Fin de cycle politique à Menton. La succession d’Yves Juhel attise les convoitises : six listes sont en lice pour redonner un cap à la cité des citrons, en quête de stabilité après plusieurs années de turbulences. Une campagne fortement médiatisée qui promet d’être très disputée.
Florent Champion (Sans étiquette) — Menton en action
Mentonnais, Florent Champion a étudié les Sciences Politiques à Menton avant d’obtenir un master en administration publique à Paris. Il travaille au sein du gouvernement monégasque en tant que Chef de Section du Secrétariat permanent de l’Accord RAMOGE. Conseiller municipal à Menton depuis ses 18 ans, il a été adjoint en charge des Affaires sociales, et, depuis fin 2024, délégué aux Finances.
Laurent Lanquar-Castiel (union ecologistes/gauche) — Printemps Mentonnais
Né à Nice, Laurent Lanquar-Castiel est Diplômé de l’Institut national de sciences appliquées de Lyon (INSA), de l’école d’urbanisme de Barcelone, de Sciences Po Paris, et de l’école d’architecture de Lyon. Installé à Menton depuis 2013, il est chef de Section Transport & Études transversales au sein du gouvernement monégasque. En parallèle, il est secrétaire départemental des Écologistes des Alpes-Maritimes depuis 2015.
Alexandra Masson (Rassemblement National) — Masson pour Menton
Avocate spécialisée en droit immobilier, inscrite au barreau de Nice depuis 2003, Alexandra Masson s’engage en politique en 1989 (RPR puis UMP). Elle adhère ensuite au RN et est tête de liste régionale en 2021. Élue députée des Alpes-Maritimes en 2022, puis en 2024, elle est aussi membre de la commission des Affaires étrangères, présidente du groupe d’amitié France-Italie et déléguée départementale RN depuis 2024.
Sandra Paire (Sans étiquette) — Nouvel élan pour Menton
Mentonnaise, Sandra Paire est gérante d’une entreprise de déménagement. Première adjointe de Menton sous l’ancien maire Jean Claude Guibal, elle a ensuite rejoint l’opposition et est par ailleurs Conseillère Régionale de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Déjà candidate en 2022 aux élections partielles, elle avait obtenu 40,24 % des suffrages exprimés au second tour, arrivant en deuxième position derrière Yves Juhel.
Emilie Ria (Reconquête) — A la reconquête de Menton
Infirmière puéricultrice, Emilie Ria a grandi dans le bassin mentonnais. Cadre supérieur dans une association nationale de puéricultrice, elle a participé aux concertations concernant plusieurs réformes (décret périnatalité, réingénierie de la formation…) ainsi qu’à des créations ou révisions de supports issues de différentes instances nationales. Elle a aussi été responsable de la commission hospitalière et des partenariats.
Louis Sarkozy (Les Républicains) — Renouveau Mentonnais
Louis Sarkozy est titulaire d’un master en diplomatie et relations internationales de l’American University à Washington D.C. Il est diplômé de l’Académie militaire de Valley Forge ainsi que de l’Université de New York, où il a suivi une double spécialisation en histoire et en philosophie. Il est aussi chroniqueur sur LCI, dans Valeurs Actuelles et sur RMC et chef d’entreprise, à la tête de la société de médias belge 21News.
Fin de cycle politique à Menton
Dans la cité des citrons, la vie politique locale n’avait pas été aussi mouvementée depuis longtemps. L’actuel maire, Yves Juhel, élu après le décès de Jean-Claude Guibal (qui tenait la mairie depuis 32 ans), laisse derrière lui un climat de défiance à l’égard de l’action publique. Son mandat a été marqué par plusieurs dossiers judiciaires : les accusations de détournement de fonds publics et de blanchiment en bande organisée qui touchent la société publique locale (SPL) des ports et concernent aussi l’élection municipale partielle de 2022 (elle donnera lieu à un procès au printemps 2026), des contentieux avec les plagistes, un conflit juridique avec la Fondation Wunderman autour du Musée Cocteau… Ce à quoi se sont ajoutées des tensions internes dans la majorité, affaiblissant l’exécutif local et laissant l’occasion à l’opposition d’être plus audible que jamais.
