apparition de revêtements minéraux et clairs dans l’espace public modifie nos conditions d’intervention. Ces matériaux, très esthétiques et appréciés en milieu urbain, sont aussi plus sensibles aux salissures. Les déjections et surtout les urines canines y laissent des traces plus visibles, et les auréoles s’imprègnent davantage dans la porosité du matériau. Pour nos équipes, cela implique un nettoyage plus technique et plus fréquent. Les sols clairs demandent des interventions spécifiques : l’utilisation de laveuses haute pression adaptées pour éviter d’abîmer les surfaces, l’application régulière de vinaigre et de détergents, indispensables pour traiter les taches d’urine et neutraliser durablement les odeurs, mais aussi des passages renforcés dans les zones les plus exposées, car la moindre trace se voit immédiatement. Ces revêtements ne sont pas impossibles à entretenir, mais ils exigent une organisation plus fine, une vigilance accrue et des moyens adaptés. C’est précisément ce que nous mettons en œuvre au quotidien.

    La SMA a également lancé il y a un an une campagne baptisée « Mon chien, ce Super Héros » pour encourager les propriétaires de chiens à participer activement à la propreté de Monaco. Cette campagne a-t-elle été efficace ?

    La campagne « Mon chien, ce Super Héros » a eu un impact positif, notamment en matière de prise de conscience. Nous avons observé une évolution du comportement d’une partie des propriétaires de chiens : davantage de personnes ramassent systématiquement les déjections, utilisent les distributeurs de sacs. Cette dynamique est particulièrement visible dans certains quartiers où la fréquentation canine est élevée. Bien sûr, tout n’est pas réglé. Les incivilités persistent et nos équipes doivent encore intervenir de manière soutenue. Mais la campagne a permis de faire bouger les lignes et d’installer un discours positif autour de la responsabilité partagée. Les retours positifs que nous avons, qui malheureusement ne se répandent pas sur les réseaux sociaux, restent un encouragement à poursuivre ce travail de sensibilisation, car la propreté urbaine repose autant sur nos moyens opérationnels que sur l’implication des usagers.

    Comptez-vous renouveler cette campagne ?

    Oui, nous envisageons de poursuivre et de renouveler notre action de sensibilisation. La campagne « Mon chien, ce Super Héros » a permis d’ouvrir le dialogue et de responsabiliser une partie des propriétaires. Nous souhaitons désormais capitaliser sur cette dynamique, tout en adaptant le message.Nous envisageons de mettre l’accent sur le traitement des traces d’urine et souhaitons encourager les propriétaires de chiens à se munir d’une petite gourde lors de leurs promenades, afin de rincer les urines de leur animal. Ce geste simple, déjà courant dans plusieurs pays, protège nos trottoirs, nos façades et nos espaces publics. En quelques secondes, chacun peut contribuer à une ville plus propre, plus agréable et plus respectueuse de tous. 

    Allez-vous adopter un ton plus offensif sur cette campagne concernant les incivilités ?

    Notre objectif n’est pas d’adopter un ton agressif, car ce type de message a un effet dissuasif, il doit être présenté avec mesure. La SMA n’est pas un service assermenté. Nous n’avons pas vocation à verbaliser, mais à informer, sensibiliser et entretenir l’espace public. Par ailleurs, nous avons élargi notre communication à d’autres incivilités du quotidien, notamment les mégots jetés au sol, qui représentent une source de pollution et de salissure tout aussi importante. Nos équipes y consacrent déjà une part significative de leurs interventions, et il est essentiel de rappeler que ce geste, encore trop banal, a un impact réel sur la propreté des rues.L’idée n’est donc pas de stigmatiser, mais de renforcer la prise de conscience.

    La SMA a déployé en test deux canisettes, des urinoirs pour chiens. Sont-ils utilisés  et allez-vous en déployer d’autres sur le territoire ?

    Les deux canisettes installées à titre expérimental – l’une sur la Promenade Honoré II et l’autre place des Bougainvilliers – sont effectivement utilisées et nous permettent de mieux comprendre les habitudes et besoins des usagers. Toutefois, nous constatons que, même si elles apportent une amélioration locale, ces dispositifs ne suffisent pas, à eux seuls, à réduire de manière significative la problématique plus large des urines canines sur l’espace public. Avec la DAU, nous étudions actuellement d’autres solutions complémentaires, notamment des parcs à chiens de format intermédiaire : plus compacts qu’un jardin à chiens, plus accueillants et fonctionnels qu’une simple canisette, et plus faciles à intégrer dans un espace public souvent contraint. Ce type d’aménagement pourrait offrir une alternative plus attractive pour les propriétaires de chiens et permettre un meilleur partage de l’espace urbain. Notre objectif est d’identifier les emplacements les plus pertinents et les plus fréquentés, afin de déployer des dispositifs réellement efficaces et adaptés aux usages. Les réflexions sont en cours.

    « Les parcs à chiens ne suffisent pas à eux seuls à résoudre la problématique des déjections canines »

    Aujourd’hui, quatre parcs à chiens sont répartis sur le territoire monégasque (1). «Ils sont appréciés et régulièrement entretenus par nos équipes », assure Marie Bérard, tout en rappelant que leur localisation et leur création relèvent avant tout d’une politique globale d’aménagement du territoire pilotée par le Gouvernement. « De notre côté, notre rôle est d’apporter une lecture opérationnelle du terrain. » Si la création de nouveaux parcs canins est à l’étude dans le cadre de l’évolution des quartiers, la responsable nuance toutefois leur portée. «Il est important de rappeler que les parcs à chiens ne suffisent pas à eux seuls à résoudre la problématique des déjections canines, celles-ci se produisant majoritairement en dehors de ces zones. » Concernant les distributeurs de sacs pour déjections canines, selon Marie Bérard, leur maillage est aujourd’hui « suffisamment dense et bien réparti », notamment à proximité des espaces verts, des itinéraires de promenade et des zones où la présence de chiens est la plus importante. Leur implantation est aussi régulièrement ajustée « en fonction des retours du terrain et des observations de nos équipes » (2). Sur le terrain, les sacs seraient aussi « très sollicités, ce qui montre qu’une partie importante des propriétaires adopte les bons comportements. Les ruptures restent rares grâce au réapprovisionnement régulier de nos agents. » Pour autant, tout ceci ne règle pas tout. « La présence de distributeurs ne suffit pas à éliminer toutes les incivilités. Certains propriétaires continuent de ne pas ramasser les déjections, malgré la mise à disposition gratuite des sacs. C’est pourquoi nous combinons cet équipement avec des actions de sensibilisation, des rappels de règles, et des campagnes de communication » S.B.

    (1) https://www.sma.mc/fr/dispositif-canin

    (2) Les sacs sont également disponibles à la boutique by SMEG.

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