Néfastes pour l’environnement et pour la santé des jeunes, un projet de loi devrait être déposé dès la rentrée par le gouvernement monégasque pour interdire la fabrication, la vente et l’usage des vapoteuses jetables. Il prévoit aussi d’augmenter l’âge minimum légal d’achat de cigarettes à 18 ans.
En Europe, plusieurs pays ont pris des mesures pour interdire ou restreindre la vente et la consommation des cigarettes électroniques à usage unique, communément appelées « puffs ». Ces petits gadgets à vape jetables, relativement bon marché, sont un fléau pour l’environnement, et pour la santé des ados, les rendant très rapidement nicotino-dépendants. « Très clairement, les manufacturiers ont créé ces dispositifs en ciblant précisément la clientèle adolescente avec un packaging et des arômes très attractifs pour eux (NDLR : Mashmalow, Litchi glacé, ou encore « Zumba Caféo ») », déplore Christophe Robino, conseiller-ministre des Affaires sociales et de la santé. Il tient à préciser que « le risque de passer ensuite au tabac est deux à trois fois plus fort chez les jeunes qui ont utilisé ces dispositifs ».
Le texte devrait être déposé à la rentrée
Monaco n’a pas encore légiféré, mais cela ne saurait tarder. Fin juin, le Conseil National a déposé une proposition de loi sur le sujet. « Nous avons voulu mettre en lumière l’urgence de la situation et presser le gouvernement à adopter des mesures efficaces et immédiates », a expliqué le conseiller national Roland Mouflard, qui en est le premier signataire. De son côté, le ministre a affirmé à L’Obs’ que le projet de loi était en réalité « déjà rédigé », et que son département « serait en mesure de le déposer à la rentrée ». Il espère « que le Conseil national l’étudiera directement », sous-entendu, en laissant de côté la proposition.
Une fois l’interdiction adoptée, il y aura, comme partout, un délai de mise en application qui correspond à l’écoulement des stocks possédés par les revendeurs. « A Monaco, je pense que 3 à 6 mois suffiront pour purger les stocks s’il en est », a détaillé Christophe Robino. Le projet de loi prévoit l’interdiction de la fabrication, de la vente, de l’offre (même à titre gratuit) et de l’usage de la puff. « Pour les vendeurs, les sanctions seront essentiellement financières mais dans certains cas extrêmes, des peines d’emprisonnement sont prévues », a expliqué le ministre de la santé. Quant aux consommateurs pris la main dans le sac, leur puff leur sera automatiquement confisquée et ils devront s’acquitter d’une amende.

Les marques de puffs s’adaptent…
Si l’enjeu écologique est sans équivoque, on peut se questionner quant à l’efficacité de la mesure pour la santé des jeunes, puisque l’interdiction ne concerne que les cigarettes électroniques à usage unique. Lorsque celles-ci auront disparu des bureaux de tabac, les jeunes ne se retourneront ils pas tout simplement vers des modèles rechargeables ? Ils auront en tout cas cette possibilité, car, constatant l’évolution législative qui se produit massivement en Europe, les marques, à l’instar de WPuff (Liquideo), parmi les leaders du marché, se sont simplement adaptées en créant des versions réutilisables.
Dotées d’une batterie rechargeable grâce à un port USB-C ces nouvelles versions de puffs peuvent être réapprovisionnées par l’intermédiaire de cartouches préremplies à remplacer une fois consommées, ou par un système de réservoir, à remplir avec du e-liquide. Elles restent tout aussi compactes et séduisantes en matière d’arôme et de packaging. « Les dispositifs rechargeables ne peuvent et ne doivent pas être visés par ces dispositions législatives car elles favorisent le sevrage chez les adultes », a justifié Christophe Robino.
Ceci étant dit, la méthode que pourrait adopter le Royaume-Uni est intéressante. En plus d’interdire la puff, le pays envisage de limiter la variété des arômes de vapotage autorisés (ils ne devront pas être trop alléchants), d’imposer des emballages neutres et de réglementer la manière dont ces produits sont présentés dans les magasins afin qu’ils soient moins visibles pour les jeunes.
Il faudra être majeur pour acheter des cigarettes
Le projet de loi comprendra d’autres dispositions relatives à la lutte contre le tabagisme chez les jeunes. D’abord, et c’était attendu depuis des années, il rehaussera l’âge minimum légal d’achat de cigarettes, qui passera de 16 à 18 ans. Ensuite, il mettra en place une interdiction de fumer dans certains lieux publics fréquentés par des mineurs : à proximité des écoles et collèges et aux arrêts de bus par exemple. Tous les produits contenant du tabac ou des dérivés du tabac y seront bannis. Par ailleurs, « Fumer dans un véhicule personnel en présence de mineurs est interdit en France et nous voulons transposer cette mesure en droit monégasque », a affirmé Christophe Robino.