Une droite éclatée
À 80 ans, l’édile sortant a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa réélection. La mairie est en tout cas très convoitée. En lice, six candidats déclarés, dont cinq à droite de l’échiquier politique : Florent Champion et Sandra Paire, qui se présentent sans investiture, Louis Sarkozy, soutenu par Les Républicains (LR) et dont la candidature a placé Menton sous un projecteur médiatique inédit, Alexandra Masson pour le Rassemblement National (RN) et Émilie Ria pour le parti d’Éric Zemmour (Reconquête). Une configuration qui pourrait fragmenter les votes à droite. Quant à Laurent Lanquar-Castiel, il est le seul candidat à gauche. Gauche qui n’a obtenu aucun siège au conseil municipal de la dernière mandature. Les thématiques sont plus ou moins les mêmes pour tous les candidats avec une variation des curseurs.
La sécurité au cœur de la campagne
Parmi les sujets phares de campagne, aussi surprenant soit-il dans une ville comme Menton : la sécurité. Les candidats partagent un même objectif : préserver la tranquillité de cette ville relativement sûre où le sentiment d’insécurité progresserait. Alexandra Masson (RN) associe cette hausse de l’insécurité à une hausse de l’immigration alors que Florent Champion (sans étiquette) réfute cette hypothèse : « Le flux s’est largement réduit ces dernières années et les migrants cherchent à passer le plus vite et le plus discrètement possible pour aller à Nice puis remonter », affirme-t-il. Quoi qu’il en soit, tous les candidats promettent une augmentation des effectifs de police municipale (ils sont actuellement 33). De 80% sur la durée du mandat pour Alexandra Masson, 50% pour Sandra Paire (sans étiquette), 30% pour Louis Sarkozy (LR) et 20% pour Florent Champion. Pas de taux d’augmentation précis pour Émilie Ria. Quant à Laurent Lanquar-Castiel (union écologistes/gauche), il défend une police de proximité, et veut « plus de présence humaine sur le terrain pour faire de la prévention ». « Chercher l’arme ou celui qui la porte, c’est déjà trop tard », plaide-t-il.
Davantage de caméras dans les vallées
Tous veulent par ailleurs développer la flotte de caméras, notamment dans les quartiers excentrés et les vallées. Parmi leurs autres propositions, Florent Champion souhaite créer une réserve communale de sécurité civile (RCSC), Alexandra Masson une brigade motorisée pour lutter contre les nuisances sonores et les rodéos urbains, Laurent Lanquar-Castiel une brigade des transports et une antenne de pompiers en ville. Quant à Louis Sarkozy, il aimerait une brigade cynophile et entend solliciter l’État pour le rétablissement d’une brigade anti-criminalité (BAC) à Menton. De son côté, Émilie Ria assure que sa première décision concrète sera la mise en place d’un arrêté de “cession d’occupation abusive et prolongée de l’espace public” à l’encontre des SDF. Il donnerait le droit aux policiers de contraindre ces derniers à quitter les lieux et, en cas de refus, à les verbaliser.
Limiter les Airbnb et stopper la bétonisation
Autre priorité de campagne, le logement constitue l’un des points de convergence les plus forts entre les candidats. Tous plaident l’arrêt de la bétonisation, tout en constatant la tension du marché immobilier qui pénalise les jeunes actifs, les familles et le recrutement dans les services essentiels. Pour rappel, 1300 Mentonnais disposent d’une demande active de logement social, avec des délais d’attente qui peuvent dépasser plusieurs années. L’ensemble des candidats souhaite limiter les locations de courte durée (il en existerait 2 300 dans la commune). En parallèle, Florent Champion privilégie la réhabilitation et les opérations de petite taille, notamment en centre-ville, citant l’exemple de l’ancien hôtel Le Mondial. « Actuellement, les logements sociaux sont surtout concentrés sur les vallées. Certaines personnes âgées préfèreraient être en centre-ville », estime-t-il. Il veut par ailleurs rénover le parc municipal (une cinquantaine de logements selon lui) et le mobiliser notamment pour recruter des policiers municipaux ou des pédiatres.
