À Beausoleil, la prochaine municipale prend un tour inédit : Nicolas Spinelli, 39 ans, se présente face à son père, Gérard Spinelli. Dans cet entretien, le candidat dit vouloir tenir la campagne à distance des querelles familiales, revendique une totale indépendance politique et dresse un constat sévère du mandat qui s’achève. Urbanisation jugée « excessive », urgences financières et démographiques, frais de représentation… Il détaille les ruptures qu’il assume et les mesures qu’il promet s’il est élu.
Cette élection municipale à Beausoleil a ceci de particulier que vous serez opposé à votre père, Gérard Spinelli, qui brigue un sixième mandat. Depuis combien d’années avez-vous des difficultés personnelles avec lui ?
Fin 2020, je me suis retrouvé dans une situation extrêmement difficile, bien malgré moi. Il a fallu faire des choix et je les ai faits. Je considère que les faits concernés relèvent de la justice et non de la presse. Je peux simplement dire que je ne souhaite à aucun fils de vivre ce que j’ai vécu à ce moment-là. Et quand je vois aujourd’hui le numéro de victimisation qui est joué auprès de certains, et même publiquement, je trouve cela indigne. Pour moi, tout cela relève du passé et j’ai tourné la page depuis longtemps. Je suis concentré sur le présent et l’avenir.
Comment s’assurer que cette campagne ne se transforme en règlement de compte familial ?
J’ai annoncé ma candidature en avril dernier, il y a près de dix mois. Je ne savais pas qui serait candidat, ou non, contre moi. Il était d’ailleurs raisonnable de penser que la municipalité actuelle se retirerait, surtout après un mandat aussi chaotique. Le projet que je porte est le fruit d’une longue réflexion, individuelle et collective. Mon seul objectif est de défendre des idées, faire des propositions, rassembler de nouvelles personnalités et proposer aux Beausoleillois un nouveau chemin. Le reste ne m’intéresse pas.
Que pensent les Beausoleillois de ce duel père-fils ?
Cela fait six mois que j’ai donné la parole aux Beausoleillois au moyen d’une consultation citoyenne et en étant présent sur le terrain pour les écouter. Je peux vous assurer qu’ils se fichent complètement de Gérard Spinelli et de Nicolas Spinelli. La seule chose qui les intéresse, c’est leur ville, leur situation, leurs problématiques. C’est tout l’intérêt d’une campagne que de pouvoir informer, exprimer des désaccords et faire avancer le débat public. Le devoir des candidats est d’élever le plus possible le niveau de cette campagne.
Politiquement, où vous situez-vous ?
Je suis totalement indépendant. J’ai été sollicité par des partis politiques et j’accepte de discuter avec tout le monde, mais il est totalement exclu de m’engager de manière partisane. Je veux être un bon maire, et pour cela, il faut être libre. Je ne suis soutenu par aucun parti, par aucun promoteur, par aucun cercle d’influence. Mon élection donnerait ainsi à Beausoleil un maire qui pourra se battre pour sa ville sans être redevable de qui que ce soit. C’est fondamental pour moi, dans ma conception de la fonction de maire.
Vous avez longtemps été dans la majorité municipale. Retenez-vous malgré tout du positif de ces différents mandats ?
Bien évidemment. La plupart des gens reconnaissent que Beausoleil a fortement évolué dans les années 1990, avec la création d’équipements publics. Le mandat de 2008 à 2014 a également été réussi, en termes d’animations, de vie associative, de politique sociale, de mobilité douce… Et puis les choses ont commencé à se dégrader. Le mandat qui s’achève est, à mon sens, un véritable échec et place notre ville dans une situation difficile. Nous sommes aujourd’hui confrontés à plusieurs urgences : urgence démographique, urgence financière, urgence judiciaire, urgence urbanistique.
Justement, vous vous êtes beaucoup prononcé contre la politique d’urbanisme menée par la Ville que vous avez qualifiée de “excessive”. Politiquement, on peut dire que c’est le point de rupture le plus fort ?
Oui, absolument. Ce combat contre l’urbanisation excessive, je le mène depuis longtemps. En 2019, Lucien Bella (alors adjoint au maire à l’environnement, NDLR) et moi-même étions intervenus au sein de la majorité pour demander un changement radical. J’avais conditionné mon réengagement dans la majorité municipale à la réalisation d’un nouveau PLU pour limiter les constructions. Cet engagement a fait partie intégrante du programme présenté aux électeurs en 2020. Quatre ans plus tard, le nouveau PLU a permis… la création de 1 100 logements supplémentaires sur la commune. J’ai voté contre, je l’ai contesté devant le tribunal administratif et j’ai démissionné. Beausoleil est aujourd’hui la ville qui construit le plus tout en étant celle qui perd le plus d’habitants. C’est une politique irresponsable qui nous mène inévitablement vers des drames. On l’a vu à Noël, avec l’évacuation en urgence d’habitants de Guynemer pour un risque majeur d’effondrement. Il faut changer de direction : construire moins, protéger les secteurs sensibles et exiger des contreparties pour la commune à chaque permis de construire accordé.
Dans votre journal de campagne Le Beausoleillois, vous dîtes que « Beausoleil est le champion de France des frais de représentation versés au maire »… Que comptez-vous proposer sur ce sujet ?
Ce n’est pas moi qui le dis, mais une enquête publiée par la presse nationale et que personne n’a démentie. Depuis le début du mandat, 132 000 € de frais de représentation ont déjà été versés à Beausoleil, soit davantage qu’Anne Hidalgo à Paris (84 000 €). Ces frais auraient dû être dûment justifiés ou remboursés. Or, aucune justification n’a été fournie et aucun remboursement n’a été effectué. J’ai donc proposé, en décembre dernier, un amendement au budget pour ne pas voter ces frais. En vain. Ma position est très claire : en cas d’élection, je supprimerai immédiatement et définitivement ces frais, ce qui représenterait une économie de 144 000 € sur la durée du prochain mandat.