Revaloriser l’existant
Dans le même objectif, Louis Sarkozy souhaite que la ville joue un rôle d’intermédiaire entre les propriétaires et ces travailleurs essentiels. Alexandra Masson propose la création d’un Office municipal du logement, le développement de résidences pour jeunes actifs et pour séniors autonomes, ainsi qu’un accès facilité à la propriété pour les ménages modestes. Cette dernière proposition fait aussi partie du programme de Sandra Paire, qui mise par ailleurs sur la revalorisation du parc existant « par des extensions douces ou des surélévations légères » et insiste sur le respect de l’identité architecturale et du paysage mentonnais. Laurent Lanquar-Castiel défend la règle des « trois tiers » dans les nouvelles opérations (logement social, intermédiaire et libre) et l’usage accru du droit de préemption pour maîtriser les prix. Quant à Émilie Ria, à l’autre bout de l’échiquier politique, elle veut « proposer un abattement partiel de taxe foncière pour les propriétaires qui louent leur bien à l’année, comme résidence principale, à un loyer maîtrisé et au profit d’un actif ou d’une famille mentonnaise ».
Pas d’augmentation d’impôts pendant 6 ans
En matière de fiscalité, tous les candidats s’engagent à ne pas augmenter les impôts locaux durant toute la durée du mandat. Louis Sarkozy, lui, promet même une baisse de cinq points de la taxe foncière, soit « plus de 24 millions d’euros rendus aux contribuables ». « Cette baisse d’impôts sera financée par la renégociation de certaines délégations de service public, par le non-remplacement ciblé d’une partie des départs à la retraite, ainsi que par une réduction des dépenses de représentation et d’événementiel de la mairie », nous précise-t-il. Une promesse contestée par Florent Champion, qui la juge « hors sol ». « Ça prouve qu’il n’a aucune notion des contraintes du budget de la ville », fustige-t-il, rappelant un endettement de 44 millions d’euros et une masse salariale de 38 millions d’euros par an.
L’ancrage local comme argument de campagne
Alors que les Mentonnais sont réputés pour leur fort attachement à leur ville, une partie de la communication de campagne est axée sur le lien personnel des candidats avec la cité des citrons. L’ancrage local s’impose comme un argument que certains candidats peuvent revendiquer plus naturellement que d’autres. Ainsi, Sandra Paire et Florent Champion, tous deux nés à Menton, pourraient disposer d’un avantage symbolique. Émilie Ria a « grandi dans le bassin mentonnais », tandis qu’Alexandra Masson et Laurent Lanquar-Castiel sont nés à Nice. « Mon ascendance familiale est arrivée à Menton en 1623, en provenance de Sainte-Agnès. Pour moi, Menton n’a jamais été un tremplin ou un trophée. C’est ma ville, celle où je suis né, où j’ai grandi et où je vis », insiste Florent Champion, visant clairement Louis Sarkozy et les accusations de parachutage qui entourent sa candidature. « Je ne suis mentonnais ni de lignée, ni d’origine, ni de naissance, ni d’éducation (…) je suis mentonnais d’adoption », plaidait ce dernier dans une vidéo de campagne, évoquant sa connaissance ancienne de la région. « L’opportunité politique que cela représente est pour moi très conséquente. C’est aussi une ville qui a un historique de candidatures externes : Jean-Claude Guibal, le général Aubert, Francis Palmero n’étaient pas d’ici (…) Qu’on dise qu’il faut un maire qui soit mentonnais, j’entends, mais c’est un argument qui n’est pas si bon que ça », avait-il insisté dans les colonnes de Nice-Matin. Dans une ville marquée par les tensions et la défiance, les électeurs devront arbitrer entre des projets assez proches sur le fond. L’enjeu de cette élection : refermer une séquence politique tourmentée et choisir un nouveau cap collectif.
Ports de Menton : leur gestion en débat
L’Obs’ a demandé aux candidats ce qu’était leur projet pour les ports. Tous reconnaissent leur rôle de levier économique majeur, mais s’opposent sur le mode de gouvernance à adopter après les affaires ayant fragilisé la Société publique locale (SPL). Émilie Ria (Reconquête) propose une gestion différenciée selon les sites. Dans son programme, le Vieux-Port resterait en SPL tandis que le port de Garavan ferait l’objet d’une délégation de service public (DSP), afin, selon elle, de rattraper un retard d’investissements devenu critique. « Cela permettrait une modernisation rapide, sans faire peser les travaux sur le budget communal, tout en garantissant une redevance annuelle à la ville », argue-t-elle. Florent Champion, lui, rejette toute dissociation entre le Vieux-Port et Garavan : « Se délester du port le plus rentable n’a aucun sens. Il faut garder les deux », affirme-t-il, rappelant que malgré toutes les affaires qu’il y a eu, la SPL génère 1 million d’euros de redevance par an à la ville. Lui plaide pour le maintien de la société publique locale (SPL) avec une réforme de gouvernance : fin de la gestion de la SPL par des élus et recrutement d’un directeur général ayant de l’expérience dans la gestion d’ensembles portuaires. Sandra Paire et Louis Sarkozy défendent eux aussi la SPL. Pour financer les travaux, tous les trois défendent le recours au droit d’usage (louer certains emplacements pour 30 ans avec paiement au départ permettant de faire rentrer des liquidités). Alexandra Masson (RN) appelle à un retour en régie municipale et Laurent Lanquar-Castiel veut « s’appuyer sur les Services de l’État, mais aussi sur des outils délaissés localement pour accompagner l’économie mixte comme la SCET (société centrale d’équipement des territoires) qui allie la rigueur du public et l’efficacité du privé ». M.P.
Métro Nice-Vintimille : l’avis des candidats
En matière de mobilité, le débat se cristallise autour du titanesque projet de métro Nice–Vintimille, jugé « illusoire » par le ministre des Transports français fin 2025. Les candidats mentonnais s’en saisissent chacun à leur manière. « Je ne suis absolument pas d’accord avec M. Tabarot », fustige Alexandra Masson (RN). « Alors que les dysfonctionnements de la ligne TER SUD restent récurrents, ce métro permettrait une liaison sûre, fréquente et régulière pour des dizaines de milliers de voyageurs. Les déclarations du Ministre des transports dans la presse visant à « enterrer » ce projet ont été profondément décevantes et mal perçues par la population. D’abord, par les termes employés. Ensuite, par son absence de vision à long terme concernant l’aménagement de notre territoire maralpin », poursuit-elle. Louis Sarkozy partage de son côté le scepticisme du ministre des Transports, qu’il juge « fondé sur des éléments objectivés et désormais largement documentés » : coûts, contraintes topographiques et incertitudes foncières. Il estime que le projet ne peut pas être envisagé dans le contexte actuel et qu’il est plus réaliste de renforcer le réseau ferroviaire existant, notamment grâce à la modernisation des systèmes de signalisation et à l’installation de l’ERTMS prévue à l’horizon 2027. C’est aussi le point de vue de Sandra Paire et de Florent Champion qui note que le coût déjà énorme du projet a été fixé sans connaissance des études environnementales qui devront être faites. « Si déjà on arrivait à faire en sorte qu’il y ait des trains plus fréquents et moins d’interruption, ce serait déjà beaucoup », plaide-t-il. Même son de cloche chez Laurent Lanquar-Castiel qui souhaite « obtenir de la Région le passage à 6TER/h » et précise vouloir en parallèle renforcer l’intermodalité avec des pôles d’échanges, bus express et autres mobilités douces. M.P.






